Marc Vanel
BORDEAUX

Connaissez-vous le « vin de lune » ?

Il ne s’agit pas d’un breuvage issu de raisins récoltés à la pleine lune ou d’un vin biodynamique, mais bien d’un terme juridique.

Propriétaire de trois châteaux bordelais (Le Couvent – Saint-Émilion, Fourcas Loubaney – Listrac-Médoc et Moulin à vent – Lalande-de-Pomerol), François-Marie Marret a racheté en 2011 et 2012 les surplus de vins d’un négociant destinés à la distillation (et donc interdits à la vente) pour les mélanger avec ses propres vins.

Afin d’assurer la plus grande discrétion à l’opération prohibée par la loi, ces vins ont été transportés de nuit, d’où l’expression « vin de lune ».

Suite à une enquête des Douanes françaises, le stratagème a été dévoilé et une douzaine de personnes impliquées dans l’affaire ont été condamnées en 2016, Marret écopant de deux ans de prison et d’une amende de 8 millions d’euros. Dd’après les Douanes, les quantités fraudées seraient de 8200 hectolitres et les ventes réalisées grâce à cet apport illicite de l’ordre de 800.000 euros. Contestant les faits, M. Marret a fait appel du jugement.

La Cour d’appel de Bordeaux a rendu son arrêt en décembre 2018, mais la portée de sa décision n’a été révélée que jeudi dernier par le journal Sud-Ouest et relayée par France3-Nouvelle Aquitaine.

La Cour, relaie France 3, a constaté une « tromperie organisée avec personnes » et noté « l’incontestable gravité des faits commis avec des méthodes indignes ». M. Marret( 68 ans) n’ayant jamais été condamné à de l’emprisonnement, sa peine a été ramenée de 24 à 18 mois (dont 12 avec sursis) et de 8 à 1,5 million d’euros de pénalité fiscale « pour déclaration non conforme de stock de vin et de moût » et pour « circulation de vin sans document d’accompagnement ».

L’intéressé a déjà fait savoir qu’il se pourvoyait en Cassation.

D’autres scandales de fraude ont été relevés et condamnés ces dernières années dans d’autres régions françaises. Dans le Languedoc en 2010, la société américaine E & J Gallo a acheté un important volume de Pinot noir en vrac à Sieur d’Arques, mais il s’agissait en réalité d’un mélange de Merlot et de Syrah provenant d’une dizaine de coopératives de la région de Carcassonne.

Quelques années auparavant, en 2006, c’est le célèbre producteur du Beaujolais Georges Duboeuf qui a été condamné à une amende de plus de 30 000 € pour avoir mélangé des raisins provenant de différents vignobles afin de dissimuler la mauvaise qualité de certains de ses millésimes.