Baudouin Havaux et Marc Vanel
BORDEAUX
Faut-il acheter le 2015 ou le 2016 à Saint-Emilion ?
32 producteurs de l’association des Grands Crus de Saint-Emilion ont présenté le 10 décembre dernier aux importateurs et à la presse les millésimes 2015 et 2016 de leurs prestigieux châteaux.

Cette dégustation a eu lieu à Bruxelles, ce 10 décembre, dans la lumineuse salle du premier étage du QuayO1, une opportunité unique pour comparer deux millésimes considérés comme excellents et pourtant si différents.

A cette occasion, la présidente de l’Association des Grands Crus Classés de Saint-Emilion, Laurence Brun, rappela « l’importance de ces rencontres avec les acheteurs belges et les liens étroits qui unissent Saint-Emilion à la Belgique depuis plus de 40 ans. En effet, le marché belge est fidèle malgré la concurrence des vins étrangers et le Belge achète régulièrement tous les millésimes, même lorsqu’ils sont plus faibles, contrairement aux Américains ou aux Asiatiques qui n’achètent que les bonnes années. Il est donc important de cultiver ces relations et entretenir cette fidélisation surtout quand on a la chance de présenter deux millésimes de très belle facture ».

  • Laurence Brun, Association des Grands Crus Classés de Saint-Emilion

Elle souligne également que « durant ces 40 années d’échanges commerciaux soutenus, les vins ont évolué, les techniques d’oenologie et les connaissances des vignobles se sont beaucoup améliorées. De plus, l’ancienne génération a laissé place à de jeunes viticulteurs qui ont une vision plus moderne des vins qu’ils élaborent pour un public de consommateurs qui se rajeunit également ».

Deux caractères

Après une série de millésimes plus difficiles auxquels nous avons été confrontés entre 2011 et 2014, les 2015 et 2016 se dénotent et peuvent être considérés comme deux grandes années, et pourtant ils se tournent le dos. De caractères très différents, voire opposés, il est impossible de décréter quelle est le meilleur millésime des deux et seuls des critères de goût personnel pourront les départager.

De manière un peu simpliste on pourrait comparer le 2015 avec le 2009 et le 2016 avec le 2010. 2015 est un millésime solaire qui a engendré des vins généreux, puissants, costauds, gourmands, ronds et charnus aux tanins souples. On se rappelle qu’en 2015, la nature a fait preuve de générosité avec un printemps magnifique qui a donné un bourgeonnement et une floraison rapides et réguliers. En été, le climat s’est vite réchauffé, avec seulement 50% du niveau habituel des pluies entre avril et juillet. Suivi d’un automne relativement frais mais sec et ensoleillé, avec environ 50% du niveau habituel des pluies en septembre et en octobre, ce qui a permis une vendange tranquille et sans stress.

2016 est plus tendu. Il se différencie par plus de finesse ou de délicatesse et moins de puissance. Qualifié de rectiligne, il présente souvent plus de fraicheur. 2016 a pourtant connu un début de cycle moins prometteur avec un printemps marqué par des attaques de mildiou et un été très sec. Fin de l’été, les prévisions en termes de volume et de qualité n’étaient pas très encourageantes. Mais c’était sans compter sur les pluies salvatrices du début du mois de septembre et le magnifique été indien qui a permis une parfaite maturité.

Ces caractéristiques générales doivent cependant être relativisées cas par cas, en fonction de la situation géographique des propriétés. Les vignes situées sur le haut de l’appellation, et dont les racines se sont frayé un passage dans la roche calcaire, affichent plus de fraicheur et le millésime « chaud » de 2015 se rapproche là du 2016.

En résumé, si vous n’avez pas eu l’opportunité de les réserver en primeur, on ne peut que vous conseiller d’acheter les 2105 et 2016 qui vont commencer à apparaître sur dans le catalogue de vos cavistes ou lors des foires aux vins de la grande distribution. (B. H.)

Notre coup de coeur

A la tête de la Fondation qui gère la Cité du Vin à Bordeaux, Sylvie Cazes est l’une des grandes figures du vignoble bordelais, tout comme sa famille d’ailleurs. En 2014, elle rachète avec ses enfants le Château Chauvin, l’un des Grands crus classés de Saint-Emilion, situé entre Cheval-Blanc et la Butte de Rol. Son domaine de 15 hectares est complanté de vignes de 30 ans de Merlot (80%), de Cabernet franc (15%) et de Cabernet sauvignon.

Les deux millésimes présentés à Bruxelles furent très appréciés. Le 2015, premier après le rachat, est très ample, riche et fruité, d’une grande profondeur et d’une remarquable fraîcheur. La barrique neuve, préconisée par Michel Rolland, est parfaitement fondue. Le 2016, quant à lui, offre de très agréables épices, beaucoup de douceur et de plaisir. Il ne peut que s’enrichir au fil des années. Disponible chez Thienpont Wines, 38,00€. (M.V.)

  • Sylvie Cazes