Charles Piron
VIN BELGE

La Belgique n’a pas été épargnée par le Mildiou

Le mildiou est un champignon parasite spécifique de la vigne. Contaminant les organes herbacés, il peut entrainer d'importantes pertes de récoltes, ainsi que des problèmes de qualité des vins et d'affaiblissement des ceps. Transportées par le vent, elles se déposent de pied en pied et se développent avec l'humidité, par temps de pluie ou à la faveur de fortes rosées.

Vu l’été chaotique que nous avons connu en Belgique cette année, le champignon s’est largement répandu à travers tout le vignoble. Tour d’horizon des dégâts chez quelques producteurs belges que nous avons contactés.

Comment le reconnaitre ?

Le mildiou a une apparence très caractéristique : on dénote des sortes de « taches d’huile » sur la face supérieure des feuilles, suivies d’un feutrage blanc symétrique sur la face inférieure. Problème, lors de l’infection secondaire, la maladie atteint les grains qui diminuent puis se dessèchent complètement, d’où une atteinte importante de la récolte. D’une année à l’autre, l’attaque peut être forte, et l’extension de la maladie est souvent très rapide. Il est alors nécessaire de traiter, tous les 8 jours, par pulvérisation d’un produit contenant du cuivre comme la bouillie bordelaise par exemple.

À la Coopérative Vin de Liège, les dégâts sont assez importants, mais varient fort d’une parcelle à l’autre et d’un cépage à l’autre. Les conditions étant tellement difficiles cette année, même les cépages interspécifiques ont été touchés. Comme expliqué dans une vidéo envoyée aux coopérateurs, dont nous faisons partie. « Dans le Pinotin, les attaques se concentrent surtout sur le haut du feuillage. Avec les accès de pluie, la vigne a aussi eu du mal à assimiler certains nutriments. On a su protéger la vigne avec des produits de contacts : du cuivre et du soufre principalement . » Les pertes sont importantes chez Vin de Liège, mais heureusement, tous les cépages n’ont pas réagi de la même manière, le Muscaris par exemple n’a pas été touché. Alec Bol « Là où l’on a perdu le plus, c’est dans le Johaniter, dans le Souvignier Gris et dans le Pinotin. La situation n’est pas encore complètement catastrophique, après pesage et comptage, on estime nos pertes à 25% de la production sur l’ensemble de nos parcelles. Mais on avait déjà perdu 25% avec le gel de printemps, donc franchement, l’année ne sera pas bonne ! Mais c’est comme ça, des années sont plus difficiles que d’autres.» Sur les bords de Meuse, il reste de l’espoir pour les vendanges qui se rapproche doucement.

De l’autre côté de la Wallonie, les vignes du Domaine W sont en très bon état. Les parcelles en production ont bien résisté grâce à un travail acharné des équipes. Sophie Wautier : « C’est vrai qu’on a mis toute notre énergie dans les parcelles en production. On était vraiment au taquet, et grâce à notre station météo on a vraiment profité de toutes les brèches pour effeuiller, traiter, etc. Il faut savoir qu’on est en Biodynamie donc c’est encore plus strict, mais on a de la chance, nos vignes vont super bien, on aura de très faibles pertes cette année sur notre récolte. » La météo joue un rôle crucial, et savoir anticiper au maximum son impact est très intéressant. Au Domaine W, les parcelles sont très proches l’une de l’autre ce qui maximise les informations de la station située au coeur des vignes. Cet appareil très précis fournit par exemple le taux d’humidité sur la feuille, une infirmation en or en période critique au mildiou.

Dans le Namurois, les jeunes vignes, plantées l’année dernière, du Château D’Annevoie ont été relativement épargnées. «Nous sommes en traitement bio, nos vignes interspécifiques ont d’abord assez bien résisté, on a dû faire un premier passage le 5 aout avec du soufre et du cuivre. On avait un peu de stress pour les vignes les plus basses, mais pour l’instant ça reste assez limité. Évidemment ce n’est pas la meilleure année, mais on ne prévoit pas de récolte avant l’année prochaine, donc on a de la chance.» Les vignes du Château d’Annevoie sont toutes dites interspécifiques, on y retrouve principalement du Johaniter, du Sauvignac et du Cabaret Noir. Les premières vraies vendanges sont attendues pour l’année prochaine avec l’espoir d’avoir un été plus clément !