Divers
Cépages dans le monde : qui cultive quoi et où ?
Réalisé au début de cette année par l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin – OIV, un rapport dresse l’état des lieux de la vigne dans le monde et surtout la répartition des cépages sur la période 2000-2015. En voici les grandes lignes.

Ce rapport porte sur toutes les variétés, que celles-ci soient utilisées faire du vin (les raisins de cuve) ou destinées à être mangées (les raisins de table, y compris les raisins secs) ou parfois les deux. Si l’on dénombre quelque 10.000 variétés de vigne dans le monde, l’OIV a calculé que 13 d’entre elles seulement couvrent plus qu’un tiers de la superficie viticole mondiale et que 33 variétés en couvrent 50 %. Certaines sont présentes dans de nombreux pays, ce sont les « variétés internationales » telles que le Cabernet Sauvignon, le Merlot, le Chardonnay ou le Sauvignon. A lui seul, le Cabernet sauvignon représente 5% des surfaces du vignoble mondial.

« L’encépagement mondial a été fortement modifié au cours des 15 dernières années, relève l’OIV, en raison de l’arrachage de vignobles et de restructurations. En effet, certaines variétés à forte production, ne correspondant plus aux goûts des consommateurs ni aux marchés, ont connu une diminution importante de leurs surfaces. Sur les 10 dernières années l’évolution des superficies du vignoble mondial est principalement liée à la combinaison de l’arrachage et de la restructuration du vignoble communautaire et à la croissance globale nette des vignobles sur les autres continents. » La superficie mondiale de vignes a quant à elle baissé de 3% depuis 2010. Il s’agit bien sûr d’une moyenne, car des pays comme l’Espagne ont perdu 10% de leur vignoble depuis dix ans tandis que la Chine a augmenté le sien de plus de 177% depuis 2000.

Diversité

Sans entrer dans les détails, rappelons que les variétés de vignes sont rassemblées dans le genre Vitis qui comporte près de 80 espèces réparties dans les zones tempérées et subtropicales du monde. Vitis comporte deux sous-genres : Vitis Muscadinia (dont M. rotundifolia en Amérique du Nord) et Euvitis, auquel appartiennent la majeure partie des vignes cultivées. On y retrouve trois grands groupes : le groupe américain (20 espèces dont V. berlandieri, V. riparia et V. rupestris) qui a fourni les porte-greffes permettant la reconstruction du vignoble après le phylloxéra, le groupe d’Asie orientale (moins important pour la viticulture) et le groupe eurasiatique constitué d’une seule espèce, Vitis vinifera, qui réunit la plupart des variétés de Vitis cultivées dans le monde. Les vignes sauvages sont par ailleurs réunies dans la sous-espèce sylvestris (ou lambrusque).

« Le genre Vitis présente aujourd’hui une large diversité génétique, précise l’OIV, au travers de plusieurs milliers de variétés. Le catalogue international des variétés Vitis recense 21.045 noms de variétés parmi lesquelles 12.250 pour V. vinifera, mais il existe un nombre non-négligeable de synonymes et d’homonymes. Aussi, le nombre de cépages dans le monde est estimé à 6.000 pour la seule espèce V. vinifera. »

  • Au pied de la roche de Solutré

A table

Les variétés de raisins de table ou destinées à la production de raisins secs sont peu connues du grand public. Pourtant, trois d’entre elles occupent le TOP13 des cépages les plus plantés dans le monde, dont la première place avec le Kyoho, plantés sur 365.000 hectares principalement en Chine (90%), mais aussi en Corée du Sud, en Thaïlande ou au Japon dont il est originaire. Ses grains sont de couleur violette, très gros (12 à 14 gr) et leur teneur en sucre est élevée.

La Sultanina (ou Sultanine) est 3e au Top 13 avec 273.000ha. Cette variété blanche très ancienne trouve son origine en Afghanistan. Ses baies sont petites et parfaites pour la production de raisins secs (surtout au Moyen-Orient et en Asie centrale), elle est aussi utilisée pour produire du vin en Turquie ou aux Etats-Unis, ou pour la distillation d’eau-de-vie, notamment le Raki. C’est aussi la première variété sans pépins cultivée dans le monde. Ses synonymes les plus connus sont Thompson Seedless et Kishmish.

