Pedro Ballesteros MW
DIVERS

Vieilles bulles

Rien de mieux que les vins mousseux comme indicateurs du bien-être et de la confiance dans l’avenir. Lors des premiers confinements, la consommation de ces vins a chuté. Pour remonter exponentiellement dès que nous avons pu fêter et nous réunir à nouveau. Espérons donc pouvoir faire sauter les bouchons pour les fêtes de fin d’année à venir.

Il y a quelque chose de magique dans les bulles, une relation entre la texture du vin mousseux et la joie. J’imagine que les experts ont déjà étudié cette relation. Le constat est pourtant là, dans les pays libres qui progressent économiquement et socialement, la consommation de ces vins augmente rapidement. Pour ne plus jamais s’arrêter. Comme chez nos voisins flamands, qui sont les champions mondiaux de la consommation de bulles de toute provenance et de toute qualité.

En effet, ils consomment autant de cava que les Catalans, presque plus de champagne que les Français. D’ici peu, ils vont surpasser les Italiens dans la consommation de prosecco et, en plus, ils boivent presque la totalité de la production de mousseux de qualité produit en Belgique. Une production qui ne cesse de s’accroître, en quantité et en qualité. La Flandre est une terre de joie, sans aucun doute. La joie a une grande variété d’expressions: la joie spontanée, la joie quotidienne, la joie sociale… Mais il existe un type de joie, la joie réflexive et attentive, qui mérite plus de subtilité. Lors de ces moments, il faut peut-être se tourner vers les vieux millésimes de bulles. Les vieilles bulles ont survécu de longues années dans la bouteille. Ces vins se sont affaiblis, sont devenus moins tendus. Les champagnes et cavas de très longs élevages, de préférence plus de sept ans, les franciacortas saten, délicieux dans leur discrète beauté, des mousseux belges qui sont restés dans les caves pendant de longues périodes dépassent la patience naturelle.

Quelques exemples avec en Belgique, le Fibonacci de Schorpion. En France, bien sûr, Dom Pérignon. En Espagne, Gramona Enoteca ou Mestres, la Cuvée Annamaria Clementi de Ca’ del Bosco a Franciacorta, ou la Riserva del Fondatore de Ferrari en Trentino. Le Wiston estate anglais ou même des vins américains comme le En Tirage de Carneros voire allemands comme Solter Berg Roseneck… Gardez ces vins pour les occasions plus intimes, pour les moments de lenteur paisible.

Parce que ces vins doivent être partagés, et surtout ne pas être bus en vitesse. Les meilleurs d’entre eux deviennent un plaisir complexe et subtil si on laisse une partie, bouteille ouverte, pour le lendemain. Ce sont de vins qui transforment la mémoire de la joie d’hier en bonheur liquide d’aujourd’hui. Et démontre plus que jamais que souvent, il faut prendre son temps…