Marc Vanel
WINEBIZZ

Des huiles essentielles contre le mildiou ?

Une étude suisse révèle que l’huile essentielle d’origan peut protéger la vigne de ce fléau et assurer ainsi la durabilité des écosystèmes viticoles. Une belle alternative à la bouillie bordelaise.

Le mildiou est causé par l’oomycète Plasmopara viticola, dont le groupe est classé dans les champignons. C’est le principal agent pathogène de la viticulture dans le monde, il est favorisé par les temps pluvieux en températures douces et on estime qu’il est responsable de deux tiers des traitements à base de pesticides et de l’usage intensif de cuivre dans certains vignobles.

Le mildiou peut se développer toute l’année et un vignoble sans protection peut être complètement dévasté. En 2018, le mildiou a sérieusement attaqué le Languedoc qui a épuisé les stocks de traitements, empêchant d’autres régions, comme Bordeaux, de pouvoir répondre aux attaques.

Pour assurer la durabilité des écosystèmes viticoles et aussi la santé du consommateur, il est donc indispensable de trouver une alternative (autre que celle des cépages résistants – ndlr). Le 27 septembre dernier, la revue scientifique collaborative Plos One a publié les résultats d’une recherche menée par une équipe de chercheurs de l’Ecole d’ingénieurs de Changins et de la Haute école du paysage, dʹingénierie et dʹarchitecture de Genève.

Selon eux, « les huiles essentielles font partie des solutions de protection des plantes naturelles les plus prometteuses et (elles) ont démontré leurs propriétés antibactériennes, antivirales et antifongiques sur plusieurs cultures agricoles. » Leur efficacité dépend toutefois en grande partie du moment choisi, de la méthode d’application et des interactions moléculaires entre l’hôte, l’agent pathogène et l’huile essentielle (HE).

Les chercheurs ont utilisé des huiles essentielles de thym (qui donne de moins bons résultats) et d’origan en fumigation sur des vignes de Chasselas en chambre climatisée et constaté que dans les 24 heures de l’attaque, la maladie était réduite de 95% ! La lecture des données transcriptomiques par les chercheurs ont en outre montré  que le traitement avait déclenché le système immunitaire inné de la plante en déclenchant le réveil de certains gènes de résistance. Ce qui revêt une importance majeure pour la production et la recherche sur les biopesticides, les produits de stimulation des plantes et pour les stratégies de sélection par résistance.

Si le remède semble fonctionner, les chercheurs vont affiner leurs recherches, il est toutefois difficile de concevoir que l’on va à présent cultiver des milliers d’hectares d’origan pour pouvoir produire l’huile essentielle permettant de protéger des milliers d’hectares de vignes. Seule piste à ce stade : planter de l’origan dans les vignobles, et pas uniquement en viticulture bio…

Etude détaillée sur le site de POLS ONE: ICI.