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La France en chute libre

La production française de vin devrait baisser de 14 % cette année en raison du gel puis de la canicule. La Bourgogne et le Jura sont particulièrement touchés, mais aucune région n’est épargnée. Essentielle Vino ! fait le point.

Selon les estimations établies par Agreste*, la production viticole française 2019 s’établirait à 42,2 millions d’hectolitres.

La vendange serait inférieure de 14 % à celle de 2018, qui avait bénéficié de conditions climatiques favorables à la floraison et à la formation des raisins. Elle devrait être l’une des plus basses des cinq dernières années (- 7% par rapport à la moyenne), avec la récolte 2017, historiquement réduite par un gel de grande ampleur.

Après un gel printanier dans certains vignobles, la floraison de nombreux vignobles s’est déroulée dans des conditions climatiques défavorables (humidité et basses températures), conduisant à de la coulure (chute des fleurs ou des jeunes baies) et parfois du millerandage (baies de petite taille ou de taille inégale).

Les bassins de la façade Ouest du pays ont été les plus touchés. Puis les épisodes caniculaires de juin et juillet ont affecté de manière plus prononcée certains départements du Midi, comme le Gard, l’Hérault ou le Var, occasionnant des brûlures de grappe et des pertes de production. La réserve en eau des sols, déjà déficitaire au 1er juillet par rapport à la moyenne sur 30 ans, s’est amenuisée tout au long de l’été. Les quelques précipitations en août et septembre ont été insuffisantes et trop tardives dans la majorité des départements viticoles.

L’aggravation de cette sècheresse jusqu’aux vendanges, associée à des températures élevées, accentue la baisse de production, notamment dans les bassins viticoles méditerranéens. Avec des températures estivales élevées et un stress hydrique important, la pression des maladies a été modérée dans la plupart des vignobles, comparée à 2018. Au 1er octobre, les vendanges sont bien entamées, voire presque terminées dans les vignobles méditerranéens.

La France n’est pas le seul pays affecté. En 2019, les vignobles européens devraient produire 161,3 millions hectolitres de vins et moûts d’après la Direction Générale de l’Agriculture de la Commission Européenne (DGAgri).

En chute de 15 % par rapport à la généreuse récolte 2018, cette production vinicole est assez proche des rendements quinquennaux, avec une baisse de 4 % par rapport à la moyenne 2014-2018 (très impactée par récolte historiquement faible de 2017). Causé par une multitude d’aléas climatiques plus ou moins localisés (coulure, gelées, grêle, sècheresse…), ce repli global de la production européenne ne modifie pas les équilibres entre les principaux vignobles. L’Italie, la France et l’Espagne produisent toujours à elles trois 80% de la vendange européenne.

Premier pays producteur mondial de vin, l’Italie s’attend à récolter 46,14 millions hl (-17% par rapport à 2018) et à compter pour 29% de la production européenne totale. La France représenterait 27% de la vendange communautaire, devant les 25 % de l’Espagne (40 millions hl, -19%). Avec 9 millions hl (-12%) l’Allemagne pèserait pour 6 % de la vendange européenne, le Portugal affichant 4% (avec 6,7 millions hl, +10%)

Dans le détail des régions françaises :

En Champagne, les vendanges s’achèvent. L’échaudage, conséquence de la canicule, a touché 10 % des surfaces du vignoble, ce qui a conduit à un fort millerandage. Les intempéries de printemps (gel et grêle) n’ont eu qu’une faible incidence sur la production du bassin. La production est prévue en baisse de 26 % sur un an.

En Bourgogne, la sècheresse estivale conduit à revoir la production à la baisse. Le gel dans le Mâconnais, la grêle dans le Chalonnais, la coulure et le millerandage ont frappé le vignoble. La Saône-et-Loire est le département le plus touché, avec de petites grappes et des raisins de petite taille. En Beaujolais, le millerandage puis la grêle et l’échaudage ont touché le vignoble. La production du bassin Bourgogne-Beaujolais est prévue en nette baisse de 19 % par rapport à la moyenne quinquennale.

Dans le Bordelais, la récolte est en cours. La canicule accentue les baisses de rendement. Une partie du vignoble est impactée par le gel de printemps ou par la grêle. La production serait inférieure de 6 % à celle de 2018.

Dans le reste du Sud-Ouest, les vendanges sont entrées dans leur seconde moitié. La sècheresse amoindrit les rendements, notamment dans le Gers. Les différents épisodes climatiques (gel, coulure et grêle au printemps, puis canicule en été) ont pénalisé le potentiel de production de nombreux vignobles. L’état sanitaire du vignoble est satisfaisant.

En Languedoc et Roussillon, les vendanges sont presque achevées. La sècheresse dans la plupart des départements conduit à revoir à la baisse la production, estimée inférieure de 9 % à celle de 2018 et de 7 % à la moyenne quinquennale. La production du Gard est celle qui chute le plus, alors que celle de l’Aude est la moins impactée, avec des précipitations estivales bénéfiques à l’Ouest du département. Les épisodes caniculaires ont occasionné des grillures sur grappes avec des pertes de production, essentiellement dans le Gard et l’Hérault. Le gel a touché fortement la plaine gardoise au printemps.

Dans le Val de Loire, les vendanges sont bien entamées. Le gel printanier puis la coulure, le millerandage, l’échaudage et la sècheresse ont entamé le potentiel de production, notamment en Pays de Loire. L’état sanitaire du vignoble est préservé. La production est prévue en baisse de 9 % par rapport aux années précédentes.

En Alsace, la moitié du vignoble est vendangé. La coulure et la sècheresse ont touché le vignoble. La production est prévue en baisse de 21 % comparée à celle de 2018.

Dans le Sud-Est, les vendanges ont commencé un peu en retard par rapport à 2018. La production est revue à la baisse depuis août en raison de l’accentuation de la sècheresse, notamment en Ardèche. La production est cependant prévue proche de celle de 2018, mais inférieure de 5 % au niveau moyen.

En Corse, malgré des précipitations tardives, la sècheresse et le millerandage entament la production de 5 %.

En Savoie, la récolte a commencé le 18 septembre, dans de bonnes conditions sanitaires.

Dans le Jura, le gel a causé des pertes élevées au vignoble, 51 % sur un an et 28 % sur la moyenne quinquennale.

Dans les Charentes, les vendanges ont débuté vers la mi-septembre. Le gel puis la coulure et le millerandage ont affecté la production, prévue en baisse de 7 %. L’aspect sanitaire est préservé.