Marc Vanel
BORDEAUX

Pessac : décès d’André Lurton, grand monsieur du vin

Le monde du vin est en deuil : André Lurton est décédé à l’âge de 94 ans après avoir mené quelque 70 vendanges. On lui doit notamment l’appellation Pessac-Léognan pour laquelle il s’est battu pendant une vingtaine d’années.

L’histoire vitivinicole de la famille Lurton remonte au XVIIe avec l’exploitation d’une distillerie par leurs ancêtres, les Récapet. Elle prend un virage avec le mariage en 1894 de Léonce Récapet avec Emma Thibeaud, fille d’un propriétaire viticulteur. Ceux-ci vont alors acquérir dans les années qui suivent les domaines de Belair et Montremblant, le Château Bonnet à Grézillac en 1897, le Château Reynier en 1901, puis encore les Châteaux Brane-Cantenac, Issan et Lagrange avant d’être même propriétaire associé de l’illustre Château Margaux jusqu’en 1947.

Avec le mariage de Denise Récapet et de François Lurton en 1923, c’est le début d’une nouvelle descendance, car le couple aura quatre enfants : André en 1924, Lucien en 1925, Simone en 1929 et Dominique en 1932, qui, à leur majorité, recevront chacun une ou plusieurs propriétés.

  • Une véritable dynastie du vin

André, le syndicaliste du vin

En 1956, André Lurton hérite du Château Bonnet, dans l’Entre-deux-mers, acquis par son grand-père maternel en 1893, mais toutes les vignes gèlent et ne donnent donc aucune vendange. Vétéran de la Seconde guerre dans laquelle il s’était engagé alors qu’il était encore mineur, André Lurton n’a alors aucune fortune et va vendre des croquettes de luzerne aux producteurs de bétail et des poches de pop-corn aux Nouvelles Galeries de Bordeaux.

Avec l’argent gagné, il loue des terres et acquiert en 1965 le château La Louvière à Léognan (photo ci-dessous), dont la demeure et les vignes sont alors en piteux état. Il en tombe amoureux, le rénove entièrement et se mobilise pour le maintien de la viticulture dans les Graves et contre l’urbanisation croissante de Bordeaux.

Dans le même temps, suite à des différends internes avec le Syndicat des Graves, il fonde avec d’autres le Syndicat viticole de Pessac-Léognan en 1980 et va mener un combat qui aboutira à la création en septembre 1987 de l’appellation communale « Pessac-Léognan » dans les Graves. L’appellation concerne dix communes à quelques kilomètres seulement du sud de Bordeaux : Cadaujac, Canéjan, Gradignan, Léognan, Martillac, Mérignac, Pessac, Saint-Médard-d’Eyrans, Talence et Villenave-d’Ornon.

Outre le château Bonnet familial, André Lurton va en 40 ans acheter près de 600 hectares de vignes principalement dans l’Entre-deux-Mers et dans l’appellation Pessac-Léognan dont il fut l’un des fondateurs en 1987. L’homme possède (ou posséda) notamment le château La Louvière, Cruzeau, Rochemorin, Couhins-Lurton ou Dauzac (revendu en 2014).

Ses 7 enfants, 2 garçons et 5 filles travaillent presque tous dans le vin. François développe des vignobles en France, au Chili, en Argentine, au Portugal et en Espagne avec son frère œnologue Jacques, heureux propriétaire du Domaine de La Martinette et de The Islander Estate en Australie. Parmi les 5 filles, Christine gère aujourd’hui la communication Grands Crus au sein des Vignobles André Lurton, et Béatrice est propriétaire de Château Grossombre.

  • Château La Louvière - © Vanel

Son frère Lucien a quant à lui eu dix enfants, eux aussi actifs dans le vin. Les plus connus sont Henri (Brane-Cantenac), Sophie (Bouscaut), Gonzague (Château Durfort-Vivens) ou Bérénice (Château Climens).

Enfin, Pierre Lurton (Cheval Blanc et Yquem) descend d’une autre branche de la famille, mais il est le neveu d’André.

La rédaction présente ses plus sincères condoléances à la famille.

La photo du haut (Christine, André et Jacques en 2014) est publiée avec l’aimable autorisation de Jean-Pierre Stahl, FR3 Nouvelle Aquitaine, qui publie sur son blog Côté châteaux, les premiers témoignages de sympathie qui affluent de toutes parts. A lire ICI.