Baudouin Havaux
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Le bouchon de liège 100% recyclable

  Le liège est un matériau naturel, non polluant, renouvelable et recyclable, ce n'est pas un hasard s'il est recommandé par tous les cahiers de charges des vins bio et parfois même le seul bouchon accepté.

Noble, écologique et respectueux du vin et de la planète, le bouchon en liège a considérablement évolué ces dernières années. Incriminé pour le regrettable « goût de bouchon » le liège est concurrencé par les bouchons métalliques à vis, en verre et aussi synthétiques. Heureusement la technologie permet aujourd’hui de traiter le liège et de fournir aux vignerons des bouchons exempts de trace de TCA, cette funeste molécule responsable du goût de bouchon. Il existe maintenant un traitement pour décontaminer ou dépolluer par la chaleur en utilisant exclusivement de l’eau à des pressions et des températures étudiées. Un processus naturel qui permet de conserver les propriétés fondamentales du liège. Si les bouchons alternatifs au liège présentent une solution acceptable pour obturer les bouteilles de vin vouées à une consommation rapide, le liège reste la meilleure solution pour d’une part assurer un obturation optimale de la bouteille grâce aux qualités expansives du liège, et d’autre part optimaliser le processus de vieillissement et de maturation complexe du vin sur une longue période.  Sans oublier le petit « pop » annonciateur de réjouissances qui nous chatouille l’ouille.

Le chêne liège
Le chêne liège est le seul arbre capable de régénérer de manière répétée son écorce, qui une fois récoltée et traitée est transformée en bouchon. Le chêne liège peut espérer vivre 200 ans. Au cours de sa longue existence, cet arbre subira une quinzaine d’écorçages avec à la clé une production de près de 200.000 bouchons. Il faut cependant s’armer de patience car la première récolte de cette épaisse couche de liège n’aura lieu qu’après 25 ans lorsque le diamètre du tronc atteindra 70 cm. Cette première récolte de liège irrégulière et trop dur est inapte à la production de bouchons et sera consacrée à la production de matériel de construction ou d’isolation. Tous les 9 ans l’écorce se régénère et le chêne subira une nouvelle extraction. Ce n’est qu’à partir de la troisième extraction que la qualité du liège sera suffisante pour sa transformation en bouchon. Si vous vous promenez au Portugal vous pouvez observer au pied des arbres les deux derniers chiffres qui correspondent à l’année de récolte peints en couleur orange. Une fois prélevées, les planches de liège sont empilées et reposent à l’air libre pendant six mois. Ensuite une sélection est opérée pour écarter les planches présentant des défauts ou une épaisseur trop faible. Commencent alors les phases d’ébouillantage, de stabilisation, de découpe, de tubage, de calibration, de triage, de lavage etc… Un processus précis et millimétré contrôlé à chaque étape pour garantir des bouchons irréprochables capables d’assurer une conservation et un vieillissement optimal.

Le liège écoresponsable
Les forêts de chêne liège, principalement situées au Portugal et en Espagne ne se limitent pas à la production de bouchons de liège. Elles jouent un rôle majeur au niveau écologique. Au même titre que l’Amazonie ou les Andes, cet écosystème, véritable garant de la biodiversité, abrite une faune et une flore variées dont de nombreuses espèces menacées auraient déjà disparus. L’autre atout est sa capacité à capter les molécules de CO2 , le gaz responsable du réchauffement climatique. Les forêts de chêne liège portugaises absorbent annuellement 5% des émissions de CO2 du pays. Selon une étude d’Amorim, le leader mondial du bouchon de liège, la production d’un bouchon en liège, considérant toutes les étapes d’élaboration, émet  dix fois moins de dioxyde de carbone que celle d’un bouchon en plastique et 24 fois moins qu’une capsule métallique.

736 tonnes de bouchons recyclés
Les campagnes de collecte et de recyclage des bouchons en liège connaissent un succès surprenant auprès des consommateurs du monde entier. Avec le réveil de la conscience environnementale de notre société, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur. Même si le liège recyclé ne pourra jamais servir à fabriquer de nouveaux bouchons, il s’adapte parfaitement à une vaste gamme de produits dérivés comme des articles de bureau, de mode ou de sport. On le retrouve dans l’industrie aéronautique, automobile et évidemment de la construction. Un bel exemple d’économie circulaire. En 2008 Amorim Cork, lance au Portugal sa première campagne de recyclage : le projet Green Cork. Elle sera suivie aux Etats-Unis par un partenariat avec un fabriquant de chaussures qui incorpore du liège recyclé dans la fabrication de ses chaussures. Depuis de nombreux projets se sont développés aux quatre coins de la planète impliquant autant d’associations à vocations sociales ou environnementales. D’importants fonds consacrés à la reforestation ont déjà été récoltés. L’année dernière Corticeira Amorim a récupéré 736 tonnes de liège par l’intermédiaire de divers programmes de recyclage au Portugal et dans le monde. Soit près de 164 millions de bouchons qui ont connus une nouvelle vie. La quantité de bouchons recyclé a doublé en deux ans. Malgré le chemin parcouru et la grande motivation, la route est encore longue. En effet on estime que dans le monde, seulement 2 à 3% de la totalité des bouchons en liège sont récupérés. La marge de progression est importante et pourrait motiver de nouvelles initiatives ici en Belgique.