Marc Vanel
ALSACE
Grands Chais de France : les domaines alsaciens
Suite et fin de notre article sur les propriétés alsaciennes des Grands Chais de France, articulées autour du navire-amiral Arthur Metz. Avec une incursion en Allemagne chez Bimmerlé.

Fondée en 1904, la maison Arthur Metz est le premier acteur en volume du vignoble alsacien et le premier producteur de crémants d’Alsace. Le cœur (et le siège) de l’activité se situe à Epfig, au sud de Strasbourg, mais le groupe possède également un vendangeoir à Scharrachbergheim et des caves à Marlenheim (où se trouve aussi le caveau de vente). Arthur Metz ne possède que 10 hectares (le domaine Sainte-Marguerite à Epfig), mais en revanche, il achète des raisins auprès de 600 viticulteurs-partenaires pour un total de 1000 hectares. Cela lui permet de sortir près de 15 millions de bouteilles par an dont 8 des 34 millions de Crémants produits chaque année en Alsace.

Quelque 16 Crémants sont disponibles dans la gamme : les Brut Prestige, la cuvée Michel Léon, divers cuvées spéciales, les ICE, et surtout la Perle Noire, 100% Auxerrois, que nous avons souvent sélectionnée dans nos dégustations. A côté de cela, Arthur Metz propose aussi une gamme de vins tranquilles où il faut épingler le Pinot Blanc Vieilles Vignes 2016 ainsi que quelques Rieslings dont certains issus de deux Grands Crus : Steinklotz qui reflète parfaitement son terroir calcaire, et Altenberg de Bergbieten (le 2015 est superbe). Enfin, le Riesling 2017 « de base » est vif, floral, tendu et direct. A découvrir.

> Disponible en Belgique chez Varesa Lommel, Les Caves de Victor à Annevoie.

  • Arthur Metz

De l’histoire en bouteilles

Quelques kilomètres plus au nord, à Barr, la Maison Klipfel fut créée en 1824 par Martin Klipfel, c’est aujourd’hui une entreprise familiale de 40 hectares dont 15 plantés sur trois Grands Crus : Kirchberg de Barr, Kastelberg et Wiebelsberg. La famille possède aussi le prestigieux Clos Zisser depuis 1830. En 2016, la famille Helfrich, à la tête des Grands Chais, a repris la maison dans son portefeuille mais a laissé une partie des équipes en place.

Durant cette visite, nous avons pu déguster les mêmes vins dans des millésimes très différents. Par exemple, un Sylvaner de 2017 avec son « ancêtre » de 1959, ou des Grands Crus de 1971 et 1980 issus de l’Oenothèque en parallèle avec ceux d’aujourd’hui. La démonstration fut magistrale et illustre parfaitement l’extrême qualité de ces terroirs méconnus. Au registre des raretés qu’il faut avoir dégustées au moins une fois dans sa vie : le Klevener de Heiligenstein, cépage que l’on ne trouve que dans ce village. Proche d’un Gewurztraminer, il est délicatement parfumé, tout en finesse. Une vraie curiosité.

Unique en Alsace, un petit musée privé constitué par M. Lorentz regroupe tout le matériel du vigneron et retrace l’évolution des métiers de la vigne et du vin à travers les âges.

> Vins disponibles en Belgique sous étiquette Klipfel ou André Lorentz chez Amavins (Alken Maes)

  • Klipfel

Triple exploitation

Troisième commune alsacienne en nombre d’habitants après Strasbourg et Mulhouse, Colmar offre la particularité d’abriter un vignoble tricéphale en ville. Fondé en 1895 par l’ampélographe Oberlin, le Domaine Viticole de la Ville de Colmar (DVC) possède en effet ses propres vignes (14ha), le Clos Saint-Jacques, achète des raisins en partenariat avec 3 à 400 « apporteurs » (±10ha) qu’elle commercialise sous sa marque et exploite en fermage le vignoble des Hospices Civils Louis Pasteur de Colmar constitué de legs successifs.

Grâce à cette diversité, DVC développe une gamme de vins respectant l’originalité des terroirs. Parmi les belles réussites, citons le Gentil 2016 des Hospices (une très belle construction de Riesling, Pinot gris et Gewurztraminer), le Muscat 2016 de DVC (frais et floral, tendu et croquant) ou le Grand Cru Pfersigberg 2015 (très riche et élégant, ananas, melon jaune, poire).

> Disponible en Belgique chez Vinoland Destelbergem, Meersseman Alain à Bruxelles et Benoît Trentin à Farciennes.

  • Colmar

De l’autre côté du Rhin

A hauteur de Strasbourg mais côté allemand, Weingut Bimmerlé est exploité par Siegbert Bimmerlé, neveu de l’un des associés principaux de la famille Helfrich. Fondé en 1936, le domaine exploite 153 hectares sur toute la longueur du Baden Wurtenberg. Constituées forcément de sols différents, chacune des parcelles est affectée à un type de vin, même si le Riesling domine sur près de 30 hectares.

La grande spécialité de la maison est l’élaboration de « spätlese » (vendanges légèrement tardives) en sec et non en moelleux, avec notamment un étonnant Pinot noir Spätlese ainsi qu’un Wiesser Burgunder (Pinot blanc) Spätlese également. Si Bimmerlé cultive tant du Merlot que du Cabernet sauvignon ou du Pinot noir, il cultive aussi du Solaris non autorisé de l’autre côté du Rhin mais très répandu en Belgique. Le Solaris Spätlese 2015 est une belle mise en valeur de ce cépage qui se caractérise habituellement par ses arômes d’agrumes et d’ananas, mais ici plutôt de pamplemousse rose ou de mangue. Très sympa.

> Le Riesling Cuvée Baron von Maydell est disponible chez Aldi. Weingut Bimmerlé QMP Kabinett Baden (Riesling Feinherb & Riesling Trocken) se trouvent chez Christiaens Bilzen / Tongres.

RELIRE LA PREMIÈRE PARTIE DE CET ARTICLE: ICI

  • Siegbert Bimmerlé