Baudouin Havaux
WINEBIZZ

Comment expliquer le succès des rosés ?

Frais, accessibles et présentant de multiples facettes, la consommation des vins rosés est en forte augmentation sur les principaux marchés importateurs. Selon les données de l'observatoire mondial du rosé, la production de vin rosé est passée de 20 millions d'hectolitres en 2002 à un niveau record de près de 30 millions d'hectolitres en 2020.

La consommation de rosé est en pleine expansion, plus seulement en été mais tout au long de l’année. En Belgique, un été chaud correspondait à une augmentation significative des ventes de rosé, mais ces dernières années, la consommation a commencé à s’étendre sur toute l’année. Une tendance qui prouve que le rosé n’est plus considéré exclusivement comme un vin de soif, mais comme un vin à part entière.

Comment expliquer cet engouement ? 

Compte tenu des caractéristiques générales des vins rosés, il n’est pas difficile de comprendre les raisons d’un succès qui, ces dernières années, ne semble pas vouloir s’arrêter. Le point fort réside avant tout dans l’extrême polyvalence du produit qui, par sa nature même, se prête à une consommation en de multiples occasions et à différents moments de la journée, à l’apéritif, en terrasse, au repas…. Ce qui correspond à l’évolution de notre style de vie et nos habitudes alimentaires qui ont tendance à ce déstructurer. Grignotage, apéro gourmand, tapas, street food qui s’associent facilement aux vins rosés, ont substitué nos trois repas traditionnels mieux adaptés à l’association de vin blanc sur l’entrée et rouge sur la plat.

De même, le concept de « vin purement féminin » semble avoir été complètement dépassé, et au contraire, il est indépendant du sexe et de l’âge du consommateur. L’ autre atout est la dimension sociale qu’un rosé possède intrinsèquement. Celui d’être un symbole de convivialité qui invite à une consommation insouciante, sans trop de fioritures et de superstructures.

En outre, il ne faut pas être un fin connaisseur pour l’apprécier.  Il ne s’inscrit pas dans le même cadre que le vin blanc et le vin rouge puisque l’appellation, la région et le cépage sont peu mis à l’avant-plan. C’est davantage la marque ou l’étiquette que le consommateur reconnaitra. C’est un vin désintellectualisé pour profiter de bons moments en toute quiétude.

Sans oublier que l’emballage du rosé contribue assurément aussi à son succès. Les bouteilles présentent souvent une forme originale et de belles étiquettes, ce qui les rend modernes et attractives. L’arrivée sur le marché de vedettes comme la famille Brad Pitt en Provence a certainement booster la popularité des cuvées rosées exhibées si possible en magnum dans les plus huppées boites de nuit de la planète.

Au fil des ans, il n’y a pas que le volume de production qui a augmenté. Les rosés ont aussi considérablement gagné en qualité́. Surtout dans les régions et les appellations qui se sont spécifiquement consacrées à l’élaboration de rosé, comme par exemple la Provence ou le Cabernet d’Anjou. En effet La production de bons rosés exigent une belle matière première. Ce ne sont plus les raisins issus des jeunes vignes ou vendangés trop tôt ou trop tard, dont on ne sait que faire que l’on condamne à la production d’un mauvais rosé.

Si, par le passé, le rosé était considéré comme « le vin de l’après-midi », parfait surtout pour l’apéritif, ou au bord de la piscine, on le retrouve également aujourd’hui de plus en plus à table, au moment des repas. La polyvalence d’un rosé s’exprime en fait le mieux en termes d’accords alimentaires, offrant un très large éventail de solutions. Et, par ailleurs, le rosé accompagne les cuisines les plus diverses et particulièrement la cuisine du monde, qui rencontre aussi un franc succès actuellement. Polyvalent le rosé se marie avec tous ces plats, ce qui n’est pas forcément le cas du vin blanc ou rouge.

Si tous les plats se marient avec le rosé, tous les rosés ne se marient pas avec tous les plats. Il existe pour chaque type de plats un profil de rosé adapté. La démonstration en a été faite en juin dernier à L’Aquila dans les Abruzzes, lors d’une dégustation assez particulière qui associait vins rosés et mets. 50 dégustateurs venus de toute l’Europe  principalement des journalistes spécialisés, des acheteurs et des sommeliers ont dégusté 120 vins rosés primés au Concours Mondial de Bruxelles. L’objectif n’était pas de juger à nouveau la qualité des vins, mais bien de déterminer le meilleur accord « vin rosés-plats ». Pour ce faire 8 catégories de mets ont été proposées : apéritif, poissons crus, poissons cuits, charcuterie, viandes cuites, plats épicés, fromage et desserts. En fonction de la puissance, de l’acidité, des tanins, du degré d’alcool, des différents arômes et saveurs, etc… chaque rosé devait être associé à une catégorie de mets. L’exercice fut concluant car dans 85% des cas l’association était choisie par l’unanimité du jury. La démonstration a donc été faite que comme les vins rouges et les vins blancs, les rosés sont aussi des vins de gastronomie qui méritent d’être associées aux bon partenaire. CQFD .