Baudouin Havaux
BORDEAUX

La métamorphose du Château Figeac.

Quand on emprunte la route sinueuse qui relie Libourne à la cité de Saint-Emilion on tourne à gauche entre deux bornes de pierre portant discrètement le nom du Château Figeac pour prendre l’allée bordée de vignes qui mène au Château. C’est ma première visite à Saint-Emilion après presque deux ans de pandémie et l’annonce de la construction d’un nouveau chai. A première vue, à part quelques détails de la façade du chai qui jouxte le château, peu de changement sont perceptibles. Le Château Figeac, Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion, semble poursuivre sa vie tranquille qui a été affectée en 2010 par le décès de son propriétaire Thierry Manoncourt, vigneron doublé d’un scientifique très apprécié sur la rive droite qui incarnait  l’âme de ce prestigieux  Premier Grand Cru.  Depuis on se posait beaucoup de questions pour l’avenir du château. C’est à l’intérieur de l’ancien chai et en sous-sol que l’on peut mesurer l’ampleur de la métamorphose réalisée sous l’impulsion de son épouse Marie-France Manoncourt, de ses filles et de l’équipe du Château Figeac orchestré par son directeur générale Fréderic Faye. 

L’inauguration du nouveaux chai en début d’année marquera certainement  un tournant décisif dans la longue histoire de cette propriété familiale. Un bâtiment flambant neuf, vaste, élégant et majestueux mais pas ostentatoire qui respecte le paysage et le charme des lieux grâce à l’utilisation de matériaux nobles. Le nouveau bâtiment, en pierre de taille, épouse la colline, mi- visible et mi- enfui, immense en sous-sol et formidablement discret en surface. L’extension totalisant 5.000 m2 s’étend  principalement sur deux étages enterrés, consacrés aux chais à barriques et au stockage des bouteilles. La partie supérieure consacrée à la cuverie constitue le bijou de la rénovation. Huit cuves de bois en chêne français, disposées en cercle, forment le cœur du cuvier semi-enterré́, complétées de 40 cuves tronconiques en inox dimensionnées pour des vinifications parcellaires et intra-parcellaires. Ces quarante-huit cuves, toutes sur-mesure, permettent de travailler encore plus finement  chaque parcelle et de gagner encore plus de précision lors des fermentations.

L’étiquette du château Figeac créée en 1906 par Robert Villepigue, grand-oncle des actuels propriétaires, rappelle les origines belges d’une branche de la famille. Les armoiries représentées sur l’étiquette sont celles de la famille Chevremont que l’on retrouve également sur le fronton de l’hôpital du Château Rouge à Herstal.

Il est clair que la famille Manoncourt qui a réalisé un investissement de près de 15 millions d’euro dans le projet de rénovation s’est donné les moyens de ses nouvelles ambitions. Le Château Figeac, propriété de la même famille depuis près de 130 ans, classé « Premier Grand Cru Classé » de Saint-Emilion depuis 1955, se verrait bien dans le futur gagner une place dans le prestigieux classement des vins de Saint-Emilion. Un projet stratégique, s’inscrivant dans la durée, qui reflète parfaitement l’esprit des vins élaborés depuis toujours au Château Figeac.

Comme le rappelle Fréderic Faye, cette nouvelle infrastructure n’est jamais qu’un outil de travail au service du vin, du raisin et du terroir qui dictent leur loi. Le vin du Château Figeac puise son caractère et sa grande originalité́ dans un terroir unique à Bordeaux. La propriété de 54 hectares inscrite comme « réserve de faune naturelle » compte 41 hectares de vignes, entourant le château. Le vignoble combine trois collines de graves au sous-sol varié, une diversité́ de microclimats nés du relief vallonné et du ruisseau qui traverse la propriété́, ainsi qu’un encépagement particulier dominé par les cabernets franc et sauvignon, où le merlot est minoritaire. Thierry Manoncourt, ingénieur visionnaire, a été le premier à implanter le cabernet sauvignon sur la rive droite en proportion significative. La couverture graveleuse en « croupes » ou collines assure le drainage naturel, le réchauffement des sols au printemps et une parfaite exposition des vignes au soleil. L’enracinement profond permet aux vignes de trouver leur alimentation dans la fraicheur des sous-sols d’argiles bleues. Figeac dispose d’une mosaïque de parcelles qui créent la complexité́ et la finesse des vins. Si les plus vieux ceps remontent à 1921, les vignes ont une moyenne d’âge de 35 ans. En un peu plus d’une décennie, 35 % du vignoble a été replanté.

Dans la salle de dégustation résolument contemporaine et lumineuse qui offre une impressionnante vue à la fois sur le cuvier et le vignoble nous avons eu l’opportunité de remonter plusieurs années en arrière dans le vinothèque du château. Ci-après les commentaires d’une sélection de quatre millésimes particulièrement bien appréciés.

2019: Couleur rouge, intense et brillante. Un nez de fruits rouges, framboise, fruits noirs cassis, cajou et boisé. Une bouche franche, bien structurée présentant beaucoup de finesse, assez tendue, intense et complexe. Des  tanins aiguisés. Des notes de fruits noirs, cassis, réglisse, café et torréfaction.

2011: Un nez fin, discret et franc aux notes de réglisse et de poivre blanc. Une attaque nette et franche, ample, assez soyeuse. Un bouquet aromatique floral en milieu de bouche, toasté, grillé, puissant avec beaucoup de finesse et de minéralité. Tout en élégance.

2010: Un millésime remarquable à Bordeaux et en particulier à Figeac. Robe intense. Un nez fin, net et précis. Une bouche florale, fruitée, complexe, qui présente un parfait équilibre entre le bois et la matière, puissant, élégant et déjà assez souple.  Une palette aromatique complexe, soulignée par des tanins très élégants. Une  longueur kilométrique.

1964: Magnifique couleur très évoluée mais brillante qui évoque le brou de noix. Un nez persistant de cuire, de tabac et de cire. Une bouche souple, complexe et ample qui présente une fraicheur étonnante. Un vin bien vivant aux notes d’agrumes, de moka, de menthe et de noix.