Baudouin Havaux
WINEBIZZ

2019 le millésime des bonnes affaires ?

La vente en primeur des crus de Bordeaux qui a lieu traditionnellement la première semaine d’avril, et qui réunit près de 5.000 professionnels des quatre coins du monde n’a pu avoir lieu à cause du c...…

Cette semaine que l’on pourrait comparer aux grands défilés de mode ou aux marchés aux bestiaux est l’occasion pour les domaines bordelais de présenter le millésime de l’année précédente (2019) sous son meilleur angle. Cette rencontre entre acheteurs et vendeurs permet de fixer les prix du millésime.

Cette année, les acheteurs internationaux n’ont pas pu voyager et la grande messe n’a pas eu lieu. Pourtant il faut bien fixer un prix et vendre. La semaine dernière, les domaines ont ouverts leurs chais par petits groupes aux négociants bordelais ce qui a mis le feu aux poudres. Les premiers châteaux ont annoncé des prix et des allocations. Contre tout attente, la campagne des primeurs 2019 a démarré sur les chapeaux de roue et à l’aveugle, car peu d’acheteurs auront l’occasion de gouter les vins avant de les acheter.

Faut-il acheter le millésime 2019 en primeur ?
Oui assurément. D’abord parce que la qualité est au rendez-vous ensuite parce que les prix affichent un recul significatif. Les privilégiés qui ont eu l’occasion de gouter le millésime 2019, qualifient les rouges comme très bons et les blancs comme excellents. Les prix ont eu tendance à s’envoler ces dernières années et le marché attendait un fléchissement des cours. Face aux multiples incertitudes liées à la crise sanitaire, au décrochage du marché américain et à la baise de régime de l’économie chinoise, on sent le marché inquiet et nerveux. Le Château Pontet-Canet, une référence incontestable à Bordeaux, a été un des premiers à se jeter à l’eau en annonçant un prix de 68€ HTVA. Ce qui représente une diminution de 31% par rapport à l’année précédente (98€). Certainement une des plus belles affaires qu’il a fallu saisir de suite, car il a été épuisé dans la journée. En général les crus affichent une décote de 20 à 30%. Les Premiers Grands Crus tentent de résister mais doivent suivre le mouvement, comme Lafite-Rothschild à 475€ HTVA contre 565€ pour le 2018 ou Mouton-Rothschild à 332€ HTVA contre 480€ en 2018.

Comment fonctionne la campagne des Primeurs à Bordeaux?

Il s’agit d’un système spéculatif. En effet, en cette période de l’année, les négociants bordelais achètent des lots de grands crus bordelais du millésime 2019. Ils sont actuellement en fût de chêne depuis près de 8 mois et y termineront leur élevage dans le courant du premier semestre 2021. Après cette période d’élevage en bois, lors de laquelle ils gagnent de la structure en absorbant les tanins du chêne, ils seront assemblés, filtrés et embouteillés, pour finalement être livrés aux acheteurs fin 2021, début 2022. On achète donc aujourd’hui un chat dans un sac, car à cette heure, personne ne peut garantir la qualité finale du millésime 2019. Alors pourquoi ne pas attendre la mise en bouteille pour commercialiser ces grands crus? Parce que cette vente en primeur intéresse d’une part les châteaux qui s’assurent une trésorerie plus rapidement, et d’autre part les acheteurs ( particuliers et négociants) qui espèrent réaliser une plus value entre l’achat en primeur et la sortie des chais.

Qui fixe le prix des primeurs ?
A quelques différences près, comme le prix du baril de pétrole: selon la loi de l’offre et de la demande. Il n’y a pas un seul cours, mais autant de cours qu’il y a de crus. L’effet millésime influence globalement le prix de chaque campagne en fonction de la qualité et des volumes disponibles, ensuite le prix de chaque château est fonction de sa notoriété. En pratique, à partir du mois d’avril, les châteaux lancent sur le marché, par tranche, une première partie de leur production qui peut représenter entre 10 et 50% du volume disponible à un prix qu’ils fixent eux­mêmes et attendent les réactions des négociants. Dans le meilleur des cas, ce premier lot trouve acheteurs en quelques heures et, dans le pire des cas, ne trouve pas preneur. L’engouement des acheteurs déterminera le prix auquel sera proposé le second lot et ainsi de suite jusqu’à épuisement du stock disponible.

Les tendances du marché en Belgique :
Fréderic Dufrasne de Chai & Bar à Uccles a également été surpris par le démarrage en fanfare de cette campagne de primeur qui a explosé en moins de quatre jours. « Habituellement les châteaux, se regardent en chien de faience, et attendent que le voisin annonce son prix avant d’oser fixer le sien, avec comme conséquence un démarrage de campagne des primeurs très lent. Cette année il faut profiter de cet excellent millésime 2019 et des prix à la baisse. Il y a belles occasions à saisir. Je conseille de délaisser les grandes étiquettes prestigieuses encore fort chères pour se concentrer sur des valeurs sures : Des châteaux qui ont fait leurs preuves depuis plusieurs millésimes comme par exemple Malartic Lagravière à Pessac Léognan à 30,80€ HTVA, Haut Marbuzet à 29,80€ ou Lynch Bach à 76€ HTVA. C’est un millésime pour les consommateurs malins et bien conseillés » Fréderic Dufrasne constate cependant un ralentissement de ses ventes par rapport à l’année passée qu’il explique par un sur-stockage de sa clientèle particulière qui a fait le plein avec les excellents millésimes 2015, 2016 et 2018. La crise que nous traversons ne doit pas être étrangère à ce ralentissement. Quoique quand on observe les millions d’euro déposés sur nos comptes d’épargne on peut se poser la question s’il ne serait pas plus judicieux d’investir dans le millésime 2019.