Marc Vanel
WINEBIZZ

Gudule, le vin en ville

Après Paris, New York ou Montréal, Bruxelles a aussi son chai urbain : il répond au doux nom de Gudule.

Non loin du site de Tours et Taxis, l’incubateur d’entreprises Greenbizz abrite un projet original initié par Thierry Lejeune, un ancien imprimeur qui avait envie de se lancer dans le vin mais… sans vignes.

“Quand j’ai revendu mon entreprise en 2014, explique-t-il, j’ai voulu me consacrer à un nouveau projet, à taille humaine où je pouvais maîtriser toute la chaîne de production. Grand amateur de vin, j’avais envie de racheter un vignoble en France, mais je ne voulais pas exiler ma famille et le risque était trop grand. Planter un vignoble en Belgique était une solution mais quand on part de zéro, il faut patienter sept ou huit ans pour obtenir les premiers revenus. J’ai donc choisi d’acheter des raisins, de les amener ici, en pleine ville, avec l’objectif aussi de montrer aux gens comment se fait le travail.”

Après avoir exploré le vignoble français, notre entrepreneur jette son dévolu sur onze cépages provenant de sept régions de l’Hexagone: Melon de Bourgogne, Chenin, Grenache blanc, Viognier, Petit Manseng, Ugni et Mauzac pour les vins blancs, et, plus classique, Syrah, Grenache, Cabernet franc et Cinsault pour les rouges ou les rosés.

Une fois assemblés, ces raisins formeront un mélange étonnant d’Anjou, de Jurançon, du Minervois et du Gard notamment, et donneront naissance à des combinaisons inédites dans le vignoble français.

Les vins ne peuvent toutefois ni porter le nom de “vin belge” ni même de “vin de France”, ils sortent donc sous le label “Vin de la Communauté européenne” et sans aucune identification géographique formelle. On ne peut toutefois louper la dimension bruxelloise, outre le nom de Gudule, l’étiquette est découpée en forme de Pentagone…

  • Thierry Lejeune - ©MV

Trois premiers vins et tout en bio

Importés en camions réfrigérés, les raisins sont pressés dans ce hangar qui abrite une série de cuves inox et de barriques pour la vinification. Tout est certifié bio et les vins sont faits en collaboration avec Pascal Lenzi, un oenologue français qui a bourlingué aux quatre coins du monde.

“Je trouve cela très intéressant, déclare-t-il avec enthousiasme, cela redéfinit une nouvelle manière de faire du vin tout en respectant au mieux le travail des vignerons. Cela brise des codes, cela ouvre des portes, mais dans le bon sens. Et puis, tout arrive en petites quantités, cela permet de tout faire à la main et de privilégier la qualité.”

Une première gamme de trois vins vient d’être lancée avec des noms qui évoquent l’ancrage urbain de l’activité. Ils seront lancés officiellement ce 10 juin, mais nous avons pu déjà les déguster:

  • Un rosé: “Après-midi au Parc”, majoritairement Cinsault (60%) avec de la Syrah (30%) et du Grenache (10%). Le fruit est généreux (fruits rouges bien sûr), il y a une belle structure et de l’équilibre. Pas hyper long mais rafraîchissant; idéal pour un piquenique estival. (13,5€)
  • Un blanc : “Afterwork en Terrasse” assemble quatre cépages (Mauzac, Chenin, Grenache et Melon de Bourgogne), et a bénéficié d’un beau travail de remise en suspension des lies et de bâtonnage qui lui donne un beau gras et une certaine richesse. Agrumes modérés, un rien séveux. A carafer sans doute même si pas facile en terrasse…. (14,5€)
  • Un rouge: “Retour du Marché” est, comme évoqué ci-dessus, l’assemblage le plus inattendu: Grenache/Cabernet franc. Le vin est puissant, rond, gouleyant avec de belles épices et une finale avec du poivre blanc. Le plus réussi des trois sans aucun doute. (15,50€)

En septembre, deux vins complèteront la gamme :

  • “Soirée à l’Opéra” en blanc : un vin plus complexe que l’entrée de gamme, légèrement boisé, mais pas trop, qui réunit Chardonnay et Grenache blanc pour moitié et Petit Manseng et Viognier pour le reste. Plus vineux, il a de la longueur et une fin de bouche tout en fraîcheur. Très réussi. (24,00€), et
  • “Dîner en Ville” en rouge : Syrah, Cabernet franc et Grenache noir sur un assemblage qui tient très bien la route et qui est de bon augure pour l’avenir. Un vin qui vise les gourmets. (26,00€)

A découvrir sur place (le hangar est ouvert deux fois par semaine) et, à court terme, chez les cavistes, dans l’horeca ou sans doute dans le circuit bio.

L’adresse: Greenbizz Brussels, atelier 37.8, rue Dieudonné Lefèvre 37 à 1020 Bruxelles, 02 673 62 79. Parking aisé.