Marc Vanel
LANGUEDOC

Terrasses du Larzac, l’appellation qui monte

Les vignerons des Terrasses du Larzac viennent de fêter les 5 ans de leur appellation. Découvertes et dégustations.

Haut plateau calcaire qui s’étend entre Millau et Lodève, le Causse du Larzac se termine en terrasses à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Montpellier. L’appellation couvre 32 communes dont les plus connues sont Montpeyroux, Aniane, Jonquières ou Arboras. Même s’il fait toujours quelques degrés de moins que sur la côte, le climat est typiquement méditerranéen avec des automnes pluvieux et des étés très secs, voire arides. Deux vents dominent : la Tramontane (qui chasse les nuages) et le Marin (qui les attire…).

Le 26 juin 2014, l’INAO a reconnu l’AOC Terrasses du Larzac à part entière. Celle-ci couvre 32 communes avec 500 hectares cultivés par un peu plus de 100 producteurs actuellement, dont la majorité sont en agriculture bio ou en biodynamie.

Cépages sudistes

Pour l’heure, seuls les vins rouges sont reconnus dans l’AOC, pour les blancs, cela ne devrait pas tarder. Trois cépages sont requis dans chaque vin élevé au moins un an avant d’être mis sur le marché, mais pas forcément en barrique. La Syrah, le Carignan noir, le Grenache et le Mourvèdre sont les cépages principaux, mais le Cinsault, le Lledoner-pellut et le Terret noir peuvent être incorporés accessoirement.

Les sols sont variés et donnent des profils de vins parfois très différents mais finesse, fruité et fraîcheur sont toujours au rendez-vous. Des sols sablo-argileux aux terrasses de galets roulés, l’appellation est aussi connue pour la ruffe, la roche rouge du lac du Salagou et de ses alentours formée par la combinaison de sédiments argileux et d’oxydes de fer.

  • Les fameuses ruffes rouges autour du Lac du Salagou

Six domaines à suivre

> Mas Jullien : Olivier Jullien est incontestablement l’une des locomotives de l’appellation, son père Jean-Pierre, grand syndicaliste du vin, était d’ailleurs déjà présent dans les années 70. En 1985, il plante son premier hectare à Jonquières, il en exploite 20 aujourd’hui (dont 2 de blancs) . Un moment certifié bio, il ne l’est plus, mais Olivier privilégie l’homéopathie dans ses vignes et condamne l’utilisation excessive des techniques modernes. Artisan de la renaissance, ses meilleures cuvées sont « Carlan », « Lous Rougeous », « Derniers états d’âme » ou bien sûr « Autour de Jonquières », qui sont toutes  de véritables concentrés de saveurs.

> Mas Cal Demoura :

Formé à l’Université de Dijon, Vincent Goumard et son épouse Isabelle reprennent en 2003 le Mas Cal Demoura créé dans les années 70 par le père d’Olivier Jullien et en opèrent la conversion bio en 2010. « Terre de Jonquières » (anciennement appelée L’Infidèle) en rouge, « Qu’es Aquo » en rosé et « L’étincelle » en blanc sont les trois cuvées emblématiques. Le domaine élabore aussi des cuvées parcellaires telles que « Les Combariolles », « Feu sacré », « Fragments » ou « Paroles de Pierre ». Avec seulement 50.000 bouteilles produits sur 16ha, la production est précise, nette, pure et de haut vol. Tous de grands vins de terroir et de garde, un must.

  • Vincent Goumard - © Vanel

> Les vignes oubliées: Sous le parrainage d’Olivier Jullien chez qui il a fait ses stages, Jean-Baptiste Granier a remis en culture en 2007 des hautes terrasses dans un cirque de schistes et de grès non loin de St-Jean-La-Balquière. Il a ainsi redonné vie à de très vieilles vignes d’altitude de sélections ancestrales de Grenache, Syrah et Carignan. Débordant de fruits rouges et d’épices, son unique vin est composé en mélangeant toutes les barriques et se veut un « vin de rencontre, de partage et d’équilibre ». Les vins vieillissent dans une grotte naturelle à Saint-Privat.

> Domaine de la Réserve d’O: En 2005, Marie et Fred Chauffray reprennent un vignoble mené en agriculture  conventionnelle et le convertissent en biodynamie. Levures indigènes, le moins possible d’intrants et, surtout, le refus du bois pour aller chercher « l’essentiel du terroir » en utilisant des cuves de béton brut et des amphores. La volonté est de produire les vins les plus soyeux en veillant tant à la maturité phénolique que la maturité alcoolique. La Cuvée « Réserve d’O » est la plus importante du domaine.

