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Péloponnèse, la typicité grecque

Nommé Argos par Homère, le Péloponnèse fournit un tiers de la production grecque de vin, avec une majorité de vins blancs (60%) produit par 180 caves et 360 viticulteurs.

Vaste péninsule reliée à la Grèce par l’isthme de Corinthe, bien connu pour ses raisins secs, le Péloponnèse était en quelque sorte prédisposé à la viticulture, car son nom signifie littéralement l’île de Pélops, ce dernier était l’échanson de Poséidon, soit la personne qui servait le vin à la cour…. Sur une carte, on le reconnaît grâce à sa forme de large main à quatre doigts.

La richesse de cette presqu’île est sa large variété de cépages, plus de 150, mais ce fut aussi l’un des obstacles à sa reconnaissance internationale. En effet, comment vendre des vins de Rokaniaris, Tinaktogoros, Sklava ou Menomvassia à un public habitué à des noms de cépages plus simples? Et on ne vous parle même pas des étiquettes écrites avec l’alphabet grec… L’ouverture vint en réalité des enfants de vignerons grecs formés en France ou ailleurs dans le monde et qui, à leur retour, ont planté des cépages internationaux tels que le Chardonnay, le Merlot, la Syrah ou le Viognier.

Désormais présent sur le marché mondial, ces cépages classiques ont progressivement été assemblés avec des variétés indigènes qui ont aujourd’hui largement pris le dessus grâce aux sommeliers qui ne veulent plus que des vins de monocépages grecs ! Beau cas de marketing à étudier.

Trois niveaux

Aujourd’hui, l’Agiorgitiko (noir) est le cépage le plus planté dans le Péloponnèse où il représente 26,5% des surfaces, suivi de trois cépages blancs : Roditis (11,7%), le Sultanina (les raisins sans pépins pour la table – 9%) et le Moschofilero qui est devenu l’un des cépages blancs emblématiques de la Grèce dans le monde. Donnant des vins blancs ou des bulles, ce raisin a une peau légèrement rosée qui permet même une vinification rosée. Une autre variété rouge clôture ce top 5 : le Mavroudi que l’on retrouve aussi en Bulgarie. Certains vignerons destinent leur production à l’élaboration des raisins secs, dits de Corinthe.

Les vins sont classés en trois niveaux : le vin de table (ou vin de pays – Greek Wine), les Indications géographiques protégées (IGP) qui sont au nombre de 24 (sur les 120 que compte la Grèce) et les Appellations d’origine protégée (AOP) qui sont au nombre de 10 (pour 33 dans le pays) dont 6 désignent des vins de dessert.

Le vin grec le plus connu est bien sûr la Retsina, qui est classée dans les IGP. Décriée pour sa qualité médiocre, la Retsina connaît pourtant une renaissance et fait l’objet de toutes les attentions de quelques vignerons qui ont su, d’une part, modérer la part de résine dans le vin, et d’autre part, tirer le meilleur parti du cépage Roditis.

Ce vin incontournable représente aujourd’hui 5 à 7% de la production grecque de vin. Il est élaboré en incorporant une petite quantité de résine, uniquement issue de pin d’Alep, qui était utilisée il y a 2000 ans pour étanchéifier les amphores. La résine a aussi des propriétés médicales et protégeait le vin. Elle servait aussi à redresser le goût du vin si nécessaire, comme on le fait en France, ou ailleurs, en élevant le vin en barrique. Le prélèvement de la résine est aussi important que la qualité des raisins elle-même.

Marc Vanel

> Photo d’ouverture : © Mark Vekemans