Thierry Heins
Spirits blog
Les spiritueux bio, une tendance qui se fait populaire !
Le consommateur est de plus en plus attentif aux méthodes de production, il se sent de plus en plus concerné par les pratiques agricoles durables qui respectent le sol et la biodiversité. Aussi dans les spiritueux.

C’est une réalité, le consommateur veut aujourd’hui mieux savoir ce qu’il mange et ce qu’il boit, d’où cela vient, et recherche une nourriture plus saine. L’offre de produits bios s’étoffe de jour en jour dans les supermarchés et les magasins de détail, et c’est le seul secteur de l’alimentation qui enregistre une croissance.

Le prestigieux Concours Mondial de Bruxelles qui évalue à l’aveugle les vins et spiritueux de la planète témoigne de ces changements. Dans un contexte de demande grandissante pour des vins et spiritueux respectueux de l’environnement, et élaborés selon des principes durables, le Concours Mondial de Bruxelles a trouvé pertinent de mettre en valeur les efforts accomplis par ces producteurs soucieux d’élaborer de bons produits différemment.

Les vins biologiques et biodynamiques enregistrent une croissance nette dans le concours 2018, avec près de 60 % d’augmentation par rapport à l’année dernière, représentant 12% des 9180 échantillons qui seront évalués le mois prochain.
Les spiritueux n’échappent pas à la tendance. Le jury du Spirits Selection by Concours Mondial de Bruxelles décerne depuis 2017 un trophée au meilleur spiritueux « certifié bio ». L’année dernière, le concours a récompensé la vodka Ekiss du producteur de Cognac ABK6 élaborée à partir de blé bio cultivé en Camargue.

Contrairement aux vins, les spiritueux sont obtenus par distillation d’un jus fermenté (canne, raisin, grain). Les adversaires des spiritueux bios vous diront que la distillation élimine les résidus de pesticides. Est-il donc pertinent de privilégier les spiritueux certifiés bio dans notre panier d’achats ?

 

Préserver le sol, la faune et la flore

Guérir la terre pour nourrir les hommes est un principal fondamental de l’agriculture biologique. La démarche des producteurs face une agriculture industrielle qui a montré ses limites est de revenir à des fondamentaux respectueux de la nature et de la santé des consommateurs. Tous cherchent à recréer des écosystèmes productifs et économes en ressources, en prenant la nature comme modèle. Ils mettent en place des pratiques agricoles qui respectent le sol, la faune et la flore.

L’agriculture industrielle a profondément changé l’aspect de nos campagnes et le sol est devenu un simple support pour les plantes, les éléments nutritifs étant apportés par des intrants issus des énergies fossiles. Les sols se meurent comme l’attestent de nombreuses analyses pratiquées sur les sols par Claude Bourguignon, éminent spécialiste de la question. Sur ces sols fragilisés, les plantes sont devenues de plus en plus sensibles, et le recours à de nombreux pesticides est nécessaire pour soigner les plantes et garantir la récolte. Conséquence de ces pratiques, les produits que nous consommons sont contaminés par des résidus de pesticides et les produits ont perdu une bonne partie de leurs principes nutritifs.

En pratiquant une agriculture basée sur un sol vivant, les plantes peuvent exprimer davantage les qualités de leur terroir. Le mot « terroir » recouvre un ensemble complexe comprenant un climat, une géologie, une topographie et un sol. L’homme occupe une place fondamentale dans l’expression du terroir. Il adapte la plante (céréale, vigne, canne à sucre,…) aux conditions existantes en identifiant des variétés adaptées au sol, à la topographie, au climat, aux maladies, et au processus de transformation des matières premières…

 

Les spiritueux bio sont-ils meilleurs ?

