Dirk Rodriguez
ŒNOTOURISME

Un vin né du granite

Moulin-à-vent est une appellation tout à fait spécifique du Beaujolais. À quelques encablures du village de Fuissé, en Bourgogne, Moulin-à-vent possède cette particularité qu’il est impossible à localiser dans un GPS. Effectivement, Moulin-à-vent n’est ni une commune, ni une région, c’est une AOC dont le nom provient de l'ancien moulin à vent situé au centre du vignoble. Ce moulin trône sur le royaume du granite rose. Pour y arriver, introduisez dans votre GPS Romanèche-Thorins ou Chénas, même si ce dernier est le nom d'une autre appellation.

En Belgique, quand on parle de « Beaujolais », on pense souvent à deux choses : Saint-Amour et le Beaujolais Nouveau. Mais quand on dit « Beaujo- lais » à un connaisseur, il pense à ces endroits val- lonnés à l’ADN volcanique comme la Côte-de-Py, la Côte de Brouilly et Moulin-à-vent. Retour sur une visite estivale de ce vignoble, entre passion et tradition.

Le mythe du manganèse

Dans les cours d’œnologie – parfois même dans des questions d’examen – on affirme que le sous- sol de l’appellation Moulin-à-vent est caractérisé par le manganèse, un minerai. C’est pour le moins exagéré et en vérité, le marketing a légèrement revu l’histoire… « Seule une petite quantité de manganèse a été trouvée lors de fouilles dans un secteur particulier de l’appellation et à une profon- deur de 35 mètres », explique l’œnologue, Nicolas Besset lors d’un interview. Que trouve-t-on donc dans les sols de cette appellation? Beaucoup de granite. Principalement du granite rose. Mais ici aussi, il y a des nuances, le granite est parfois un peu plus blanc et parfois un peu bleuâtre. Ce granite prend de superbes reflets que l’on peut confondre avec des tranches de lard. Le sol est donc très pauvre, et comme toujours, c’est bon pour le vin. Au-dessus de la roche granitique, qui n’est rien d’autre qu’un matériau volcanique cristallisé.

Les meilleurs crus du Beaujolais, et Moulin-à-vent ne fait pas exception, se trouvent sur des pentes très raides, loin de ce que l’on voit en Bourgogne. Pour les randonneurs et les cyclistes expéri- mentés, la région est donc plus attrayante que la Bourgogne. La pente moyenne du vignoble est de 8,4 % ! En comparaison, la Côte de la Redoute atteint une moyenne de 9,5 % et le Oude Kware- mont 4 %. En parlant de raideur : depuis le vieux moulin à vent et par temps dégagé, on peut aper- cevoir le géant des Alpes : le Mont Blanc (200km à vol d’oiseau).

Un cépage: le gamay

Un seul cépage est cultivé dans le Beaujolais : le Gamay. Il constitue la base de tous les vins rouges et rosés de la région. Ce cépage n’est pas très vigoureux (croissance des feuilles) mais très productif (rendement en fruits). Les producteurs envieux de monter en gamme doivent donc tailler et limiter les rendements, bien que ces dernières années, les rendements aient été particulière- ment faibles en raison des aléas climatiques
(gel, grêle…). Néanmoins, 2015 et 2018 sont les années à retenir : une qualité élevée et un bon rendement. Contrairement à la croyance, les meilleurs Beaujolais peuvent se conserver longtemps. Un bon Moulin-à-vent peut facilement être laissé en cave pendant dix ans. On dit du grand Beaujolais qu’il « pinote » : on retrouve alors cette expression fine et complexe qui rappelle les grands Bourgognes rouges.