Baudouin Havaux
DIVERS

Comment lire une étiquette de vin ? Les pièges à éviter

Mon père qui était imprimeur, savait de quoi il parlait quand il me répétait que « Le papier se laisse imprimer ». C’est d’autant plus vrai pour les étiquettes de vin.

Certes, il existe une règlementation spécifique et contraignante pour l’étiquetage des bouteilles de vin. Mais en dehors des mentions légales obligatoires, l’imagination des vignerons n’a pas de limite et parfois mise à profit pour tromper le consommateur crédule.

En principe les bouteilles de vin sont garnies d’une étiquette qui reprend les mentions obligatoires, comme le nom du vin, son origine, le nom et adresse de l’embouteilleur, le volume de la bouteille, le degré alcoolique, le numéro du lot, les ingrédients allergènes ( à noter qu’à l’heure actuelle seule la mention «  contient du sulfite »  est obligatoire) et les messages sanitaires. Petit à petit sont apparues les contrétiquettes qui permettaient au producteur d’ajouter de plus amples informations, comme les cépages utilisés, son mode de culture ( bio, culture raisonnée …) ses techniques de vinification et d’élevage, des recommandations d’associations culinaires, etc.  L’usage de la contrétiquette s’est pratiquement généralisé et plus surprenant encore, elle a tendance à prendre la place de l’étiquette. En effet, ce que l’on croit être l’étiquette parce qu’elle est l’étiquette la plus grande, ne contient pas les mentions légales qui sont elles reprises sur une plus petite étiquette collée à l’arrière de la bouteille. Pour autant qu’on puisse parler de l’arrière d’une bouteille circulaire. Une pratique tout à fait légale qui perturbe cependant la lisibilité des mentions légales portées à la connaissance du consommateur.

Ces belles et attractives étiquettes peuvent contenir des pièges à éviter dont voici quelques exemples. 

« Vieille vigne », tout est relatif ! Une parcelle de ceps tortueux de 80 ans à Châteauneuf-du-Pape est évidemment une vigne d’un âge respectable apte à produire en faible quantité des raisins hors du commun. Mais la première parcelle que j’ai plantée sur mon domaine il a y 20 ans est aussi une vieille vigne. Cherchez l’erreur.

La référence « Mise en Bouteille au château » ou à toutes autres bâtisses prestigieuses comme abbaye, bastide, chapelle, commanderie, manoir, prieuré… Repose sans doute sur la réalité, une histoire ou une légende, mais ce n’est, en aucun cas,un critère de qualité.

Les bouteilles francisées exhibaient un ruban bleu/blanc/rouge ou une fleur de Lys qui affichent en grand la mention légale « Embouteillé en France ». Voici une information qui devrait rassurer notre acheteur, si ce n’est qu’elle ne nous dit rien de l’origine du vin et encore moins des raisins qui proviennent peut-être d’Algérie puis ont été vinifiés en Espagne avant d’être assemblés avec du vin chilien et enfin embouteillé en France. Nous voilà rassurés.

La mention « Grand Vin » n’a aucun intérêt : tous les vins d’AOC peuvent l’utiliser. Pour la Bourgogne en revanche, elle a une réelle signification, car elle n’est autorisée que sur les appellations les plus prestigieuses.

Méfiez-vous des appellations « déguisées » s’il est bien entendu interdit aux vignerons de faire référence à un château dont ils ne sont pas propriétaires, il n’est pas rare que certains jouent sur les mots. C’est ainsi qu’en présence d’une inscription de type « Vieux Pape », qui rappelle étrangement l’appellation Châteauneuf-du-Pape, les non-initiés peuvent se laisser abuser.

Même de prestigieuses maisons champenoises qui possèdent l’appellation la mieux protégée au monde sont les premiers à jouer sur les mots. Moët & Chandon par exemple n’hésite pas à imprimer sur les  contrétiquettes des ses effervescents produits en Argentine ou au Brésil que le vin a été élaboré par leur renommé œnologue, chef de cave de Moët & Chandon à Épernay. Rien n’est faux même si cette référence à Épernay est somme toute assez pernicieuse.

La mention « Supérieur »: Celle-ci a une réelle signification uniquement si elle est précédée de “Bordeaux” ou “Graves”  ou “Beaujolais” (par exemple “Bordeaux Supérieur”), car il s’agit d’appellations à part entière. Dans tous les autres cas, elle n’a pas de réelle signification.

« Domaine familiale, reserva de familia ( au Chili), tradition, vendange manuelle, cuvée de prestige, premium quality, … » sont autant d’arguments de vente qui ne sont en aucun cas des garanties de qualité.

« Bio, agriculture raisonnée, agriculture responsable, vin nature, organique…. ».  Toutes ces notions qui font référence à l’agriculture biologique sont juridiquement mal encadrées et méritent un développement plus approfondi à lire dans un prochain article.

En conclusion, à part les mentions légales obligatoires, il faut se méfier de ce qui se laisse imprimer sur les étiquettes. Faites preuve de bon sens ou laissez-vous plutôt guider par un spécialiste comme votre caviste qui est exercé à éviter les pièges.