Baudouin Havaux
ŒNOTOURISME

Balades Vin, une immersion dans le vignoble wallon

Quand des amateurs de vins désireux de découvrir cet univers complexe, demandent au professeur Bernard Burtschy, l’un des meilleurs dégustateurs, ce qu’il faut faire pour « connaitre » le vin, il leurs répond qu’il faut d’abord visiter au moins une centaine de musées… Curieuse réponse d’un scientifique qui nous invite à aiguiser nos sens.

Il a raison. Car finalement, peut-on réduire la définition du vin à une succession de réactions biochimiques qui transforment le fruit de la vigne en un produit alcoolisé ? Oh que non ! Si effectivement le vin est la boisson obtenue par fermentation naturelle du jus de raisin, il est avant tout élaboré par des femmes et des hommes qui « révèlent » une multitude de terroirs et de climats. Terroir, Climat et Hommes sont les trois piliers qui caractérisent chaque bouteille de vin. Pour éprouver des sensations et sentir des émotions lors de la dégustation d’un verre de vin, il convient d’aller à la rencontre de ces trois éléments principaux.

Se laisser piquer les joues par la brise glaciale de l’hiver au moment de la taille qui contraint les ceps au repos. Affronter les précipitations qui enfleront les baies de raisin. Sentir le vent qui sèche les feuilles après l’averse. Observer l’éclosion des bourgeons, puis leur floraison et le changement de couleur des baies, qui passent du jaune au rouge lors de la véraison. Se laisser caresser par les rayons de soleil qui toastent les pellicules du raisin. Sillonner les vallons. Admirer la faune et la flore qui favorisent la biodiversité des vignobles. Compter les pieds et les rangs de vigne. Évaluer la charge de raisins qui fait plier les sarments. Grimper les abrupts coteaux exposés au sud. Fouler les sols argilo-calcaires, sableux ou crayeux. Communier avec la terre où les racines puisent les microéléments qui caractériseront les saveurs particulières de chaque cuvée. Goûter l’acidité et puis la sucrosité des raisins en phase de maturation. Pénétrer dans les chais et humer les arômes du jus de raisin en fermentation. Parler avec les vignerons qui, comme des conteurs, partagent leur passion, leur histoire, leurs peines et leur bonheur. Bref, se balader à travers les vignobles. N’est-ce pas la meilleure manière de comprendre le vin ?

Jean-Marc Quinet et Anne Marmasse nous emmènent en balade à travers 33 vignobles wallons, qu’ils ont sélectionné pour l’intérêt de leur environnement et leur capacité d’accueillir des visiteurs plus que pour leurs performances œnologiques. Tous deux grands amoureux des balades champêtres, des sites délaissés par l’histoire et du tourisme hors des sentiers battus décrivent des balades qu’ils ont réellement marchées ou pédalées.  A pied, à vélo et en voiture ils ont pris beaucoup de plaisir à découvrir les campagnes, les hameaux qui entourent nos vignobles, et aller à la rencontre de ses habitants qui ont partagé leurs bons conseils. Le résultat c’est un guide pratique de 33 vignobles wallons et pour chacun d’eux une sélection de plusieurs balades qui vous feront découvrir notre patrimoine sans risquer de rater les points d’intérêts qui sont minutieusement décrits.

N’étant pas spécialistes du milieu viticoles, les auteurs ont pensé que la meilleure façon de présenter ces amateurs ou professionnels qui habillent nos paysages wallons de vignes, depuis quelques décennies pour les uns et quelques années pour les autres, était de les laisser se raconter eux-mêmes ou elles-mêmes. Ils ont accepté de jouer le jeu d’une interview décalée et ont tous répondu aux mêmes questions, enfilant les anecdotes, les (més)aventures et les joies qu’ils ont connues, sans jamais aborder l’aspect technique du métier, qui vous sera décrit si vous allez à leur rencontre.
De nombreuses anecdotes ponctuent les chapitres consacrés aux vignobles. Au Chant d’Eole à Quevry-le-Grand on peut lire : « Les étiquettes ont été réalisées assez aisément. Le nom a connu un sort différent. À l’origine, la dénomination était Le champ d’Éole, en référence au champ d’éoliennes qui était déjà présent à l’époque et au vent très présent ici. C’était sans compter sur la Champagne qui a mis le holà en stipulant que le mot champ pouvait porter à confusion avec le champagne, si on prononce le “p”. Et donc, il a fallu modifier l’intitulé qui a pris un tour plus poétique au final. ».  Au Clos des Zouaves à Thuin : «  Le nombre croissant de candidats vendangeurs était tellement important qu’on a dû mettre en place un système d’inscription. Un succès qui nous épate. On parle de cent à cent vingt bénévoles quand même. Et c’est assez rare pour le souligner, la vendange se fait au son d’une batterie – tambours et fifres. On est dans l’Entre-Sambre-et-Meuse et les traditions sont importantes. ».  Au Clos de la Buissière à Huy : « J’ai essayé de faire un rosé en 2018. Au mois de décembre, il était à la limite de l’imbuvable. En janvier, ça ne s’était pas amélioré. J’ai alors eu un contact avec un vigneron français qui m’a conseillé de verser le vin dans une casserole à confiture en cuivre. Le contact du vin avec du cuivre et la légère aération due au transfert a provoqué une réaction chimique naturelle qui l’a légèrement oxydé. Au départ, il était réduit, resserré sur lui-même. Avec ce truc de grand-mère, on a pu le récupérer et le boire. J’ai répété la même opération il y a peu sur le rouge 2019, et le résultat est probant. » A la Closerie des Prébendiers encore à Huy : « Nous sommes situés sur un coteau où l’on produisait déjà la vigne en 850. Ces vignobles appartenaient aux princes-évêques de Liège qui se sont succédés. Ils alimentaient les belles tables de l’époque. En 1976, lorsque j’ai acquis ce terrain, ce n’était qu’une pinède et mon voisin de colline m’avait proposé de planter des pieds de vigne. Bien plus tard, je me suis décidé à défricher pour retrouver la vue que les sapins me cachaient et, dans la foulée, je me suis lancé dans la viticulture. Vu la déclivité de 31 % du terrain, l’adéquation avec cette activité est parfaite. »

Par vignoble, comptez une journée d’excursion. Cela inclut la route, la visite, la dégustation et… la découverte touristique en guise de digestion. Sans aucun doute, si vous posez maintenant la question à Jean-Marc Quinet et Anne Marmasse de savoir ce qu’il faut faire pour « comprendre le vin et le vin wallon en particulier », ils vous répondront qu’il faut d’abord user les semelles de plusieurs paires de chaussures.

Vous pouvez découvrir en primeur et en exclusivité quelques balades ici et ici.

Titre : Balades Vin en Wallonie.
Auteurs : Jean-Marc Quinet@ Anne Marmasse
Editeur : 180° éditions
ISBN : 978-2-931008-55-3
Prix : 20€
Parution : Courant décembre 2020
Disponible dès à présent par souscription sur https://lalibrairiebelge.be/titre/balades-vin-en-wallonie/   Ou bientôt chez votre libraire, caviste ou vigneron favoris.