Pedro Ballesteros MW
DIVERS

Bubbles over Europe

La Belgique adore les bulles. Chaque Belge boit quelque six bouteilles de vin mousseux par an, y compris les achats, non dédouanés, en France et au Luxembourg. Si l’on tient compte du nombre d’enfants et de non buveurs, le chiffre est encore plus impressionnant. La variété de vins aux bulles disponibles en Belgique est tout aussi remarquable. Voyons.

Les meilleurs vins mousseux sont ceux faits selon la méthode champenoise, où les bulles sont produites par seconde fermentation dans la bouteille que l’on achète. Le roi est, évidemment, le champagne. Vin dont les aromes sont plutôt construits sur le levain et l’élevage que sur le fruit et qui nécessite presque toujours un dosage du sucre remarquable pour compenser sa grande acidité, le grand champagne offre au sommet une variété d’expressions et un raffinement inégalés. Mais attention, il faut payer le prix. Au-dessous de 20€, les bons champagnes se font très rares, et la plupart des champagnes à prix sacrifié ne valent pas leur nom.

Le cava est le vin mousseux national en Belgique, à juste titre : notre consommation per capita de cava est supérieure à celle de l’Espagne ! Pas étonnant, si l’on y réfléchit. Le cava a moins d’acidité que le champagne et comporte aussi moins de sucre. Etant donné qu’il est fait selon la méthode champenoise, il garde la ligne aromatique complexe du champagne. Il s’adapte avec plus de succès avec le goût belge pour les vins secs. En plus, les prix des cavas les moins chers sont imbattables. La raison est simple, le prix du kilo de raisins en Champagne est plus de dix fois supérieur que celui de Catalogne. Finalement, le cava offre un avantage décisif, il propose un grand échelon de qualités. Les meilleurs producteurs de cava offrent des vins, à des prix souvent supérieurs à pas mal de champagnes, d’une complexité et d’un raffinement inouïs. Goutez quelques « Gran Reserva », élevés pendant de longues années pour le vérifier.

Les crémants sont les troisièmes concurrents sur le marché de la qualité. Souvent très corrects, ils rivalisent avec succès les champagnes, et sont moins chers. Leur défaut est aussi leur atout : ils essaient souvent de ressembler au champagne. Je garde en grande estime les crémants de Limoux et de Die, pour leur originalité. Le crémant de Luxembourg est une spécialité sympathique, de distribution presque exclusive en Belgique.

Puis, nous avons les grands mousseux faits selon la méthode traditionnelle italienne, originaires de Franciacorta et du Trentin. La qualité moyenne de Franciacorta est vraiment remarquable. Vins complexes, longs, crémeux. Très bons. Seul inconvénient, les prix, qui dépassent même ceux des champagnes comparables. La passion italienne pour les bulles nationales est conséquente avec les prix… Les vins du Trentino sont moins chers, rivalisant ainsi avec le cava, mais avec une gamme de qualités plus réduite, sauf quelques belles exceptions.

L’Angleterre et l’Allemagne produisent des bulles de luxe d’une grande qualité, à des prix souvent prohibitifs. La plupart des mousseux du Nouveau Monde sont pour l’instant produits de marques qui n’ont pas encore atteint les niveaux qualitatifs du Vieux Monde. Mais il faut bien les suivre, ils vont y arriver.

Les vins de Bugey Cerdon et Limoux faits selon la méthode ancestrale (la fermentation se complète en bouteille, sans addition de sucre), sont de raretés qui méritent une « visite ».

Le prosecco, lui, est un produit différent des autres. Il est fait selon une méthode et une approche industrielles, dans le meilleur sens du terme : fiabilité, formule expressive fixe et nette, simplicité. La deuxième fermentation se conduit rapidement dans des autoclaves. Les vins sont donc simples, fruités et assez sucrés pour compenser leur acidité particulière. Le prosecco est un grand compétiteur, étant donné qu’il répond à ce que le consommateur occasionnel demande : une boisson sucrée, bien définie, avec des bulles et une belle présentation. Un ami producteur de prosecco me disait qu’il fait « il contenitore per le bollicine ». Il est le mousseux d’accès pour ceux qui n’aiment pas (encore ?) les vins secs. Il y a aussi quelques proseccos, surtout ceux de Cartizze, d’une qualité bien supérieure.

Asti et Lambrusco semblent maintenant un peu démodés. Mais je ne cesse de recommander l’un des vins les plus délicieux au monde, le Moscato d’Asti, un joyau doux à 7°, qui énamoure.

Je conclus avec les mousseux belges, faits pour la plupart selon la méthode champenoise, vins d’une belle qualité moyenne, ascendante, qui devient parfois exceptionnel (goutez, si vous pouvez vous le permettre, la cuvée Fibonacci de Schorpion, qui est, je pense, un vin mousseux à la hauteur des meilleurs. Les problèmes sont, pour l’instant, les prix relativement élevés et la production qui reste mineure. Mais tout le monde voudrait avoir ce type de problèmes, n’est-ce pas ? Je suis sûr que leurs parts de marché augmenteront rapidement.