Marc Vanel
BELGIQUE

Sirault, le nouveau vin coopérateur

Sirault n’est pas que le village d’Alice on the Roof, c’est aussi désormais un vrai village viticole qui vient de découvrir fièrement le premier vin de la coopérative locale.

Connu pour son tournoi de balle pelote assise et pour son concours de crossage en plaine, le village de Sirault se situe entre Mons en Tournai et fait partie de l’entité de Saint-Ghislain. Rien ne laissait présager que des vignobles y seraient un jour plantés, les meilleurs terrains se trouvant plus à l’est du côté du Chant d’Eole, de Nouvelles ou de Ruffus. Pourtant, une poignée de francs épicurieux décidèrent voici quelques années de se lancer dans la production de vin, plantant quelques pieds dans leur jardin ou sur le terrain d’un ami. De fil en aiguille, ils furent onze à se réunir autour de ce projet un peu fou en fondant la coopérative “Le vignoble de Sirault”.

Le modèle coopératif ou associatif séduit de plus en plus en Wallonie, car il permet de rassembler des gens (et de l’argent) dans un large esprit de convivialité, et même souvent avec l’aide des pouvoirs publics (ici la Sowecsom). On le voit à Liège avec Vin de Liège, dans le Namurois avec Vign’Andenne, dans le Brabant wallon avec les vignobles de La Hulpe ou de Genval, ou dans le Hainaut avec le Blanc Caillou et Sirault à présent.

  • Visite des parcelles avec les coopérateurs mais sans soleil... (© Vanel)

Vin de terroir

Présidée par Jean-Christophe Vanderelst (au centre de la photo du haut), la coopérative rassemble des personnalités du village (pharmacien, médecin, commissaire, journaliste, etc.) et plusieurs agriculteurs. Ensemble, ils ont fait le choix des cépages interspécifiques, résistants mieux aux maladies et ne demandant pas ou très peu de traitement. Du bio qui ne le revendique pas en quelque sorte.

En blanc, les cépages Souvignier gris, Johanniter et Muscaris ont été privilégiés, mais du Cabernet Cortis rouge a également été planté l’an dernier derrière l’école communale dans l’espoir de produire du rosé ou du rouge. Ces plantations ont été effectuées sur six ou sept terrains privés appartenant à certains membres de la coopérative et disséminés dans le village. Au total: 6500 pieds déjà plantés, et l’objectif de doubler ce nombre d’ici 2022.

  • Thierry Vangulick, secrétaire de la coopérative (© Vanel)

Essai transformé

Le meilleur argument pour le développement du vignoble fut certainement la dégustation du premier vin de la coopérative présenté aux membres ce dimanche 28 avril. Plus de 130 personnes étaient présentes et la surprise fut générale. Assemblage de Souvignier gris et de Johanniter, cette cuvée “Première Vendange” surprend par sa maturité et sa structure. D’une grande fraîcheur, il offre de belles notes fruitées qui évoquent tantôt les fruits jaunes (poire notamment), tantôt le melon, avec une touche briochée en fin de bouche. Après la dégustation, une dizaine de nouveaux coopérateurs ont rejoint l’aventure.

Il faut aussi relever, et c’est important, que les apprentis vignerons ont eu l’intelligence de faire appel à un oenologue français, Sébastien Almendros, qui gère le domaine de la Tucayne avec Jean-Claude Delpech, dans le Tarn-et-Garonne et qui fréquente régulièrement le Salon des Vins de Saint-Ghislain à Tertre (en novembre de chaque année).

  • Sébastien Almendros (Dom. de La Tucayne)

Nous lui avons demandé s’il avait été difficile de travailler avec des cépages interspécifiques quasiment inconnus en France : « Ah oui, c’est totalement différent. Le projet m’a doublement séduit, tant du point de vue humain, que du point de vue technique. Réaliser un vin totalement sans intrant est remarquable. Mais je suis à moitié Suisse et donc j’étais déjà sensible à ce type de cépage et de pratiques. Du coup, j’ai essayé de respecter cette philosophie dans la vinification en prolongeant cela à la cave. Pour moi, ce vin a une grande pureté aromatique. J’admire aussi l’esprit du groupe, c’est un vrai projet collectif sans but de rentabilité (même si la coopérative espère bien sûr couvrir ses frais – ndlr) où tout s’est fait par amitié. »

Quelque 2400 bouteilles ont été produites, dont 1000 vendues ce dimanche! 2018 était certainement une excellente année pour démarrer, mais espérons que les conditions climatiques se maintiennent dans les prochaines années, car la coopérative mise sur 22.000 bouteilles d’ici trois ou quatre ans. Prochaine étape: l’inauguration d’un chai à côté de la pharmacie en septembre prochain.

Vendu à 10€ aux coopérateurs et à 12€ aux autres, le vin n’est pas encore véritablement  distribué. Infos: thierryvgl@hotmail.com