Baudouin Havaux
WINEBIZZ

Plaidoyer pour la Biodynamie

«  Être vigneron, c’est considérer la nature avec humilité et respect. Être entrepreneur, c’est cultiver l’optimisme, la transmission et s’adapter au monde qui change ». Gérard Bertrand

On connaît bien le sportif de haut niveau, star du rugby, porté à la tête de l’équipe nationale de France. Aujourd’hui on connait encore mieux le fils de vigneron languedocien qui a transformé en 30 ans son vignoble familial en un groupe indépendant devenu une référence mondiale de l’excellence et de la biodynamie. Le vigneron-entrepreneur est à la tête de 16 châteaux et domaines dans les Corbières, le Minervois, le Languedoc et le Roussillon, avec son navire amiral le château l’Hospitalet. On connaît moins l’écrivain qui a profité du calme imposé par la pandémie pour écrire son second livre «  La Nature Au Cœur ». Il y a assemblé, comme un grand puzzle toutes les pièces de son expérience personnelle et professionnelle. Un témoignage à cœur grand ouvert sur sa perception du monde d’aujourd’hui, son chemin parcouru ces 40 dernières années et de ses convictions.

Engagé depuis toujours pour l’environnement, ses vignobles sont à 60% conduits en bio ou en biodynamie, avec comme objectif d’atteindre 80% en 2025 et 100% en 2030. Prendre soin de la terre est devenu une priorité et son livre est un appel au respect de la nature à la préservation de la biodiversité. Une prise de conscience activée après avoir éprouvé les bienfaits de l’homéopathie.

Ci-après quelques extraits :
Confronté aux changements climatiques, l’adaptation de nos pratiques culturales sont des enjeux cruciaux pour les dix prochaines années. La viticulture, depuis plus de trois mille ans, produit sur la planète des vins issus de mille cinq cents cépages différents. Elle n’a pas de fonction vitale et le vin n’est pas un produit de première nécessité et doit donc, à ce titre, elle doit être exemplaire. Le vin réjouit nos cœur, rapproche les gens, accompagne nos repas et se prévaut souvent d’une origine géographique. Il ne doit pas avoir le goût de quelque chose mais de quelque part.
En viticulture, dans les vingt ans à venir, l’agriculture biologique deviendra la norme. Le consommateur souhaitera boire davantage de produits personnalisé garantissant une traçabilité, une typicité et un goût.

Pour Gérard Bertrand, le passage à l’agriculture biologique est un prérequis. L’utilisation des engrais organiques, à la place des fertilisants chimiques, et l’abandon de produits phytosanitaires créent un nouvel équilibre, certes un peu moins productiviste mais plus durable, car il respecte la biodiversité environnante, les cours d’eau, le goût naturel des fruits et des légumes et leurs valeurs nutritionnelles. Il préconise la biodynamie qui va plus loin que l’agriculture biologique. Pratiquée depuis cent ans en Europe, la biodynamie propose un nouveau modèle d’intégration fondé sur la biodiversité et l’interaction entre forces cosmiques et telluriques. Le concept prend soin des sols et des plantes, rythmée par les cycles des astres et de la lune. Notre système repose sur la lumière et l’énergie du soleil. Cet équilibre fragile est assujetti à la variabilité des températures et à la protection de notre environnement. La nature fixe les règles et nous sommes contraints de les adapter. La vie n’appartient pas à la terre mais au soleil. Si vous mettez un voile noir au-dessus de nous, plus rien ne poussera. Les forces de vies viennent du cosmos et permettent au système racinaire de puiser dans les micro-organismes de la terre pour favoriser le développement de la nutrition de la plante. A contrario, les herbicides détruisent la vie microbienne du sol, nécessitant l’apport d’engrais chimiques pour compenser. Or ces engrais sont équivalents à des sels qui augmentent les besoins en eau du végétal et fragilisent la vigne en favorisant les maladies. Celles-ci seront alors combattues par des produits de synthèse systémiques, redoutables d’efficacité car il passent par la sève. Mais c’est précisément ainsi qu’ils vont dérégler le fonctionnement de la plante, car c’est par la sève qu’elle capte les données climatologiques. Pour aller plus loin et faire face aux changement climatiques, seuls des sols vivants, exempts d’adjonction de pesticides, permettront un meilleur équilibre de la vigne.

En conclusion, il écrit que l’homme est en position dominante par rapport à la nature et au monde vivant et qu’il est urgent et fondamental qu’il prenne conscience des problèmes inhérents en respectant l’ensemble de la faune et de la flore dans un cadre de vie plus respectueux avec les plus faibles. Les problèmes du monde ne peuvent être résolus par des sceptiques ou des cyniques dont les horizons se limitent aux réalités évidentes. Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé écrivait `John Fitzgerald Kennedy.