Baudouin Havaux
BEAUJOLAIS

Beaujolais Nouveau, l’arbre qui cache la forêt

Ce 21 novembre, comme tous les troisièmes jeudis du mois de novembre, on ne peut ignorer l’arrivée du Beaujolais Nouveau. Accueillie avec des humeurs diverses, son arrivée largement médiatisée reste un bon prétexte pour lever le coude en souvenir de l’été passé.

Le premier vin de l’année, ça ce fête ! Et pourtant j’ai toujours un pincement au cœur en dégustant ce vin aux effluves de banane, de framboise ou de groseille selon le choix de levures industrielles sélectionnées par l’œnologue.

En effet le Beaujolais Nouveau est le pire ennemi des Crus du Beaujolais. C’est l’arbre qui cache la forêt. Dans le subconscient du consommateur, les vins du Beaujolais sont réduits aux primeurs et ce troisième jeudi de novembre est souvent le seul jour de l’année qui accroche l’attention des amateurs de vin.

Profitons plutôt de cette date pour parler des Crus du Beaujolais que nous longeons en empruntant l’autoroute du soleil. Il faut s’arrêter dans ces paisibles villages vallonnés pour aller à la rencontre de ces nouvelles générations de jeunes talents qui insufflent un nouveau dynamisme à cette région qui en avait besoin.

Aidés par le réchauffement climatique, les derniers millésimes sont généreux, frais et fruités et surtout à des prix plus intéressants que les crus plus prestigieux situés au nord de leurs appellations.

Les Crus du Beaujolais, on les énumère sur les doigts de la main, tout simplement par ordre alphabétique ou, plus savamment, par localisation géographique, en remontant le cours de la Saône.

Du sud au nord, dans des terrains principalement granitiques, ils se suivent, ne se ressemblent pas: au Brouilly succède le Côte de Brouilly, puis viennent Régnié, Morgon, Chiroubles, suivis de Fleurie, Moulin-à-Vent, Chénas, Juliénas et Saint-Amour qui marque la limite nord du Beaujolais, aux frontières du Mâconnais.

Issus d’un cépage unique, le gamay noir à jus blanc, qui a trouvé ici sa terre d’élection, fruit d’une vinification dite « à la beaujolaise », où le raisin est encuvé en grappes entières après avoir été vendangé à la main, ils ont de multiples points communs.

Et, pourtant, effet de la magie d’un terroir aux mille et une nuances, ils sont distincts les uns des autres et possèdent chacun leurs propres caractéristiques : ainsi, Chiroubles est le plus beaujolais des crus, Morgon « morgonne », Moulin-à-Vent et Chénas ont tendance à « pinoter » après quelques années de bouteille, Côte de Brouilly offre des notes minérales…

Réunis tous ensemble, les crus du Beaujolais proposent une belle palette d’arômes et de saveurs exprimant la typicité de leur cépage et de leur terroir, mais ils gardent chacun leur style.  On peut les déguster en commençant par les plus souples d’entre eux, ceux dont le maître-mot est la tendresse et le fruit : Chiroubles, Fleurie, Saint-Amour, pour finir par les plus charpentés : Chénas, Morgon, Moulin-à-Vent.

Une « règle », cependant, partagée par tous les producteurs, consiste à attendre que « les crus du Beaujolais aient fait leurs Pâques », pour les servir. Ce n’est qu’à partir du printemps suivant la récolte que les crus commencent à livrer leurs arômes et leurs qualités gustatives.

C’est aussi, bien souvent, après quelques années (de deux ans à cinq ans, en moyenne) qu’ils expriment le mieux leur potentiel et leur harmonie.

Il faut admettre que le gamay n’est pas le cépage le plus facile. On peut même dire qu’il s’agit d’un des cépages les plus capricieux du monde viticole : extrêmement fruité, gouleyant, d’une belle fraîcheur et d’une superbe rondeur les grandes années; maigre, plutôt acide et fatigant lorsque les circonstances climatologiques favorables ne sont pas de la partie.

Il présentera cependant des caractéristiques assez différentes en fonction des choix de vinification, et plus particulièrement de la durée de macération. Une macération courte aboutira à un vin tendre, aux arômes floraux et de fruits rouges, à boire dans l’année. Tandis qu’une macération plus longue engendrera des vins plus puissants, plus gras, plus charpentés et plus épicés qui se feront attendre de 3 à 6 ans en fonction du millésime.

Dans les deux cas, ce sont des vins à partager autour de plats “canailles” comme l’andouillette, le poulet de Bresse, les escargots de Bourgogne ou le pot­au­feu, tous inspirés des cartes des bouchons lyonnais. Lyon qui, comme le rappelle Léon Daudet, est “une ville arrosée par trois grands fleuves : le Rhône, la Saône et le Beaujolais qui n’est jamais limoneux ni à sec”.