Marc Vanel
BORDEAUX

Primeurs 2018: premières impressions

La Semaine des Primeurs vient de s’achever à Bordeaux. De belles réussites sur la Rive Droite.

Pour comprendre le millésime, il faut rapidement revenir sur les conditions climatiques de l’an dernier. Dans la région bordelaise, la fin de l’hiver et le printemps furent calamiteux, avec beaucoup de pluie, de grêle et surtout du mildiou, ce champignon que tous les vignerons et agriculteurs redoutent, car il peut entraîner une perte rapide et totale de la récolte. Et encore plus chez les viticulteurs en bio, car il n’y a pas (ou très peu) de moyens de le combattre. Les pertes furent inégales selon les appellations, mais elles furent importantes. Peu de quantité donc en 2018.

Heureusement, l’été sauva la mise car, comme en Belgique, souvenez-vous, celui-ci fut très chaud sans pluie pendant presque trois mois et avec des nuits fraîches, de quoi contrebalancer les dégâts du printemps. Le mois de septembre plutôt sec a ensuite permis d’organiser les vendanges en fonction de la maturité de chaque parcelle, de chaque terroir et donc de ne pas tout cueillir en une fois pour éviter les pluies et orages qui peuvent diluer le jus final.

A l’arrivée, des grains plus petits, plus de sucre (et donc d’alcool) et une quantité moindre. Encore une fois, les vignerons ont dû déployer tous leurs talents pour en tirer le meilleur. Cela implique de ne pas trop extraire pour ne pas faire des vins bodybuildés et trop tanniques. Cela n’empêche par certains de flirter allégrement avec des degrés de l’ordre de 14 ou 14,5° vol. alc., ce qui est plus fréquent dans le Rhône qu’à Bordeaux…

Paroles d’œnologues

Même écho du côté des œnologues. Dany Rolland relève par exemple que « la matière première est riche, avec des degrés alcooliques potentiellement élevés. C’est l’opulence des millésimes solaires avec la fraîcheur et la complexité aromatique liée à l’alternance de ces journées chaudes et nuits fraîches ».

Stéphane Derenoncourt pour sa part, relève que « c’est un millésime qui ne laissait pas le droit à l’erreur. Les trois millésimes précédents furent “assez faciles”, ce qui a pu inciter certains à baisser leur garde. Parfois cela s’est joué sur des détails. » Enfin, de grandes personnalités telles que Michel Rolland ou Eric Boissenot estiment que c’est l’un des millésimes du siècle. Ici aussi les avis sont contrastés.

Pendant toute cette Semaine des Primeurs, plusieurs milliers de professionnels du vin (importateurs, négociants, journalistes) sont venus à Bordeaux déguster ces vins 2018 qui ne sortiront toutefois sur le marché qu’en 2020 au plus tôt. L’opération permet aux marchands d’acheter à un prix inférieur des vins qui ne sont que des « bébés » et qui doivent encore s’affiner. L’opération est délicate, car même si la pratique diminue, il est de notoriété publique que certains préparent leurs échantillons pour ce grand rendez-vous annuel. Soit en choisissant leur meilleure barrique pour remplir leurs échantillons, ou davantage dans certains cas. Là aussi il faut trier,

Pour notre part, nous n’avons dégusté qu’une partie de l’immense production disponible aux Primeurs (il y avait quelque 60 dégustations organisées en quatre jours), mais au moins dans chacune des appellations présentées. La grande surprise vient des Saint-Emilion et surtout des Grands Crus Classés de St-Emilion qui sont d’un très haut niveau, avec un coup de cœur pour le Château Chauvin, Ch. Faugères et Ch. Grand Corbin.

Dans les Grands crus « simples », les Châteaux Mangot et La Croizille ont fait forte impression, mais il y avait plus de 250 échantillons et difficile donc de ne rien louper. Non loin, à Pomerol, le Ch. Beauregard nous a impressionné par sa finesse et son élégance, tout comme le Ch. Fayat très réussi.

Si les vins d’AOC Médoc et Haut Médoc sont assez difficiles cette année (mais pas les AOC St-Julien ou St-Estèphe), relevons dans l’AOC Margaux les très beaux vins des châteaux Ferrières, Cantenac Brown et Dauzac, pour ne citer que ceux-là.

 

  • Dégustation des Pessac Léognan au Château de Rouillac

Toujours sur la Rive gauche, dans les Graves et Pessac-Léognan, notre coup de cœur va, une fois de plus, aux Carmes Haut-Brion qui s’annonce comme une des plus grandes réussites du millésime, mais aussi à des propriétés plus modestes, en biodynamie, comme Larrivet Haut-Brion ou Haut-Bergey.

Dans les Graves blancs (2018 est vraiment un millésime de blancs), Ch. La Fleur des Pins et Jouvente figurent parmi les vins à suivre.

La plupart de ces vins se retrouvent en Belgique entre 30 et 100 euros , c’est donc l’occasion de visiter les cavistes qui font eux aussi des ventes en primeurs, à moindre prix. Notamment Chai&Bar à Bruxelles ou chez Cinoco. Mais n’oubliez pas que même si vous payez aujourd’hui, vous n’aurez vos vins qu’en 2020. Patience, donc.

Très prochainement, retrouvez notre sélection des meilleurs vins de chaque appellation.