Baudouin Havaux
ŒNOTOURISME

La viticulture héroique des Canaries

Lundi 27 juin, Bruxelles accueillait une dégustation des vins des iles Canaries. L‘occasion pour nous de revenir sur cette région viticole gardée secrète. On ne parle pas des vignobles des Canaries au singulier. Les sept îles qui composent l’archipel présentent tellement de particularités, qu’on les compare à un véritable continent.

De plus, le contraste entre le nord et le sud des îles, séparés par un massif montagneux offrent  au visiteurs deux visions dimétralement opposées. Situés au sud du 30émeparallèle, défini par tous les traités d’œnologie comme la limite géographique de la culture de la vigne, on se demande comment les vignobles ont réussi à s’adapter à ces conditions extrèmes. L’influence atlantique et ses vents du nord qui rafraichissent le climat, les sols volcaniques fertiles, les plantations en altitude et les modes de culture apportent des éléments de réponse. Une viste de ces vignobles isulaires permet de comprendre la notion de « viticultue héroique ».

Variétés autochtones

Nul vignoble au monde ne peut prétendre à une telle diversité de cépages autochtones. L’héritage de cette incroyable biodiversité, s’explique par les vagues successives de viticulteurs originaires de différents pays d’Europe, principalement d’Espagne et du Portugal mais aussi d’Angleterre, qui au XVéme siècle ont introduit des cépages originaires de leur pays. Jusqu’à ce jour, le sol volcanique a préservé la vigne du Phyloxéra, ce fléau qui décima tous les vignobles européens à la fin du XIXémesiècle. L’archipèle jouit du privilége de ne compter que des vignes « franc de pied » (non greffées) pré-phyloxériques. On y dénombre plus de 80 cépages autochtones dont à peine la moité a été génétiquement identifiées. Au cours des siécles tous ces cépages d’origine européenne ont connus des modifications génétiques et se sont adaptés aux conditions particuliaires des îles. Les sols volcaniques, les vents alizés, la mer, le soleil et les téchniques de conduites ont forgé le caratère de chacun de ces cépages qui sont aujourd’hui difficiles d’identifier.
De par sa situation géographique, l’archipèle s’est toujours positionné comme le carrefour des 3 cultures : Européenne, afriquaine et américaine. Le cépage dominant aux Canaries, le Listan blanc ou rouge,  a conqui les Amériques. Il porte le nom de « Païs » au Chili et « Mission » aux Etats-Unis. En contre partie les colons ont intriduit aux Canaries la pomme de terre du Pérou et les bananes de Guinée Equatorienne.

Les onze D.0. des Canaries

Le consommateur n’a pas toujours facile d’identifier l’origine des vins des Canaries. Des 11 Dénominations d’Origine ( D.O.), cinq portent le nom de l’île où est produit le vin et dont la vinification est réalisée sur place: La  Gomera, El Hierro, La Palma, Lanzarote et Gran Canaria.  Cinq D.O. appartienent à l’île de Ténérife : Tacoronte­Acentejo, Valle de la Orotava, Ycoden­ Daute­Isora, Abona et Valle de Güimar et la onzième, « Canary Island » réunit des vins produits et vinifiés indifférament sur une des îles. Malheureusement si le producteur déclare sa production dans l’une des 1O premières D.O. il ne peut pas mentionner «  Canary Island » sur son étiquette.

Ténérife l’île aux cinq D.OP.

L’île de Ténériffe, point culminant de l’Espagne est aussi la plus grande des îles des Canaries. Elle est coupée en deux parties distinctes par un massif montagneux qui fait rempart aux vents alizés chargés d’humidité. Le sud est sec et aride et le nord abondamment arrosé est verdoyant. Dans la D.O. de Tacoronte-Acentejo, prédomine le treille basse (0,80 m) soutenu par de petits piquets enfoncés dans le sol. D’autre part, dans la vallée de La Orotava on trouve le laborieux système de tressage. Une taille surprenante à la « Bob Marley » ou les sarments années après années sont tressés sur la branche principale. Ces plants de vigne plus que centenaires atteignent une dizaine de mètres. Le bras est déplacé pour permettre aux cultures associées de pousser sous la vigne. Cette conduite particulière permettait aux agriculteurs de partager le terrain avec d’autres cultures (dont la savoureuse pomme de terre de couleur noire, orgueil gastronomique de l’île). Le manque de surface agricole était compensé par cette astucieuse technique unique au monde. Dans la région d’Ycoden-Daute-Isora, on utilise plusieurs systèmes, comme le treillage, la taille en gobelet ou la treille basse.

 La Palma, un morceaux d’Amérique Centrale à la porte de l’Europe

Avec ses cultures sub-tropicales, bananiers, manguiers ou avocatiers, La Palma, la plus verdoyante des îles, a des aires d’Amérique latine. Sa beauté louée par Madonna dans sa chanson “La Isla Bonita”, est très escarpée, et les parcelles de vignobles, de taille assez réduite, sont accrochées aux flancs des parois qui entourent l’île à une altitude de 400 à 1.200 mètres. A chaque palier d’altitude correspond des cépages et des techniques culturales adaptées aux différents climats. Une autre particularité qu’il faut absolument déguster c’est le « Tea », un vin élevé en barrique de pin dont le goût évoque la résina grec, mais avec plus de subtilité.

Lanzarote, l’expérience volcanique

Le slogan «  Expérience volcanique » affiché à la sortie de l’aéroprt ne ment pas. A Lanzarote qui fut plus récemment secouée par des éruptions volcaniques entre 1730 et 1936, une grande partie des terres cultivables sont recouvertes de lave et de cendres. Pour survivre, les agriculteurs ont été obligés de creuser dans les cendres pour atteindre la couche superficielle du sol enfouie. C’est là, à plus de trois mètres de profondeur, que la vigne retrouve son substrat et l’eau nécessaire à son développement.  Sur cette île qui n’enregistre que 150 mm. de précipitation annuelle, les trous en forme de cônes de 3 à 5 mètres de diamètre jouent le double rôle d’entonnoir pour réceptionner la pluie et l’humidité apportée par les vents alizée et de protection contre le vent. Pour éviter l’envasement des cônes ainsi formés, ils ont construit de petits murets brise-vent en pierre dressés du côté Nord­Est exposé aux alizés. A l’époque des vendanges, la vision des chameaux importés il y a plusieurs siècles qui aident à transporter le raisin vers les chais est assez pittoresque et ne fait que renforcer le côté surréaliste de ce paysage lunaire.

La Gomera l’île sauvage

La Gomera est occupée par les forêts millénaires du parc national Gorajonay. Le pourtour du parc, qui occupe le centre de cette île ronde, et les versants escarpés des vallées sont tapissés de vignobles cultivés en terrasse. Longtemps abandonnés, ces vignobles sont actuellement remis en production. El Hierro , l’île rouge. El Hierro, qui signifie “fer” en espagnol, fait référence à la couleur rouge du sol de l’île couvert d’une couche supérieure à haute teneur en cendres et en minerais ferrugineux. Elle abrite deux cépages vedettes, le vijariego et le baboso.