Marc Vanel
CHAMPAGNE
Champagnes de l’Aube : la finesse du blanc de noirs
Issus uniquement du cépage Pinot noir, les champagnes de l’Aube ont une saveur unique qui les place parmi les meilleurs.

Et si les nouvelles tendances du champagne venaient de l’Aube, ce territoire de 8000 hectares de vignes réparties sur 80 km de long le long de la Côte des Bar, entre Bar-sur-Seine et Bar-sur-Aube, dans le sud de la région ? Incarnée par les grandes marques et des maisons prestigieuses,  l’aire d’appellation « champagne » est surtout connue pour les vins produits sur la Côte des Blancs entre Epernay et Vertus. Le champagne est ici « blanc de blancs », c-à-d. uniquement produit avec du raisin blanc, le Chardonnay en l’occurrence. Ailleurs, sur la Montagne de Reims ou dans la Vallée de la Marne, le Chardonnay est complété par du Pinot noir et/ou du Pinot meunier pour réaliser des assemblages originaux.

Cent cinquante kilomètres plus bas, dans le département de l’Aube, se cache la quatrième région de production du champagne, la Côte des Bar (sans s), une région méconnue qui représente pourtant le quart de la production champenoise et dont les raisins ont longtemps servi à agrémenter les cuvées de la Marne. Son secret ? Le Pinot noir et un terroir composé de marnes jurassiques établies sur un calcaire du kimméridgien. La logique géologique aurait donc voulu que dans l’Aube, comme à Chablis, on plante du Chardonnay, pourtant c’est le Pinot noir qui s’est enraciné, surtout ces 60 dernières années.

Redécouverte du terroir

Grâce au climat, le Pinot noir prend ici toute son ampleur, donnant des vins originaux, mûrs, structurés, minéraux et vineux à la fois, appelant le plus souvent à la gastronomie. Au moment du pressage, les jus ne restent pas en contact avec les peaux des raisins et le jus reste donc blanc. Cette richesse du raisin a permis l’émergence de champagnes « brut nature », c’est-à-dire sans ajout de sucre au moment de leur bouchonnage, à la fin d’un long élevage sur lattes, de parfois plus de trois ans. Dans l’Aube, on produit aussi deux autres appellations spécifiques : le Rosé des Riceys et les « Coteaux champenois »., des vins blancs et rouges tranquilles.

L’environnement d’abord

Aujourd’hui, vu les enjeux environnementaux et de santé, nombreux sont les producteurs qui ont opté pour des pratiques limitant au maximum les intrants. Non loin d’Essoyes, patrie de Renoir, le domaine Ruppert-Leroy, par exemple, est mené en biodynamie par Bénédicte Ruppert et Emmanuel Leroy depuis 2009. Tous leurs champagnes sont travaillés avec les levures indigènes, sans dosage et sans soufre du tout.  Les vins sont directs, avec une minéralité persistante. Le Fosse-Grely (50 Pinot noir et 50 Chardonnay) est le plus élégant de leur gamme, tout en finesse crémeuse. Vente en Belgique via finebubbles.be.

 

  • Dans le chai de Ruppert-Leroy

Dans le village voisin de Balnot-sur-Laignes, Richard Boyer (35 ans), très souvent présent dans les salons de vins en Belgique, a repris l’entreprise de son père et a opté pour le label Terra Vitis qui s’appuie sur les trois piliers du développement durable : l’environnement, le social et l’économie. Importation : www.lachaveeardenne.be (Namur).

Sur la rive droite de la Seine, à Ville-sur-Arce, chez Rémy-Massin, pas d’herbicide dans ce domaine certifié HVE (haute valeur environnementale), la culture est raisonnée, la biodiversité gérée et les eaux de pluie récupérées. Parmi les cuvées de la maison, « Louis-Aristide » est élaborée en solera, c’est-à-dire à partir d’un mélange d’années dans la même barrique, dont la plus ancienne est 1995. Le résultat est riche et remarquable. Importation : Luc De Smedt (Lebbeke).

Mais la locomotive de l’Aube est sans conteste le champagne Drappier, à Urville, déjà présenté sur ce site. Formé en Bourgogne, Michel Drappier rejoint le domaine de ses parents à la fin des années 70 et, après 1989, opère un virage vers le bio et le durable. Un travail de recherche a progressivement amené le vigneron à n’utiliser que très peu, voire pas du tout, de soufre ou de bois, et de doser les vins le moins possible. Pour ne pas « empoisonner les prochaines générations », Drappier essaie aussi de faire « le plus propre possible ». Cette exploitation viticole est la première à être certifiée « carbone neutre » en Champagne, elle produit 60% de son électricité et espère en produire 100% très rapidement. Découvrez « Carte d’Or », le Rosé, « Charles de Gaulle », « La Grande Sendrée » ou « Quatuor » : la gamme est très complète et quasiment sans reproche. Chez tous les bons cavistes belges.

  • Geoffrey Boulachin, un champagne à découvrir!
  • Anne-Laure Beerens et son compagnon Olivier Desfossé

Issu d’une famille implantée à Arrentières au début du XIXe siècle, Geoffrey Boulachin gère aujourd’hui la cave familiale. Avec des vins 100% Pinot noir, des bruts nature et un dosage moindre, Geoffrey offre un mixte entre ce qui est atypique et ce qui se vend. C’est aussi l’un des rares à produire du Pinot Meunier. D’un excellent rapport qualité/prix, sa gamme est importée par « Du vin etc. » à Chaudfontaine et « Planet Vin » à La Louvière.

Enfin, clôturons cette exploration avec le champagne Albert Beerens, un domaine familal, détenu par les Beerens depuis 1862. Après le décès de son père, Anne-Laure Beerens, dont la grand-mère maternelle est Belge, a repris l’exploitation avec son compagnon Olivier Desfossé et a monté une équipe de six personnes. Une nouvelle cave semi-souterraine et un nouveau chai ont été construits à Arrentières en 2012 et permettent la production annuelle de 40.000 bouteilles avec sept hectares de vignes sur quatre crus et avec quatre cépages. On trouve en effet un peu de Pinot blanc chez Beerens qui fait surtout la part belle au Pinot Meunier que l’on retrouve dans tous les vins entre 10 et 30%, sauf dans le Brut blanc de blancs. Le domaine commence enfin à être distribué en Belgique, ce n’est que justice.