Marc Vanel
Winebizz
Grands Chais de France, premier vinificateur privé de l’Hexagone
Produites par le groupe GCF, deux marques de vin à moins de 5 euros sont parmi les plus vendues en Europe, mais aussi dans le monde : J.P. Chenet et Grand Sud.

470 millions de bouteilles vendues en 2016, 63 propriétés viticoles, 167 domaines distribués en exclusivité, 103 autres suivis, une équipe de 60 œnologues, plus d’un milliard de chiffres d’affaires en 2017 et des marques parmi les plus vendues en France, en Allemagne ou dans le monde… en presque 40 ans, l’Alsacien Joseph Helfrich a propulsé « Grands Chais de France » parmi les plus importants acteurs du monde du vin. Et pourtant, cette société, qui est restée familiale malgré son développement – les enfants sont également présents dans l’entreprise –, n’est quasiment pas connue du grand public. Toutefois, lorsque l’on énumère les domaines acquis ou distribués par GCF, chacun retrouvera certainement plus d’un vins du groupe.

Si J.P. Chenet, Grand Sud et Calvet sont les marques de vin les plus connues et parmi les plus importantes ventes de vin français dans le monde, le groupe est présent dans toutes les régions de l’Hexagone, à l’exception de la Champagne, avec des propriétés ou des domaines tels que le Domaine de Savagny dans le Jura, Philippe Viallet en Savoie, la Maison Martenot et Marguerite Carillon en Bourgogne, Carod en Diois, le Château de la Tuilerie dans le Rhône, le Château de la Galinière en Provence, le Domaine de la Baume dans le Languedoc, Lestage Simon dans le Bordelais, le Château de Fesles dans la Loire ou, bien sûr, Arthur Metz ou Klipfel en Alsace, où se trouve le siège du groupe.

C’est en effet ici, à Petersbach, à quelques kilomètres de la frontière allemande, que tout a commencé en 1979 lorsque Joseph Helfrich crée, à 23 ans, Grands Chais de France, non pas pour produire du vin mais pour vendre eaux-de-vie et spiritueux. Fils de distillateur, la première activité s’articule essentiellement autour de l’exportation de cognac en Allemagne, mais elle s’élargit rapidement. La première chaîne d’embouteillage est en effet installée sur l’actuel site de GCF à Petersbach en 1982 et est donc dédiée au négoce. Deux ans plus tard, avec son bras droit Jean-Pierre Chanel, il lance un vin du même nom pour lequel il utilise une bouteille de cognac dont il déforme le goulot pour qu’elle soit mieux repérée par les consommateurs. Le nom de la marque provoque l’ire d’une célèbre maison de couture homonyme qui intente une action en justice qui se terminera par la modification du nom en Chenet, va dynamiser la société.

Best-seller mondial

Dès le début, Joseph Helfrich a souhaité privilégier l’exportation de sa production, notamment en Allemagne, car le marché français était déjà occupé par d’autres groupes plus anciens. Rapidement, l’activité export représente logiquement plus de 75% du chiffre d’affaires et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Lancée en 1984, la marque « J.P. Chenet » est devenue un véritable best-seller mondial et près de 83 millions de bouteilles sont vendues dans 173 pays  chaque année. C’est la sixième vente mondiale, la première en Italie, en Autriche, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et même en Belgique où s’écoulent 3,5 millions de cols chaque année. Composée initialement d’un Cabernet Sauvignon Pays d’OC en rouge et d’un Colombard des Côtes de Gascogne en blanc, la gamme comprend aujourd’hui une vingtaine de références qui s’adaptent aux spécificités de chaque pays où elles sont vendues. Vendu en Belgique autour de 5 euros selon les enseignes, le J.P. Chenet Cabernet Syrah est en réalité, au-delà des préjugés, un vin très rond et épicé, facile à boire et d’une jolie fraîcheur. Accessible à tous, il peut être dégusté en toutes circonstances. Le rosé Grenache Cinsault est plutôt élégant et rafraichissant (à boire plutôt au plus fort de l’été) et le blanc Colombard Sauvignon fait quant à lui fureur en Flandres et représente la troisième vente de Chenet. Des versions « Réserve » (comprenez « boisées » existent également). Près de nonante millions de cols sont vendus chaque année. Incontournable donc. Vous trouverez J.P. Chenet dans tous les enseignes de la grande distribution, sauf Delhaize et Colruyt.

Cette véritable success story a été renforcée par la création en 1999 de « Grand Sud », une marque destinée avant tout au marché allemand avec une bouteille non pas de 75cl, mais bien d’un litre. Il s’agit ici d’une gamme de monocépages produite en collaboration avec des viticulteurs du Languedoc et de Gascogne. Ici aussi, on flirte avec les records. Le Grand Sud Merlot est la deuxième meilleure de vin français dans le monde ! Son style est gouleyant et pur, très riche en fruits rouges et surtout avec très peu de tannins, le vin ayant été élevé entièrement en cuves inox. Une version rosée de ce Merlot existe aussi, plus gourmand et plus rond que les rosés de Provence que l’on pourrait qualifier de « style allemand ». En bouche, de beaux agrumes, de la mandarine et de la pêche jaune, le tout avec une belle acidité et de la tension. Facile à ouvrir aussi, pas de bouchon mais une capsule à vis.

Contrairement à leurs voisins, les Belges ont plutôt opté pour le Grand Sud Chardonnay, très parfumé, équilibré et très accessible, avec un goût légèrement boisé. En grande distribution aussi (sauf Cora, Delhaize, Spar) autour de 5 euros.

Savoir-faire

Ces deux marques sont produites en France, le groupe GCF disposant de deux sites de production à la pointe de la technologie. Le plus récent se situe à Landiras, au sud-est de Bordeaux, et a une capacité de production de 170 millions de bouteilles et une cuverie de 250.000 hectolitres. Une des six chaînes d’embouteillage est dédiée au Crémant de Bordeaux, et trois autres aux bags-in-box produits à hauteur de 18 millions par an.

Dans le Nord, à Petersbach, fief historique de Joseph Helfrich, une usine ultra-moderne permet de sortir plus de 181 millions de bouteilles chaque année ainsi que 10 millions d’Isipack, de petites outres à vin (sans emballage cartonné) de 1,5 litre.

La pièce maîtresse de cet entrepôt est son « magasin grande hauteur » (également à Landiras), une immense structure autoportante de 100 mètres de long sur 30m de large et 40m de haut qui permet de stocker 21.000 palettes empilées sur 15 niveaux et 4 rangées. Quatre robots courent littéralement le long de la structure et déposent une ou plusieurs palettes de vins sur une des 26 machines auto-propulsées qui, à son tour, va les transférer dans l’un des trois bâtiments. D’une précision redoutable.