Marc Vanel
Personalia
Profession: acheteur vins
Savez-vous qui se cache derrière le choix des vins dans votre supermarché Carrefour ?

Trente ans de maison dont dix au service du vin: Francis Lerminiaux est le “monsieur vin” de l’enseigne Carrefour. Diplômé de l’Ecole hôtelière Saint-Joseph à La Louvière, il débute en 1988 le premier jour de ses 18 ans au rayon “Traiteur” avant de gravir les échelons et de devenir chef de rayon, puis directeur du GB d’Anderlues et enfin d’atterrir à Bruxelles. Le vin était à l’époque sélectionné par André Gigantelli qui l’avait repéré dans ses dégustations et qui, au moment de prendre sa retraite, le proposa à la direction pour lui succéder. Aujourd’hui, Francis Lerminiaux est “Category Manager” et gère tout ce qui est “liquide”, en duo avec Benoît Couderé tout récemment arrivé et plus orienté vers les vins hors France.

“Le job reprend bien sûr le rôle d’acheteur, explique-t-il, mais c’est bien plus large et complet que cela. Je suis responsable en fait de l’entièreté du processus qui englobe l’offre, la négociation des prix, la qualité, le marketing ou encore la réalisation des folders. Chaque année, nous avons des dégustations avec les responsables de Carrefour France afin de massifier les achats et d’obtenir de meilleures conditions. Pour le reste, je suis libre de développer un assortiment différent en Belgique. Par exemple, c’est moi qui ai intégré la Belgique dans l’offre bio.”

2000 références

Une fois les vins choisis, ceux-ci sont répartis dans les magasins en fonction des spécificités régionales. “Le nord du pays est plus Bourgogne et le sud plus Alsace, poursuit-il. Avec quelques ‘micro-régionalités’, on trouve ainsi à Hasselt un important assortiment des vins du sud de l’Italie”. Pareil pour les pays et les provenances : les Wallons préfèrent les vins français et les Flamands les vins du Nouveau Monde. “Cela dépend aussi de la taille des magasins, pour les Carrefour express tout comme les ‘Hyper’ et les ‘Market’, je dispose de 20 rayons différents, avec des rayons d’un ou deux mètres de large.”

Chaque année, Francis Lerminiaux plonge dans un catalogue de 2000 vins pour en choisir 700 pour les plus grands magasins et 500 dans les anciens Mestdagh. Le prix moyen de vente d’une bouteille est entre 4 et 5 euros, mais cette moyenne ne comprend pas les Grands Crus bordelais que Francis affectionne fortement. “J’achète beaucoup en Primeurs, j’essaie de respecter les tendances du marché. Le reste de l’année, je visite bien sûr des foires et des salons, mais la majorité des vins sont choisis directement dans le vignoble où je me rends minimum une fois par moi.”

Dégustateur infatigable, Francis Lerminiaux y participe depuis sept ou huit ans au Concours mondial de Bruxelles. “Déguster encore et toujours. En tant que distributeur, je dois assurer que les médailles décernées sont bien crédibles afin de ne pas flouer les clients au magasin.” Son nez affiné lui a même valu le titre de “juré référent” en 2016.

Ses meilleures ventes? Le Grand Verdus, un bordeaux générique à 6 euros, “une valeur sûre avec une production constante, c’est important”. Son vin favori? Le Cos d’Estournel qu’il choisit chaque année. Ses coups de coeur? “J’essaie d’associer bon produit, qualité technique et sanitaire du domaine, histoire et respect de la nature et des hommes. Le domaine de l’Harmas, en Côtes du Rhône et Châteauneuf, illustre parfaitement cela. Plus que le travail de l’homme, il a une vraie identité, c’est ce que je préfère.”

Belges sans frontières

Mais Lerminiaux soutient aussi ses compatriotes. Il a créé voici plusieurs années le label “Vignerons belges” qui rassemble des vins faits par des Belges en France, en Italie ou en Espagne. “Ce label, c’est typiquement la patte de l’acteur, exprime-t-il avec fierté, donner l’impulsion à quelque chose qui va bien donner. Parmi ces histoires familiales de Belges expatriés, j’apprécie tout particulièrement celle de la famille Choquet, originaire de la région de Charleroi, qui fait un magnifique Clairet, Les Ormes de Lagrange”.