Baudouin Havaux
BORDEAUX

Angélus 2020 en avant-première !

Ce lundi débute officiellement la semaine des primeurs 2020 à Bordeaux. Traditionnellement, producteurs bordelais, acheteurs et journalistes du monde entier se donnent rendez-vous la dernière semaine d’avril pour découvrir le millésime de la dernière vendange toujours en phase d’élevage dans les chais des châteaux.

S’il est difficile de projeter les vertus d’un vin en cours d’élaboration, c’est cependant l’occasion de se faire une idée sur la qualité générale des différentes appellations bordelaises. L’occasion pour les acheteurs et vendeurs de spéculer sur leur valeur financière.  L’année dernière la semaine des primeurs a été annulée et seuls les négociants français ont eu l’occasion de se rendre en propriété pour y déguster le millésime 2019. Cette année, cet événement d’habitude prestigieux aura bien lieu, mais en mode mineur. Crise sanitaire oblige, rares seront les acheteurs étrangers à faire le déplacement. Ne voulant pas perdre l’opportunité de déguster le millésime 2020 qui s’annonce prometteur, nous avons reçu par courrier 3 vins du Château l’Angélus 2020.  Nous les avons dégustés en avant-première, en amont  de la semaine des primeurs, avec les propriétaires, Hubert et sa fille Stéphanie de Boüard par vidéo-conférence.

Les conditions climatiques qui dictent la qualité des millésimes successifs ont pour la troisième année consécutive été assez clémentes. 2018, 2019 et 2020 signent une trilogie de millésimes particulièrement bien réussis à Bordeaux. L’hiver et le printemps 2020 ont été marqués par d’abondantes pluies qui ont permis au sol de se constituer une réserve hydrique bien utile pour assurer l’alimentation en eau de la vigne lors de l’été sec et très chaud sans être caniculaire. Durant cette période de sècheresse, les terroirs capables de retenir l’eau et de la restituer ( sols calcaires et argileux) ont fait la différence. Les températures clémentes des deux mois et demi de l’été ont offert aux raisins de bonnes conditions pour mûrir et s’enrichir en polyphénols. Hubert de Boüard précise que « c’est vraiment un millésime de consommateur avec une appétence, un toucher de tanin et une fraîcheur qui est assez unique. En quarante ans de métier, je n’ai pas souvent trouvé ça. On a envie de consommer, ce millésime n’est pas fatigant. Cette notion d’appétence est caractéristique.»

Nous avons dégusté en primeur trois vins de Saint-Émilion, élaborés par le Château Angélus : N°3 d’Angélus, Carillon d’Angélus et Angélus 2020, trois vins issus des 52 ha. que compte la propriété, mais produits sur des parcelles attitrées.

N°3 d’Angélus, Saint-Émilion, 2020
Le vignoble compte 7 ha. y compris les jeunes vignes de Carillon d’Angélus. 85% de Merlot, 10% de Cabernet Franc et 5% de Cabernet Sauvignon. Les sols composés d’argiles, de sables et de calcaires produisent des vins moins concentrés et plus souples. 60% du vin est élevé en barriques d’un vin et 40% en cuve. Le nez présente des arômes nets de fruits rouges comme la mûr et la cerise. L’attaque est souple, tout en fraicheur assez ronde et gourmade. Prêt à boire, les anglophones le qualifierait de « Drinkable », facile à boire.

Carillon d’Angélus, Saint-Émilion, 2020
18 hectares, plantés avec 90% de Merlot, 5% de Cabernet Franc et 5% de Cabernet Sauvignon, sont dédiés au Carillon d’Angélus. Le sol également composé d’argile-sablo-calcaire est plus chaud. 60% du vin est élevé 18 mois en barriques de chêne français neuves et 40% en barriques d’un vin, ce qui apporte une bonne structure tannique au vin. Le nez franc de groseille et de cerise est assez épicé. La bouche est tendue, profonde et les tannins sont fins.

Angélus, Saint-Émilion Premier Grand Cru Classé « A »
Les 27 hectares consacrés au Premier Grand Cru sont situés sur le coteau sud de Saint-Émilion sur le fameux pied de côte, réputé pour son terroir argilo-calcaire sur la partie haute et argilo-sablo-calcaire à flanc de coteaux. Le merlot (53%) partage presque à parts égales l’assemblage avec le Cabernet Franc (47%). L’élevage de 20 à 22 mois est réalisé en partie en barrique de chêne neuf pour le Merlot et une partie du Cabernet et en foudre de 30hl. pour certains Cabernets Francs qui présentent des arômes particulièrement subtils. Un millésime qui a nécessité peu d’extraction, car les tannins bien mûrs se sont libérés naturellement.  La couleur dense presque noire avec des reflets violets qui présument d’une bonne acidité. Le nez gourmand et subtil évoque les fruits noirs et les noyaux de cerises sauvages. La bouche est subtile, complexe, fraiche, précise et raffinée. Les tannins soyeux sont profonds sans aucune agressivité. Un très grand vin que l’on pourrait résumer en trois mots : élégance, précision et harmonie.

Cette dégustation du 2020 confirme l’évolution pour ne pas parler de la révolution de ce Premier  Grand Cru Classé A qui affiche des vins de plus en plus précis à la conquête de l’équilibre et de l’harmonie optimale. L’arrivée en 2016 de la Stéphanie de Boüard-Rivoal à la tête de la propriété familiale explique aussi la tendance à produire des vins plus souples, plus délicats et plus élégants. L’élevage partiel en foudre en bois à la place des traditionnelles barriques apporte assurément plus de finesse aux vins.

Pour ce qui est des prix des primeurs 2020, il est un peu tôt pour se prononcer, il faudra attendre la sortie des premières offres au mois de mai. Tenant compte d’une part du contexte économique mondial, de la baisse des prix des 2019 et d’autre part d’un volume de production moindre et de la bonne qualité du millésime 2020 on ne devrait pas s’attendre à une flambée des prix, mais plutôt à un léger tassement. À ce stade, face aux multiples incertitudes qui entourent la crise sanitaire il est bien difficile de prévoir l’évolution des prix de ce marché spéculatif. Il ne faut pas oublier que les négociants qui achètent et payent aujourd’hui des vins qui seront livrés dans un an et demi espèrent bien les revendre avec une plus-value, et ne pas être confrontés à une baisse des cours.