Charles Piron
BORDEAUX

Bernard Magrez : « Ceux qui sont en crise ne font pas les bons prix »

Bernard Magrez, légende vivante du Bordelais, était présent à Wine Paris. Entre la crise du vignoble et la sortie d’une nouvelle identité sur ses bouteilles, nous en avons profité pour poser quelques questions au propriétaire de plus de 40 vignobles à travers le monde.

Les producteurs de vins de Bordeaux appellent l’État à l’aide après avoir accusé une forte baisse en valeur de leurs ventes aux États-Unis, deuxième marché à l’export, une conséquence de l’instauration en octobre d’une taxe américaine. Pour Bernard Magrez, certes cela pose problème, mais Bordeaux s’est trop calfeutré à des rapport qualité/prix en déséquilibre. « Notre réponse à Bordeaux est très simple. On a 4 grands crus classés, c’est des vins entre 20 et 100 euros pour le consommateur. Dès que vous êtes dans un bon rapport qualité prix, ça fonctionne. L’année dernière, on a fait près de 2 millions de bouteilles en cru classé (premier et deuxième vin) et tout est parti en primeur ! Quand on fait un prix qui convient à toute la filière, ça fonctionne. » L’homme, âgé de 83 ans, garde donc son esprit commercial. Bordeaux endure bien une crise, pour y remédier, il faut monter en gamme sans gonfler les prix. Car la concurrence et la vitalité des vignobles étrangers sont incontestables. « Il y a aussi un manque de dynamisme, pas dans l’absolu, mais par rapport aux vins étrangers qui sont extrêmement compétitifs. Nous venons d’ailleurs d’acquérir une superbe propriété au Brésil dans le but de développer notre gamme, notamment en effervescent. »

Des bouteilles personnalisées
Le groupe Bernard Magrez continue de prendre de l’ampleur à l’international, la gamme de Ribera Del Duero se développe, ainsi que le Brésil et l’Uruguay. Autre nouveauté, le packaging des vins français. Depuis quelques semaines, les bouteilles du groupe affichent une identité bien singulière. Celles-ci sont plus lourdes et la marque Bernard Magrez apparait directement gravée dans le verre. « C’est tout simple, pendant de nombreuses et nombreuses années, tout le monde se limitait aux bouteilles traditionnelles. Que ce soit les bouteilles bordelaises ou les bourguignonnes. Il se fait qu’aujourd’hui, les consommateurs sont intéressés par des bouteilles spéciales. 70 % des gens qui achètent du vin rosé mettent en priorité la forme de la bouteille. Il y a vraiment une évolution là-dessus, on est donc obligé de sortir une bouteille spécifiquement Magrez. » Dans un souci de marketing donc, mais aussi pour éviter les fraudes qui augmentent considérablement. Ces nouvelles bouteilles sont utilisées pour les vins du Sud de la France (une dizaine de propriétés). Pour les grands crus classés, c’est encore différent : « Chaque cru classé aura sa bouteille, avec les armes des premiers propriétaires. » Le multipropriétaire a fait le choix de valoriser les blasons des anciennes familles propriétaires ainsi que le nom du château dans le bas de la bouteille. Cette nouvelle physionomie est disponible à partir du millésime 2015. Outre les grands crus classés (Pape Clément, Tour Carnet et Fombrauge), le château Les Grands Chênes est aussi concerné par ce changement.