Il est bien difficile de répondre à cette question. On ne peut pas dire que les spiritueux bio sont meilleurs ou moins bons que les conventionnels, ils sont tout aussi primés lors de concours de dégustation à l’aveugle. En fait il faudrait un sacré nez et un sacré palais ! Le savoir faire du distillateur et du master blender ont une influence tout aussi importante sur les qualités aromatiques et gustatives des spiritueux. Et si certains constituants sont présents dans les produits bios, ils ne sont pas toujours détectables à la dégustation. La question reste donc ouverte.

Et les résidus de pesticides ?

Aucune étude scientifique n’a encore été menée pour savoir si les résidus de pesticides disparaissent ou se concentrent lors des processus de distillation. Les adversaires des spiritueux bio soutiennent qu’ils seraient éliminés, mais c’est une réponse probablement un peu simpliste. La distillation a pour objectif de séparer l’alcool de l’eau, mais d’autres molécules sont entrainées avec les vapeurs d’alcool en fonction de leur poids moléculaire et de la technique de distillation (alambic, colonne, température de chauffe, redistillation…).

Faute de preuve, on peut douter que les pesticides échapperaient à cette règle. Probablement, certaines molécules sont éliminées, et d’autres se retrouvent dans le moût en fonction du facteur de concentration. Notons que le Bureau national interprofessionnel du Cognac a émis une liste rouge de pesticides qu’ils recommandent aux producteurs de ne plus utiliser. Peut on penser qu’ils en ont retrouvé dans les distillats ? Et qu’en est-il de la liste verte ? Chacun se fera sa propre opinion.
La liste des produits de traitement en agriculture bio est restrictive. Parmi les insecticides, le pyrèthre est un des rares insecticides naturels autorisés. Il est photosensible et dégradé en quelques jours. Il ne se retrouve donc pas dans les jus fermentés.

Les externalités positives des spiritueux bios

Si on ne peut pas à l’heure actuelle affirmer que les spiritueux bio sont plus sains ou meilleurs que les spiritueux conventionnels, saluons la démarche de tous ces producteurs qui souhaitent avant tout renouer avec une agriculture raisonnée, en protégeant la faune et la flore, ainsi que leur propre santé et celle des consommateurs. Sinon, on achète pour la cause. On achète pour se soucier de l’environnement. On achète pour encourager ce mouvement. Et soulignons que dans les pays scandinaves et le nord des Etats Unis, les spiritueux bios sont devenus également un élément marketing différenciant.

 

Quelle est l’offre des spiritueux bios ?

On retrouve des spiritueux bios dans toutes les catégories.

L’un des pionniers dans l’univers des spiritueux bio est sans conteste l’excellent scotch Benromach Organic. Lorsque ce dernier fut lancé, en 2006, il était alors unique. Aucun autre spiritueux n’avait reçu le support et la certification de l’UK Soil Association. Tout est contrôlé dans le processus. L’orge, le maltage, la fermentation, la distillation et même l’embouteillage. De plus, pour rendre l’exercice encore plus «environnemental», Benromach utilise des barriques de chêne américain neuves dont le bois provient de forêt durables.

En cognac, nous avons recensé une dizaine de producteurs , dont les excellents cognacs de Mery-Melrose, Decroix, de la distillerie du Peyrat, de Jean Pasquet… C’est en 1998 que Jean Pasquet obtient sa certification « Agriculture Biologique », il commercialise actuellement trois cognacs bio, dont un quatre ans, un sept ans ainsi qu’un dix ans.

En calvados, on citera le domaine de la Galotière, ainsi que le domaine de la Flaguerie.

Pour les rhums, l’offre est pour l’instant plus restrictive. Saluons l’initiative de la distillerie martiniquaise Neisson qui a lancé le rhum agricole Esprit Bio 66%. D’autant plus que la canne est une culture tropicale difficile à mener suite aux conditions de chaleur et d’humidité qui favorisent les maladies. On citera aussi le rhum Papagayo du Paraguay.

En Belgique, la distillerie belge Radermacher commercialise sous la marque 1836 un gin, un rhum et une vodka bio, ainsi que les vermouths Maître Pierre.
A consommer avec modération, tout comme les spiritueux conventionnels.