Communiqué
WINEBIZZ

Symposium « act for change », les conclusions du deuxième jour

Les 20 et 21 juin 2022, professionnels et experts internationaux se sont réunis à La Cité du Vin à Bordeaux pour la deuxième édition du Symposium « Act for Change ». Deux jours de débats pour décrypter les grandes évolutions et les impacts sur la production et la distribution des vins et spiritueux à l’horizon 2030. Vino.be a reçu les conclusions de la seconde journée, voici les grandes lignes à retenir.

Face aux enjeux climatiques contemporains et à la nécessité de rester pertinents et compétitifs sur un marché en constante évolution, le besoin d’innovations en matière d’agroécologie se fait ressentir. Alors que cette notion convoque toute une galaxie de réalités diverses et de croyances, les règlementations la concernant avancent à grands pas et influencent, voire contraignent parfois, les pratiques dans la viticulture. Des solutions high-tech au retour aux fondamentaux, l’agroécologie se réinvente et se redéfinit sous l’impulsion d’acteurs désireux de la rendre accessible au plus grand nombre. En introduction de la table ronde, Lydia Héraud, conseillère régionale déléguée à la viticulture et aux spiritueux de la Région Nouvelle-Aquitaine, a pu rappeler l’importance de développer au plus vite un écosystème de solutions accessibles et durables pour s’adapter aux changements climatiques et faire émerger de nouvelles pratiques à impact positif dans l’agriculture et la viticulture.

1/ L’agroécologie en matière de production : quelles innovations attendre à l’avenir ?
Au sein de l’équipe UMT SEVEN, composée de chercheurs de l’INRAE, de Bordeaux Sciences Agro et de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, nous essayons d’agir sur trois sujets principaux : l’assurance, la compréhension des maladies principales de la vigne et l’étude de la reproductibilité de ces maladies. Cela nécessite le développement d’outils spécifiques, mais aussi une collaboration étroite avec différents acteurs pour accompagner et protéger les viticulteurs. Actuellement le rapport risques-bénéfices des solutions innovantes en agroécologie n’est pas assez intéressant pour initier un changement important. Les viticulteurs n’utilisent pas de pesticides chimiques par plaisir, ils n’ont simplement pas d’autres choix économiques intéressants. Aujourd’hui, nous avons des outils à disposition, mais il est nécessaire de nous réunir et d’échanger pour faire émerger de nouvelles pratiques.
(Marc Raynal, Animateur de l’UMT SEVEN, Institut Français de la Vigne et du Vin)

Aujourd’hui, l’une des choses les plus importantes à faire est d’expérimenter, ce qui présente une certaine part de risques. Les règlementations peuvent représenter une contrainte, mais nous devons faire avec. Ce n’est pas si aisé de passer d’un paradigme à l’autre. Quand nous testons de nouvelles choses, nous devons échanger et nous adapter constamment. Concernant notre volet “Assurance”, la difficulté principale est administrative. Mais plus largement, il ne faut pas oublier que notre système viticole actuel a été bâti sur les produits chimiques. Nous avons tellement intégré ces pratiques que les viticulteurs ne savent pas toujours comment faire sans. C’est pourquoi nous devons continuer de les accompagner et de développer des outils.
(Marc Raynal, Animateur de l’UMT SEVEN, Institut Français de la Vigne et du Vin)

2/ Développement du e-commerce : quels impacts sur le secteur des vins et des spiritueux ?
Le Covid, et la numérisation qu’il a impliquée, a bouleversé le marché. En 2020, le prix moyen d’une bouteille s’élevait à 44 euros. Aujourd’hui, il est d’environ 54 euros. Chez Millesima, on note, par exemple, une augmentation de la vente de vins en provenance de Provence : avant la crise sanitaire, ils représentaient 1% de notre chiffre d’affaires. En septembre 2020, c’est devenu 6% de notre chiffre d’affaires. En l’espace de deux ans, nous avons doublé notre chiffre d’affaires. Ce qui a été marquant pendant cette période, c’est également de voir que les clients ont testé beaucoup plus de produits qu’en temps normal : le confinement a permis de développer une curiosité du consommateur sur des vins qu’il ne goûte pas habituellement.
(Fabrice Bernard, Président de Millesima)

Quand on achète un vin, c’est pour connaître son histoire. Il faut que le e-commerce puisse permettre de raconter des histoires autour du vin. Le client a un peu évolué avec la crise sanitaire, mais pas autant qu’on peut le penser. Avant le covid, 85% de nos nouveaux clients achetaient des vins en provenance d’une seule région. Maintenant c’est moins de 60%. Pour Millesima, c’est une bonne chose : le client est plus intéressant pour nous quand il achète des vins de différentes régions. Pendant le covid, les gens ont voulu goûter des vins de tous les pays. On vend notamment plus de magnums, plus de grandes bouteilles.
(Fabrice Bernard, Président de Millesima)

Nous allons avoir une consolidation du marché, mais la plus grosse évolution d’ici 10 ans sera le nombre de plus en plus important d’acteurs focalisés sur le client plutôt que sur le produit. Il faut inverser cette vision dès aujourd’hui. Ce qui compte c’est aussi l’interaction humaine, l’humain tout court. À travers les réseaux sociaux, nous pouvons aussi introduire une part d’interaction ; le magasin n’est pas le seul outil permettant d’offrir aux clients des interactions concrètes. Le numérique va permettre d’accélérer la magie autour de l’histoire du vin, les technologies peuvent contribuer à raconter ces histoires.
(Pam Dillon, co-fondatrice et PDG de Preferabli)

3/ Petits et grands producteurs : la difficile question de la visibilité
Tous les groupes parlent aujourd’hui de “luxe” pour leurs produits, qui peut se définir par l’association de la qualité, de l’image et d’un prix élevé. Mais que représente le luxe pour le grand public ? Le plus important, c’est l’émotion. Pour un vin, c’est le plaisir qu’on éprouve à la dégustation. Je pense qu’il est nécessaire d’envoyer aux entreprises le message que la création de cette émotion passe avant le packaging et tout ce qui s’ensuit. Un bon producteur, qui propose des vins de bonne qualité au bon prix, n’aura pas de problème à trouver des consommateurs.
(Christophe Navarre, Président du Conseil d’Administration de Vinexposium)