OCEANIE

Winetrip Australia (1/5)

En 5 épisodes, dix jours de winetrip en Australie. Aujourd'hui: Canberra District

Le voyage démarre à Gundaroo, une petite localité de 350 habitants à 40 km au nord de Canberra, au sud-ouest de Sydney. Initiée vers 1850 par des pionniers qui n’y connaissaient pas grand-chose et relancée dans les années 1970, la viticulture a fortement progressé depuis une trentaine d’années dans le District de Canberra, capitale officielle de l’Australie. La superficie de vignes s’élève à environ 450 hectares, exploités par 110 producteurs, dont une quarantaine de ‘wineries’, c’est-à-dire des établissements viticoles qui possèdent des vignes et mettent leur vin en bouteille.

Shiraz, Viognier et Riesling sont parfaitement adaptés ici au « cool climate » avec des températures jour-nuit pouvant varier entre 14 et 30°C. D’autres, comme Mount Majura, ont opté pour des variétés espagnoles, telles le Tempranillo ou le Graciano. Chez Lark Hill, un acteur majeur dans la biodynamie locale, les blancs sont à surtout l’honneur avec, outre le Riesling, le Grüner Veltliner (le plus célèbre cépage autrichien), la Marsanne, la Roussanne ou le Chardonnay.

Cette diversité se retrouve à Mallaluka, créé et géré par John Leyshon, président du groupe de producteurs locaux (et son fils), qui n’exploite que quelques hectares (22.500 bouteilles par an) mais qui offre une belle gamme dont un rosé Chardonnay/Pinot gris, un Riesling orange, un Shiraz-Sangiovese, un Cabernet franc en macération carbonique ou encore le fameux « Yass Gas » qui assemble huit cépages dont du Mataro (le nom local du Mourvèdre), du Merlot et du Sangiovese !

Si ces assemblages ne sont pas courants chez nous et déroutent tout d’abord, on y prend vite goût et cette grande liberté ne peut que nous séduire car ils ouvrent la palette aromatique.

Parmi les autres vins du District dégustés, relevons le Mount Majura Riesling 2009, le Riesling Premium 2017 de Helm Wines (fondé en 1973), le Tiger Tiger Chardonnay 2016 de Collector Wines, le Riesling 2017 du jeune Christophe Jelfs à Eden Road et, le plus savoureux, le Riesling 2018 de Bill et Jaime Crowe, un vigneron de la Napa Valley qui a suivi les sirènes de l’amour en Australie. Son rouge assemble Sangiovese, Barbera et Nebbiolo et est juste explosif…

  • John Leyshon (dr) et son fils (g.)
  • Mallaluka

Syrah-Viognier

Mais la vedette du District est sans conteste Clonakilla, réputée être l’une des meilleures wineries d’Australie et ce n’est pas usurpé. Dès que le visiteur pénètre dans la salle de dégustation de cette propriété fondée en 1971 par la famille irlandaise Kirk à Murrumbateman, le ton est donné. Au mur, deux belles grandes cartes de Condrieu et de Côte Rôtie ainsi que, sur l’étagère, de nombreuses bouteilles (vides hélas) de grands crus du Rhône ou de Bourgogne : Syrah et Viognier sont évidemment les stars du lieu, et selon Tim Kirk, le millésime 2018 est parfait.

Le climat est le facteur-clé ici, avec des étés toujours chauds et des hivers frais, avec des périodes de maturation pouvant aller jusque mars-avril. La majorité de la vinification se fait en petites cuves, en grappes entières. L’assemblage Shiraz-Viognier règne en maître, même si la propriété compte d’autres variétés aussi.

Après quelques « pet-nat » (pétillants naturels, présentés par Bryan Martin – de Ravensworth – qui collabore avec Clonakilla, la dégustation des vins de la maison est menée par Tim Kirk lui-même et démarre avec une verticale de trois Riesling, en 2006, 2015 et 2018. Si le plus ancien a conservé une étonnante ampleur, le 2015 offre une extraordinaire vivacité, avec une tension et une acidité parfaites. En rouge, parmi les Hilltops Shiraz, le 2017 est vif et épicé, le 2013 très rond et le 2005 parfait.

Enfin, la dégustation des Clonakilla Shiraz-Viognier 2009 et 2013 confirme la qualité du célèbre assemblage qui emmène le dégustateur sur les rives escarpées du Rhône. Et si vous comparez les vins à ceux du domaine Jamet (Ampuis), rien ne fera plus plaisir à Tim Kirk qui sortira alors quelques cuvées très particulières. Du pur bonheur.

  • Tim Kirk