Thierry Heins
Spirits blog
Le baijiu, une affaire de « qu »!
Réalisé en Chine et distillé à base de grains, le baijiu est savouré avec un rituel quasi inchangé depuis des siècles. Visite de la distillerie Fenjiu, dans la province centrale de Shanxi où nous avons assisté à la préparation du « qu » (prononcez « choo »).

Boisson incontournable de toutes les fêtes et évènements qui rythment la société chinoise, le baijiu est également la première catégorie de spiritueux dans le monde: on estime sa production entre 9 et 12 milliards de litres, un océan ! Son mode d’élaboration repose sur la fermentation et la distillation du sorgho – une céréale largement cultivée à travers la Chine – mais d’autres céréales  telles que le riz, le blé ou le maïs peuvent entrer dans sa recette.

Une étape très particulière intervient dans la fabrication, la préparation du « qu » (cela se prononce « choo »). C’est une étape primordiale à la saccharification et la fermentation du sorgho. Les grains de sorgho sont riches en amidon, mais pauvres en sucres simples, seules sources que les levures peuvent transformer en alcool. Il faut donc en premier lieu « saccharifier » (couper)  les longues chaines d’amylose et d’amylopectine de l’amidon pour obtenir les sucres  simples.

Dans nos distilleries et brasseries, la saccharification est le résultat du processus de maltage (germination) de l’orge au cours duquel des enzymes dénommés amylases sont produits naturellement par le grain et ensuite activées à leur température optimale lors de l’empâtage du brassin. Le sorgho n’est pas malté, mais les Chinois ont mis au point cette technique du « qu » pour libérer les sucres fermentescibles.

Qu’est-ce que le « qu » ?

Dans la province centrale de Shanxi, réputée pour sa production de baijiu aux arômes légers, les producteurs préparent un mélange de blé, de pois et d’eau, pour fabriquer des sortes de briques, qu’ils exposent ensuite à des conditions d’humidité et de température particulières. Sur ce milieu très riche vont se développer rapidement  des moisissures et des bactéries naturellement présentes dans l’air. Les briques sont ensuite broyées et la poudre de « qu » est inoculée sur la préparation de sorgho frais. Ce sont ces bactéries et moisissures qui libèrent les sucres, pendant l’étape de fermentation. Saccharification et fermentation se passent conjointement.

La production du « qu » chez Fenjiu

Fenjiu est le leader incontesté des baijius aux arômes légers, J’ai pu visiter les installations de production, situées à Fenyang,  elles occupent un site de 4ha et donnent du travail à plus de 10.000 personnes. A côté des 12 lignes d’embouteillage ultramodernes d’une capacité de 12.000 bouteilles par heure et par ligne (c’est dire le volume produit), de gigantesques entrepôts de stockage totalement automatisés, de laboratoires full-équipés (spectrophomètre de masse…), la production même du baijiu est restée très artisanale.

Le « qu » est produit dans une multitude de bâtiments rectangulaires, dont l’atmosphère – température et humidité –  est plus ou moins contrôlée par ouverture ou fermeture des fenêtres.  Les briques fraichement moulées sont posées en couches successives séparées par des tiges de bambou pour permettre la circulation d’air. Pendant 3-4 jours, elles sont recouvertes de nattes pour maintenir l’humidité favorable à leur inoculation naturelle. Elles sont ensuite séchées à 40°C et stockées/maturées 5-6 mois dans des abris exposés à l’air. Des odeurs très agréables de pois, de levain, de pain frais se dégagent des briques de « qu ».

 

Les briques sont recouvertes de nattes pour préserver l’humidité et permettre le développement des bactéries et champignons

Le sorgho frais humidifié est inoculé avec la poudre de brique et fermente dans des jarres de 0,45 mètre cube enterrées pendant 3-4 semaines. Saccharification et fermentation opèrent conjointement en phase semi-solide. Le « marc » fermenté est récupéré, mélangé à du son pour être distillé.

Le sorgho est inoculé et humidifié dans la « casserole » de l’alambic, avant d’être fermenté dans les jarres. 

Les jarres de fermentation enterrées – Baijus style arômes légers

Les meilleurs fenjius peuvent maturer dans des jarres pendant plusieurs années, avant d’être réduits et mis en bouteille. Ce sont des spiritueux d’une grande complexité, élégants, d’une grande pureté, et méritent l’attention des acteurs du monde des spiritueux et des consommateurs.