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Les 4 terroirs de Châteauneuf-du-Pape

250 vignerons, 13 cépages, 4 terroirs et... le mistral font la spécificité de ces célèbres vins.

Située à quelques kilomètres d’Avignon, l’appellation Châteauneuf-du-Pape regroupe cinq communes: Orange au Nord, Courthézon et Bédarrides à l’Est, Sorgues au Sud et Châteauneuf-du-Pape au centre bien sûr. Posée entre le Rhône et la vallée de l’Ouvèze, la zone offre 3200 hectares de vignes, dont 3100 en production.

Ses vignerons produisent 12 à 13 millions de cols par an, 95% de rouge et 5% de blanc, les deux tiers étant exportés, principalement vers les pays anglo-saxons. Pas de rosé ici, car cette AOC a été fixée en 1936 en même temps que celle de Tavel qui ne fait… que du rosé.

Terroirs et mistral sont les deux grands atouts de l’appellation qui offre quatre types de sols : les célèbres galets blancs roulés, des sables, des calcaires (sur l’ouest et le centre de l’appellation) et enfin des grès rouges, qui sont des sables avant décomposition et que l’on trouve plutôt sur le centre-est de Châteauneuf.

« Le mistral est pour nous l’un des facteurs principaux de la qualité et de la typicité de nos vins » explique Michel Blanc, directeur de la Fédération des Producteurs de Châteauneuf-du-Pape (non, ce n’est pas le célèbre acteur). « Il souffle du Nord au Sud et peut être très fort, notamment en hiver, au printemps et à la fin de l’été. L’hiver par exemple, à 50 km d’ici, dans la plaine de Bonnieux qui est totalement abritée du mistral, le mercure peut descendre à -12° alors qu’ici on est rarement à -2°. »

Ce décalage se maintient durant tout le printemps, préservant la zone des gelées. L’été, le mistral chasse les nuages après les orages et sèche les vignes. Plus tard, à la mi-septembre au moment des pluies d’équinoxe, il chasse les nuages qui arrivent des Cévennes. « De plus, pendant les vendanges, il permet aussi de déshydrater les baies et de concentrer les raisins. Le mistral est pour nous aussi important que les galets roulés. »

  • Le village de Chateauneuf-du-Pape, une indispensable étape sur la route du vignoble du Rhône

Une gamme de cépages

L’une des grandes raisons du succès de cette AOC réside en ses variétés de vignes : une gamme de 13 cépages, pourtant largement dominée par le Grenache. « La prise de conscience que le grenache est un très grand cépage est relativement récente. Dans les années 80, on avait plutôt tendance à pousser vers la Syrah » car il y avait une demande pour des vins plus colorés, moins oxydatifs. Aujourd’hui, après plusieurs études, on arrive à mieux maîtriser le Grenache, à faire des vins aussi bons sinon meilleurs que la Syrah. Le Mourvèdre et la Syrah sont importants dans l’assemblage, mais le Grenache est le cépage symbolique et déterminant de Châteauneuf-du-Pape. Il lui sert avant tout de colonne vertébrale, de support pour assembler les autres cépages. »

A l’exception de l’un ou l’autre exercice de style, on trouve donc du Grenache dans quasiment tous les vins de l’AOC, dans une proportion de 60 et 80%, parfois davantage. Outre la Syrah et le Mourvèdre, les cinq cépages les plus utilisés sont actuellement le Cinsault et sa cousine la Counoise, le Vaccarèse, le Muscardin et le Terret noir. Aucun minimum ou maximum n’est imposé. « Il n’est pas interdit de faire un Châteauneuf-du-Pape 100% Counoise ou Mourvèdre, mais personne ne le fait. Ce qui est important ici, c’est le polyencépagement. Et si on mettait côte à côte dans le même millésime les vins des 250 vignerons qui mettent vraiment du vin en bouteille, ils sont tous cousins, mais pas frères et encore moins jumeaux. »

Et demain?

Quelles sont les tendances des prochaines années et les évolutions à attendre dans cette partie de la France? Michel Blanc en voit principalement deux. Tout d’abord, le renforcement du bio: « Aujourd’hui, on peut estimer le bio à 20 % de l’appellation contre 4,5% dans le reste du pays. Même si demeure le problème du cuivre et la phytotoxicité qu’il peut engendrer en fonction des quantités que l’on retrouve dans le sol. »

Outre le travail sur le paysage actuellement en cours, l’autre défi sera le travail du végétal et la préservation de la bio-diversité. « Il faut replanter des haies, des arbres fruitiers, garder un maximum d’herbes dans les tournières (les bords de champs) pour limiter les phénomènes d’érosion. Il faut également mieux gérer les maturités pour ne pas faire des vins trop alcoolisés en essayant de mieux faire coincider la maturité technologique (le rapport sucre-acide) et la maturité phénologique (gustative des raisins). Je pense qu’on peut y arriver en travaillant le végétal ou en introduisant des cépages qui sont moins alcoologènes. »

Si vous passez par là pendant vos vacances, faites un détour par la Maison des Vins au cœur du village, vous y trouverez de quoi remplir votre coffre et agrémenter votre séjour ou votre retour en Belgique.