Marc Vanel
BORDEAUX

La chauve-souris au secours de la vigne

Animal nocturne bien connu, une chauve-souris dévore en moyenne 2000 insectes par nuit, ce qui en fait un excellent prédateur des insectes ravageur de la vigne. Sans modération.

Depuis plus de 20 ans, la filière des Vins de Bordeaux s’est engagée dans une viticulture responsable et durable. Elle s’est fixée un objectif ambitieux : engager 100% du vignoble dans une démarche environnementale. Un des axes majeurs de cette politique environnementale active est la préservation de la biodiversité végétale et animale, la nature étant un précieux allié dans l’adaptation des cultures aux évolutions de leur environnement et de sa résilience.

Parmi les nombreuses initiatives figure une étude inédite sur les chauves-souris. En Gironde, les chiroptères étudiées sont exclusivement insectivores, et le département compte 22 des 30 espèces recensées en France. En 2017, en partenariat avec la LPO (Ligue de protection des Oiseaux) et l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), le CIVB a réalisé une étude qui confirme que les chauves-souris sont d’excellents alliés dans la lutte contre les tordeuses de la grappe.

Ce papillon, appelé aussi Eudémis ou Cochylis, est un nuisible qui favorise la pourriture grise (le Botrytis) dans les baies.

  • Ingimage

Double efficacité

Quelque 20 châteaux ont participé à l’enregistrement de l’activité nocturne des chauves-souris dans 23 parcelles de vignes réparties sur tout le territoire du vignoble de Bordeaux.

L’efficacité des chauves-souris face à ce nuisible a été démontrée sous 2 angles :

  • – l’étude du régime alimentaire des chauves-souris du vignoble de Bordeaux  a montré la présence d’ADN du papillon dans le guano des chauves-souris ;
  • – la mise en évidence de la capacité des chauves-souris à adapter leur activité pour venir dévorer ce papillon : leur activité de chasse est multipliée par trois lorsque les papillons ravageurs sont présents.

En 2018, le CIVB a développé, en collaboration avec le GIP ATGeRi*, un outil en ligne (internet et application smartphone) pour identifier les colonies de chauves-souris à l’appui des observations et déclarations des vignerons. Via un système de géolocalisation, les professionnels peuvent déclarer tant une chauve-souris isolée observée en vol ou de la présence d’une colonie de chauves-souris. Des propriétés ont d’ores et déjà procédé à des aménagements pour favoriser l’implantation des chauves-souris dans le vignoble : maintien d’anciennes cabanes dans les vignes ou installation de nichoirs pour abriter les colonies ; points d’eau ou bandes enherbées pour faciliter l’entrée des chauves-souris dans les rangs de vignes.

La réflexion porte maintenant sur les mesures à prendre à une échelle plus globale (niveau d’une AOC notamment) pour que les chauves-souris puissent avoir suffisamment de ressources alimentaires toute l’année (en dehors de la « saison » du vers de la grappe) et ainsi pérenniser l’installation de colonies et leur permettre de consommer des papillons ravageurs… sans aucune modération.

*Groupement d’intérêt public aménagement du territoire et gestion des risques – Photo du haut: Murin à oreilles échancrées © Yohan Charbonnier.