M. Vanel – D. Rodriguez
BELGIQUE
Un projet de 100 hectares de vignes dans le Limbourg !
Par ce projet un peu fou, Ghislain Houben, vigneron à Hoepertingen (Borgloon) et prof d’économie, entend prouver aux autorités belges que la viticulture est un secteur porteur d’emplois.

Depuis une quinzaine d’années, la viticulture a pris un tournant en Belgique, transformant les productions « folkloriques » des années 80 et 90 en activité économique plus ou moins rentable selon les cas. A condition toutefois de disposer d’au moins 10 hectares, seuil qui semble être le minimum minomorum pour ne pas plonger dans le rouge.

Si les projets de plantation les plus récents, précisément dans le Limbourg, démarrent avec d’office 10 à 15 hectares, seuls deux vignobles dépassent les 25 hectares : Genoels Elderen, non loin de la frontière avec Maastricht, et le Vignoble des Agaises près de Binche. Il y a quelques années, il fut question d’une plantation de 100 hectares autour de Liège par Paul-François Vranken, mais le projet rencontra l’opposition de la population qui craignait certaines nuisances liées à l’activité, notamment la pulvérisation de produits nocifs pour la santé.

Economies d’échelle

Aujourd’hui, c’est au Limbourgeois Ghislain Houben, qui possède déjà un vignoble de quelques hectares (Domein Hoenshof), de se lancer dans une aventure similaire. « Il est temps, a-t-il confié à Vino, que la viticulture en Flandre se prenne au sérieux et passe d’un hobby élitiste à une activité économique rentable. Par ce méga-projet, je veux aussi réveiller les pouvoirs publics. Trois quarts des vignerons belges ont un vignoble de moins de 3 hectares, c’est trop petit pour travailler de façon professionnelle. Aux Pays-Bas, un peu comme chez nous, les surfaces de vignes sont rapidement passées de 250 à 300 hectares, mais après quelques échecs retentissants, celles-ci sont retombées à 250. Si nous ne voulons pas suivre la même voie, nous devons oser passer à l’étape suivante, sinon nous nous en tiendrons à quelque chose d’anecdotique qui ne s’adressera jamais qu’à l’élite. »

Pour joindre le geste à la parole, Ghislain Houben et son fils Jeroen ont créé « Jerom Winery » qui opérera à grande échelle, condition essentielle selon eux pour travailler de façon efficiente et pour pouvoir offrir, grâce aux économies d’échelle, des vins aux prix abordables afin de pouvoir les écouler dans la grande distribution ainsi qu’à l’export.

L’ambition des Houben est d’obtenir 100 hectares sous contrat dans les années à venir, soit en pleine propriété, soit en location, ce qui semble possible en Hesbaye où de nombreux producteurs de fruits ne voient plus d’avenir dans leurs cultures de poires, de pommes ou de cerises. Etabli en plein cœur de cette région, « Jerom Winery » s’est entretenu avec plusieurs de ces producteurs de fruits pour leur expliquer le projet. « Je sais que les habitants de cette région ne veulent pas vendre leurs terres, poursuit Ghislain Houben. C’est pourquoi je leur ai plutôt proposé d’entamer une reconversion et de remplacer leurs arbres fruitiers par des vignes, tout en fixant un prix d’achat contractuel pour leurs raisins. »

Trois premiers fruticulteurs ont ainsi converti 10 hectares de vignes et livré l’an dernier déjà leurs premiers raisins. Les premières bouteilles issues de la vendange 2017 et disponibles sont un Acolon en rouge et un Chardonnay en blanc.

Chant du cygne pour le secteur fruitier

« Dans le secteur des pommes et des poires, poursuit Houben, la crise est au rendez-vous : tout se déplace vers l’Est, en particulier vers la Pologne et l’Ukraine et c’est de notre faute,  nous leur avons appris comment il fallait le faire. Nos fruits ne sont plus écoulés que sur le marché belge. Nous devons donc nous retrousser les manches pour éviter que notre secteur des fruits ne se contracte. Cela peut se faire par une conversion en viticulture et je souhaite canaliser cette opportunité maintenant. Nous avons les meilleurs terrains ici, dans le sud du Limbourg, et les producteurs de fruits ont les machines. L’investissement qu’ils doivent faire est limité. Ils craignent un peu les troisième et quatrième parties du processus: la vinification et la vente, mais nous nous en occupons.  »

La viticulture belge va-t-elle devenir un secteur économique à part entière? « Le gouvernement flamand aimerait, mais n’a pas encore compris qu’il faut d’abord investir avant de pouvoir récolter. Et c’est dommage car cela peut rapporter un bon retour sur investissement », conclut Houben. Peut-être faudrait-il organiser quelque séminaire à destination de nos dirigeants pour faire avancer les choses ? Avis aux amateurs.

Infos : www.jeromwinery.be et www.puurwijn.be pour Hoenshof