Enfin, le Red Globe complète ce trio avec quelque 165 000 ha, principalement en Chine, mais aussi aux États-Unis, dans le sud de l’Europe, en Afrique du sud ou en Amérique latine.

Dans la cuve : en rouge…

Dans les variétés destinées à la production de vin rouge, le Cabernet sauvignon trône largement en tête avec 341.000 hectares répartis un peu partout dans le monde, où il est souvent assemblé avec le Merlot, le Cabernet franc, le Malbec ou le Petit Verdot, comme c’est le cas à Bordeaux (voir notre dossier par ailleurs). Deuxième cépage planté, il est surtout cultivé en France, en Chine, au Chili, aux États-Unis, en Australie, en Espagne, en Argentine, en Italie et en Afrique du Sud.

Largement popularisé par la qualité et la notoriété des vins de Bordeaux, le Merlot est en 4e place de ce TOP13 avec 266.000 ha dans 37 pays. Il donne des vins fruités, structurés et colorés, il apporte de la rondeur dans les assemblages.

Au cinquième rang des variétés les plus présentes dans le monde, le Tempranillo avec 231.000 hectares dont 88% en Espagne. Il donne des vins colorés, parfois alcoolisés et de faible acidité dans les zones trop chaudes. Dans le nord de l’Espagne (Rioja et Valdepenas), il peut donner grands vins. Vega Sicilia ou Pingus en sont la meilleure preuve.

Toujours dans les rouges, la Syrah occupe la 8e place du TOP13 (190.000 ha), la Garnacha Tinta/Grenache noir la 10e (163.000 ha majoritairement en Espagne et en France) et le Pinot noir/Blauer Burgunder la 12e (112.000 hectares).

Et en blanc

Dans les variétés blanches, en 6e place du Top13, on trouve en tête des cépages de cuve, l’Aíren (218.000ha), surtout planté dans son pays d’origine, l’Espagne, où il représente 22% du vignoble ! Il produit des vins blancs de faible acidité et est souvent assemblé avec d’autres variétés. On le distille également, c’est d’ailleurs la raison de sa popularité, pour produire le fameux Brandy espagnol.

Il est suivi sans surprise du Chardonnay (210.000ha dans 41 pays), le Sauvignon blanc (123.000ha) et l’Ugni blanc/Trebbiano Toscano (111.000ha), ce dernier est destiné en France à la production de Cognac et d’Armagnac.

Les cinq plus importants producteurs

Le rapport de l’OIV établit aussi le classement des 15 pays ayant plus de 65.000 hectares de superficie viticole. Cinq pays caracolent en tête.

L’Espagne, tout d’abord avec 974.000 ha où Aíren et Tempranillo occupent presque la moitié, avec une forte progression du Tempranillo. En numéro 2, grâce à sa production de raisins de table qui représente 2/3 de son vignoble la Chine (830.000 ha). Le Cabernet sauvignon est en progression mais n’occupe encore que 7,2% du vignoble. N°3 : la France avec 806.000 hectares dont un tiers est occupé par trois variétés : Merlot (plus de 100 000 ha), Ugni blanc et Grenache noir. Les variétés qui ont enregistré la plus grande croissance pendant les dernières années, note l’OIV, sont le Pinot noir, le Sauvignon Blanc, le Chardonnay et la Syrah. Etonnant : il y a plus de Carignan noir que de Pinot noir…

Troisième européen et n°4 mondial, l’Italie qui dispute régulièrement la 3e place à la France, du moins en termes de production. Les 10 variétés les plus présentes en Italie n’occupent que 38 % du vignoble de 382.000 hectares. Dans le trio de tête, Sangiovese, Montepulciano et Glera qui a augmenté de 25% ces 15 dernières années alors que le vignoble italien a régressé de 20%. Le Glera est le cépage de base du prosecco, son succès n’a donc rien d’étonnant.

En 5e place du classement mondial, les Etats-Unis avec 443.000 hectares où dominent Chardonnay et Cabernet sauvignon, le premier régresse tandis que le second progresse. Ici aussi beaucoup de raisins de table : la Sultanina occupe 14% du vignoble national. Souvent cité comme exemple de cépage américain, le Zinfandel ne représente que 4,3% des vignes.

