Marc Vanel
BORDEAUX
Mouton Cadet, le retour
Depuis quelques années, le style de l’une des plus célèbres marques de Bordeaux, Mouton Cadet, a été revu. Sa nouvelle directrice était à Eat! début septembre. Et elle est Belge…

Acheté en 1853 par le baron Nathaniel de Rothschild, le Château Mouton-Rothschild est situé à Pauillac, en plein coeur du Médoc. Repris par son arrière-petit-fils Philippe en 1922, le domaine va devenir en moins de 100 ans l’un des vins les plus prestigieux de France, sinon du monde. Chaque année, un artiste de renom en signe l’étiquette. La collection est remarquable.

En 1930, Philippe de Rothschild crée la marque Mouton Cadet, lui-même étant le cadet de la famille. “Il voulait, explique le directeur marketing actuel Sébastien Trezeux, rendre le vin de Bordeaux plus accessible, partager cette fierté avec le public le plus large possible. Le vin était alors élaboré avec les raisins des parcelles appartenant au château Mouton Rothschild, puis celle des voisins, puis des viticulteurs du Médoc, avant de s’élargir à tout le Bordelais.”

En 1988, au décès du baron, sa fille Philippine de Rothschild abandonne sa carrière de comédienne pour reprendre le flambeau. Elle poursuit l’internationalisation de Mouton Cadet qui est aujourd’hui diffusé dans plus de 150 pays. “Onze millions de bouteilles de Mouton Cadet sont vendues dans le monde chaque année, poursuit M. Trezeux, dont 3,5 millions en France. J’aime à dire que l’on en vend une bouteille tous les trois secondes…”

Merlot à la hausse

En 2004, un changement de style s’amorce. Les vins ne sont plus achetés en vrac chez d’autres viticulteurs et de véritables contrats sont progressivement mis en place pour mieux sélectionner les parcelles qui vont fournir le raisin de base. Sous l’impulsion de la baronne Philippine, les oenologues de Mouton Cadet vont progressivement changer la composition du vin pour le rendre plus fruité, plus facile à boire et surtout accessible.

L’assemblage de cépages de Mouton Cadet est typiquement bordelais : Merlot, Cabernet sauvignon et Cabernet franc. Au fil des années, le Merlot a pris de plus en plus de place. De 40% au lancement de la marque, il représente en 2016 près de 83% ! « Nous avons mené un vaste travail pendant deux ans, sous la supervision de notre oenologue principal Pierre Lambert qui a réalisé déjà 40 millésimes de Mouton Cadet, explique le directeur marketing. Nous avons sélectionné les vins les plus populaires dans le monde pour en analyser le goût. Cela nous a incité à donner encore plus de rondeur à notre vin. Nous avons aussi élargi notre approvisionnement aux vins des Côtes de Bordeaux qui représentent près de 45% des apports aujourd’hui, ce changement de terroirs a aussi modifié le goût de notre vin.”

Le groupe a signé des partenariats couvrant 1500 hectares de vignes qui sont visités tous les jours par nos oeonologues. Car, au contraire de certains négociants qui achètent les raisins pour les vinifier chez eux, ceux-ci le sont par les partenaires eux-même dans leur propre chai sous la supervision des équipes du groupe BPR. Une fois les vins prêts, ils sont transférés à au Centre vinicole Mouton Cadet à Saint-Laurent-Médoc pour être assemblés et vieillir en barriques pendant 18 mois, contre 12 mois auparavant, une autre nouveauté. Depuis 2015, la troisième génération a pris la relève, avec les trois enfants de la baronne Philippine: Camille et Philippe Sereys de Rothschild et Julien de Beaumarchais, c’est “Mouton Cadet 3.0”.

Une directrice belge

Depuis le 22 janvier de cette année, la Belge Véronique Hombroeckx est directrice générale des Marques du groupe Baron Philippe de Rothschild (qui possède d’autres marques, notamment au Chili), nous l’avons rencontrée sur le stand Mouton Cadet à eat BRUSSELS, drink BORDEAUX qui s’est déroulé d’abut septembre dans le Parc de Bruxelles. Sa carrière s’est faite ces trente dernières années entre Bruxelles et Zürich, dans des sociétés aussi différentes que Carrefour (GB à l’époque), Douwe Egberts ou Mondelèz (Kraft, Milka, Côte d’Or, etc.).

“J’ai toujours rêvé de faire des études d’oenologie, explique-t-elle, mais je n’en ai jamais eu le temps. Aujourd’hui, j’espère apporter mon expertise dans la gestion des projets du groupe. Ma priorité va être de rationaliser, d’harmoniser le packaging et de restructurer la gamme pour mieux travailler selon les besoins de consommation. Nous voulons offrir des vins abordables aux “millenials” (la fameuse Génération Y née entre 1980 et 2000 – ndlr) qui sont les consommateurs de demain, rendre les vins encore plus abordables, notamment le rosé. La France est notre vitrine et notre tradition, poursuit Véronique Hombroekx, notre expansion se fera plutôt à l’étranger, l’Asie et les Etats-Unis sont deux priorités.”

Composée d’un blanc, un rosé, d’un rouge et d’un rouge réserve, la gamme de base de Mouton Cadet est très bien diffusée en Belgique, dans la grande distribution, à des prix autour de 10-12 euros. Il existe aussi des Mouton Cadet d’appellation Médoc, Pauillac, Graves, etc., pour ne citer que ces trois exemples, mais il ne sont pas diffusés chez nous. En France, ils se retrouvent essentiellement dans la restauration et chez les cavistes, soit l’exact inverse de chez nous. Enfin, un Mouton Cadet Vintage vient de sortir et pour l’occasion, la première étiquette d’origine a été reproduite.