Hervé Henrotte
WINEBIZZ

Corrèze, une nouvelle AOC française

Les Périères 2018, la première bouteille de Corrèze – Coteaux de la Vézère vient de sortir. Situés en deux zones au nord et au sud de Brive-la-Gaillarde, le vignoble corrézien compte 75 hectares, dont 28% en agriculture biologique, répartis entre 45 exploitations. Il produit 2.500 hectolitres, dont la moitié en vin rouge et du vin de paille.

Le Limousin est une ancienne région viticole. Dès l’Antiquité la Corrèze est une terre de vignobles, exploités à l’époque gallo-romaine. La vigne en Corrèze connaît un âge d’or au XIXe siècle : le vignoble corrézien atteint 16 735 hectares en 1840, soit plus que le vignoble actuel d’Alsace. La vigne assure alors le revenu principal des fermiers de Corrèze et façonne le paysage (certains coteaux sont aménagés en terrasse). A partir de 1876, le phylloxéra et l’oïdium entre autres s’abattent sur la Corrèze : la maladie décime les vignes et provoque une crise économique et sociale terrible suivie d’un exode rural considérable. Ravagé, le vignoble disparaît au profit de productions de substitution : les cultures maraîchères, la pomme, l’élevage… devenus plus rentables avec l’apparition du chemin de fer Brive-Paris. C’est en 1986 que des passionnés entreprennent de replanter de la vigne à Branceilles, suivis en 2003 par le retour du vignoble du Saillant.

Au nord, 21 hectares intégralement en bio, bénéficient de la dénomination géographique complémentaire « Coteaux de la Vézère ». Relancés en 2003 par un petit groupe de passionnés, Ils sont issus des seuls cépages Cabernet franc pour les rouges et Chenin pour les blancs. Le sol de schiste ardoisier parfois abrupt donne une typicité à ce terroir fort réputé dans le passé.

Situé à l’extrême Sud de la Corrèze, le vignoble de Branceilles a été le premier à être replanté dès 1986. Les vins Corrèze rouges sont issus principalement de Cabernet franc avec le Merlot et le Cabernet-Sauvignon en cépages accessoires. Mais l’originalité de ce terroir est de produire également du Vin de Paille ou Vin Paillé. La production est modeste : les dix-huit producteurs en sortent 50 000 bouteilles annuellement à partir d’une liste un peu hétéroclite de cépages :  Cabernet franc, Cabernet-Sauvignon, Chardonnay, Merlot et Sauvignon.

Avec le Jura (avec lesquels il y a d’ailleurs eu quelques soucis en Conseil d’Etat) et Hermitage dans les Côtes-du-Rhône, la Corrèze et maintenant la troisième région française à pouvoir produire un vin de paille à partir de raisins passerillés hors souche. Ce liquoreux est issu des meilleures grappes sélectionnées à la main pendant les vendanges Elles sont déposées sur des claies (autrefois en paille) avant d’être mises à sécher dans des locaux aérés naturellement pendant au moins six semaines. Lors du passerillage, le raisin perd son eau et se concentre en sucre et en arômes. A l’approche de noël, les raisins sont pressés. Le Vin Paillé est ensuite élevé pendant trois ans, avec un passage en tonneau pendant 18 mois, puis mis en bouteille. 7 à 8 kg de raisins sont nécessaires pour produire 1 litre de Vin Paillé contenant 100 g de sucre résiduel.