  • Greffe du cépage sur le porte-greffes aux pépinières Bodon à Bordeaux

Entre 190 et 225.000ha

Passés ces cinq locomotives, les superficies chutent de plus de 200.000 hectares dans le classement. En Amérique du sud, l’Argentine est n°6 avec 225.000ha. Depuis plusieurs années, le vignoble argentin a évolué vers des cépages noirs plutôt que rosés, ceci explique l’explosion de la Syrah mais surtout du Malbec qui a presque doublé sa surface en 15 ans et représente maintenant 18 % des surfaces de vignes plantées.

Son voisin chilien le suit dans le classement avec moins de 10% de différence. Représentant plus de 20%, le Cabernet sauvignon domine largement les 214.000ha du vignoble argentins, son plus proche « concurrent » est le Sauvignon blanc qui ne représente que le tiers de celui-ci. Les variétés qui ont progressé le plus pendant les 15 dernières années sont la Syrah, le Sauvignon blanc et le Carmenère. Les superficies viticoles ont augmenté de 18% en 15 années, nul doute que le pays remonte de quelques places dans ce classement prochainement.

Juste en dessous de 200.000 hectares, le Portugal compte un grand nombre de variétés autochtones dont le Touriga nacional, le Castelão, l’Arinto, etc, mais c’est le Tempranillo qui tire le train avec 9% des surfaces, il est ici appelé Tinta Roriz ou Aragonêz. Avec 8000 hectares de moins, la Roumanie se classe 9e dans le classement mondial avec un vignoble aux cépages très divers, les trois principaux étant la Feteasca Regala, la Feteasca Alba et… le Merlot.

Entre 100 et 150.000 ha

Quatre pays ensuite avec des vignobles plus modestes mais avec des profils très différents. L’Australie tout d’abord (149.000ha) où trois cépages, la Syrah, le Cabernet Sauvignon et le Chardonnay couvrent presque 60 % de la superficie viticole totale. Ce n’est pas le cas en Afrique du Sud où les vignerons ont la chance de produire le Chenin blanc, cépage emblématique de la Loire, qui offre pourtant un profil aromatique très différent de son cousin français. La tendance suit celle des pays du Nouveau Monde avec un faible nombre de cépages occupant la majorité des surfaces. Le Pinotage, autre cépage typiquement sud-africain ne représente toutefois que 6% du vignoble.

Même tendance en Grèce mais avec des cépages autochtones. Le Savviatano, le Roditis et la Sultanina forment le tiers du vignoble. Pour le reste, des variétés comme l’Agiorgitiko, le Liatiko, le Xinomavro ou l’Assyrtiko donnent des vins au caractère unique et souvent savoureux. Ils ne sont toutefois que très peu plantés.

Enfin, l’Allemagne est le royaume incontesté du Riesling qui occupe le quart des surfaces, loin devant le Müller-Thurgau/Rivaner ou le Pinot noir/Blauer Burgonder. « À la différence des autres pays européens traditionnellement producteurs, relève le rapport de l’OIV, la surface du vignoble en Allemagne ne s’est pas réduite entre 2000 et 2015, et la composition du vignoble n’a pas changé sensiblement. »

Deux outsiders

Pour terminer ce top15 des pays producteurs, deux pays qui exploitent moins de 100.000 hectares de vignes mais qui montent : le Brésil et la Hongrie. La superficie du vignoble brésilien est en croissance depuis 2000. Près de 45% du vignoble sont constitués par seulement quatre variétés quasiment inconnues chez nous : Isabella, Niagara Rosada, Bordo et Italia… Enfin, la Hongrie est à elle seule un catalogue de cépages, elle en compte une quarantaine, où l’on trouve par exemple du Blaufrankisch (seule variété à plus de 10%), de la Bianca, du Cserzegi Fuszeres, la Grasevina ou le Furmint. Le vignoble compte 68.000 hectares mais la tendance est à la baisse.

Source : Organisation internationale de la Vigne et du Vin, « Distribution variétale du vignoble dans le monde », 2018, Paris, www.oiv.int