Dirk Rodriguez
LANGUEDOC

Coume Majou : Luc Charlier lève le pied

Médecin néphrologue, ancien rédacteur d’IVV et animateur de cours d’œnologie au CERIA, Luc Charlier s’est installé dans le Roussillon et a créé en 2004 son propre domaine, La Coume Majou. Quinze ans plus tard, il cherche acquéreur. De passage dans le Sud, Dirk Rodriguez l’a rencontré.

« C’était dur, mais je ne me suis pas plaint », confie-t-il d’emblée. « En 2018, je n’ai pas élagué et j’ai déclaré mes vignes à la vente », déclare Luc Charlier, qui se dit ne plus être plus physiquement capable d’exercer son métier de vigneron sur son domaine de La Coume Majou et avoir manqué de flair commercial aussi.

Il ne vit plus dans son domaine viticole à Corneilla-la-Rivière. Non, grâce à la famille de sa femme Christine, il a pu emménager avec elle dans une belle maison moderniste au bord du lac Leucate, près de la côte, avec un gîte. Grand confort et un environnement quasi idyllique, à condition de ne pas oublier le répulsif anti-moustiques.

« Je suis officiellement à la retraite », déclare Luc, « malgré mon âge relativement jeune (63 ans). En tant que médecin, je connais parfaitement les conséquences de l’arthrose et du diabète avec lesquels je me bats. Avant, je louais des terres en plus des miennes pour compléter mes apports, mais j’ai maintenant cessé de le faire, et je les vends mes propres parcelles progressivement, même si je n’ai pas complètement arrêté. Je fais encore du Macabeu sur un demi-hectare et je pourrai tout lâcher d’ici 5 ans. J’ai toujours de gros stocks. J’ai toujours utilisé la capsule à vis, mes vins vieillissent donc lentement, je vends toujours mes vins rouges de 2007 et 2008. Ils sont à présent à parfaite maturité. »

  • Extrait de la page Facebook du domaine

Vigneron par passion

« Lorsque je vivais en Belgique, un psy que je consultais m’a demandé pourquoi je ne faisais rien qui me passionne vraiment. J’ai réfléchi, et c’est comme ça que je suis devenu vigneron. Attention, je n’étais pas très fortuné, je n’ai jamais eu de machines modernes ou du personnel qui travaillait pour moi. Non, j’ai commencé à travailler le sol avec mes mains. Je n’avais aucune expérience et j’ai évidemment fait des erreurs, y compris commerciales. Par exemple, je voulais des vieilles vignes sur un sol d’ardoise pure, des schistes.

Certaines années, sur certaines parcelles, le rendement par hectare a été à peine de 7 hectolitres. Comparé aux 100 hectolitres de Champagne ou aux 45 hectolitres de Bordeaux, cela n’est rien naturellement. Mon grand exemple, le Domaine Gardiés, atteint une moyenne de 20 hectolitres, mais il n’est pas sur du schiste pur uniquement, il a aussi des sols veinés d’argile qui donnent davantage.

Je ne suis pas arrivé à vivre de ma vigne. Et donc rien d’étonnant à ce que mes enfants refusent de mener une vie de viticulteur. Ce n’était pas une vie facile, c’était même assez difficile, mais je ne me suis jamais plaint.

En tant que viticulteur, il est bon d’être dans ses vignes. J’ai appris qu’une seule chose était importante en viticulture : la qualité de vos raisins, tout le reste est surfait. Un enfant peut faire un vin délicieux, mais récolter des raisins parfaits est tout un art. Je n’ai jamais utilisé de produits phytosanitaires, d’herbicides ou quoi que ce soit d’autre dans le vignoble. Seulement 3 grammes de sulfite par 100 litres de moût à la récolte. »

  • Extrait de la page Facebook du domaine

L’importance de l’acide tartrique

Lors de la dégustation des vins de Luc Charlier, la concentration est frappante, la teneur en alcool élevée (en moyenne de 14 à 14,5%), mais aussi la fraîcheur des vins. « Vous devez savoir que cette teneur en alcool est normale dans cette région », interrompt le médecin. « Quiconque produit ici des vins à 13% vol. alc. sous le couvert de « vin nature » produit en réalité des vins très techniques.

Pour ce qui concerne la fraîcheur et l’équilibre de mes vins, il faut savoir que la plupart des viticulteurs négligent une chose en raison du manque de connaissances chimiques : l’importance de l’acide tartrique. Plus votre vin est fort et concentré, plus il y a d’acide tartrique et plus de fraîcheur et de structure. C’est l’un des secrets d’un bon vin qui résiste au temps. »

La dégustation

  • L’Eglise 2008 (positionné comme « entrée de gamme »: 100% inox, à base de Grenache, Carignan et Syrah. Très équilibré, un Roussillon à forte personnalité et généreux. Mieux que 90% de tout le Midi.
  • Cuvée Miquelot 2005: dominante Grenache de Maury. Superbe expression, très convaincant en bouche avec une belle touche de menthe fraîche. Top.
  • La Coume 2006: à base de Carignan et de Grenache. Non filtré. Notes exotiques de figue et de prune, légèrement plus tannique que le vin précédent. A regoûter dans 5 ans.
  • Cuvée Majou 2009: Le meilleur de Luc Charlier. Fait penser à un excellent Chianti Classico avec  un développement impressionnant en bouche et une pointe de chocolat et d’amande amère en fin de bouche.
  • Maury Grenat 2011 ‘Cuvée Jolo’:  un vin doux naturel (VDN) puissant et grandiose avec une persistance infinie.
  • Cuvée Majou, Vin de France ‘Sans sulfites’ 2015 : Le dernier vin en bouteille avec fermeture en verre Vinolok. 90% de Grenache avec filtrage léger et non sulfité. Très beau Grenache expressif avec des notes de chocolat et des tanins encore croquants – au moins 10 ans de potentiel de stockage.

Les vins de Luc Charlier sont vendus au Repaire du Sommelier, rue de Flandre 51 au centre de Bruxelles, sur Popsss.com et dans un tas de restaurants dont Les Eleveurs à Halle ou Aux Petits oignons à Jodoigne où vous trouverez la fille de Luc, Virginie Charlier, en salle.