> Clos du Serres : Sans aucun lien avec la famille d’un certain politique disparu des radars, Sébastien et Béatrice Fillon ont lancé en 2006 le Clos du Serres à Saint Jean de la Blaquière, au cœur des montagnes du Larzac, littéralement au milieu de nulle part, ne sachant pas encore qu’ils allaient ouvrir la voie à d’autres jeunes vignerons séduits par le terroir local si particulier. Rejoint par Nicolas Mollard, beau-frère de Béatrice, en 2011, le domaine cache aussi dans ses parcelles de l’Œillade noire, un cépage oublié en voie de disparition qui est incorporé, notamment, dans le rosé. Les cuvées La Blaca ou L’Humeur vagabonde sont de franches réussites qui font rayonner l’appellation. Le Clos du Serres est certifié agriculture biologique. A découvrir.

  • Sébastien et Béatrice du Clos du Serres

> Clos de la Barthassade: Avec un premier millésime en 2014, le Clos de la Barthassade est l’un des plus jeunes vignobles de l’appellation mais sans doute l’un des plus prometteurs. Mené par Hélène et Guillaume Baron à Aniane, tous deux formés en Bourgogne, le domaine est composé de plusieurs ilots de vignes (11 hectares au total) sur des terrasses d’éboulis calcaires sur les communes de Montpeyroux, Jonquières et Saint-Saturnin. A côté d’étonnantes cuvées mono-cépages en Cinsault (blanc !) ou Carignan (en rouge, bien sûr), « Les Gravettes » est une bombe de fruits que l’on ne peut que vous recommander même si trop rarement disponibles (chez Brunin-Guillier ou Mostade Gobert notamment).

Difficile de limiter cette liste de producteurs à six tant les belles références se multiplient. Citons dès lors au moins le Domaine de Montcalmès ( Frédéric Pourtalié et sa sœur Muriel), le Mas des Brousses, l’excellent Domaine du Pas de l’Escalette en biodynamie, ou encore le Mas Haut Buis par Olivier Jeantet dont les vins, surtout le 2015, sont formidables.

  • Plus de 1300 personnes à cette 17e Circulade -© Vanel

Découvrir en explorant

Les 5 et 6 juillet s’est déroulée la « Circulade Vigneronne » qui proposait un parcours de 6 kilomètres pour découvrir en six étapes 80 vignerons de l’appellation (qui en compte 105). Ce fut l’occasion pour nous de découvrir quelques domaines et vins, dont:

  • • « Nègre Bœuf » du Domaine de Ferrussac (Syrah-Grenache-Cinsault) qui passe un an en barrique
  • Domaine des Olivèdes 2015: un assemblage savoureux de 60 Grenache/40 Syrah, 12 mois de barrique
  • • « Bagnaloup » 2017 de Trois Terres, un Grenache/Carignan souple et puissant produit par un médecin anglais dont les vins sont certifiés bio depuis 2012 (comme beaucoup de vignerons dans cette AOC d’ailleurs)
  • • « Lucian Grande Réserve » 2018 des Vins de Saint-Saturnin (une coopérative renommée Fonjoya suite à sa fusion avec la coop de St-Félix de Lodez en décembre dernier)
  • • « Les Maros » 2017 du Clos Rivieral, 4 cépages (Syrah, Grenache, Carignan, Mourvèdre), tout en finesse et souplesse
  • • « Croix de Saint-Privat » 2017 du Domaine La Croix de St-Privat, très concentré mais très digeste ;
  • • « Alerte rouge » 2017 du Clos rouge qui ne cesse de s’améliorer (Carignan, Syrah, Grenache), épicé et racé.
  • • « Velours » 2016 du Domaine L’Aiguelière, un joli vin Syrah-Grenache-Mourvèdre tout en rondeur
  • • « Seul l’avenir m’intéresse » de la coopérative artisanale Castelbarry (ex-Montpeyroux) qui prouve une fois de plus la créativité de ces structures en pleine mutation
  • • « Cirque d’Arjiès » 2017 du Clos Constantin : un Grenache-Syrah-Cinsault très expressif et complexe
  • • « Révélation » 2017 du Domaine Jordy, un vin dense à l’image de son terroir de grès.

De manière générale, une très large majorité de vins fruités, complexes, puissants mais pas trop, où finesse, élégance et fraîcheur sont au rendez-vous.

Infos : www.terrasses-du-larzac.com

Photo en Une: Georges Souche