Marc Vanel
BORDEAUX
Bordeaux 2017: la réconciliation?
La Semaine des Primeurs s'est déroulée du 9 au 13 avril dernier à Bordeaux. Chaque appellation a présenté son millésime, un premier bilan se dessine.

Chaque année à la même époque, se déroulent à Bordeaux, les Primeurs. Le principe est simple et compliqué à fois: les acheteurs et professionnels du vin dégustent les vins de 2017 qui démarrent leur élevage et qui, pour la plupart, ne seront pas sur le marché avant 2019, voire plus tard. Le but est donc pour les négociants de repérer les vins avec la meilleure qualité et le plus grand potentiel gustatif. Mais aussi de faire de bonnes affaires en achetant aujourd’hui des vins dont le prix risque de doubler, sinon plus, d’ici leur sortie. L’exercice n’est pas simple, car on déguste un “bébé” dont il convient de juger l’équilibre général bien plus que ses saveurs actuelles. Rien de moins évident, direz-vous, mais s’il est normal que ces vins primeurs sont très tanniques, si celui-ci n’a aucun fruit, il y a toutefois peu de chance que cela s’améliore d’ici un an ou deux. Quoique, rien n’est joué. Toute la difficulté d’appréciation est là.

 

La dégustation de l’AOC Pessac-Léognan au château Larrivet Haut Brion à Léognan – © Vanel

 

Des conditions climatiques difficiles

L’un des facteurs majeurs du millésime 2017 est évidemment le temps qu’il a fait tout au long de l’année et de ce point de vue, 2017 fut une année plus que difficile. Avec des températures douces en décembre 2016 et très froides en janvier 2017, l’hiver fut très sec, avec un déficit en eau peu favorable aux premiers développements de la vigne. Léger mieux en avril, mais les 20 et 21 avril, puis les 27 et 28, deux épisodes de gel frappent durement le vignoble bordelais, anéantissant chez bon nombre de vignerons, entre 20 et 100% des vignes en fleur, sauf celles qui se trouvent à proximité de l’estuaire de la Gironde dans le Médoc. Saint-Emilion est durement frappé.

Dans ces circonstances, les parcelles de Merlot trinquent plus que celles de Cabernet, ce qui va avoir un impact immédiat sur l’assemblage traditionnel des vins de Bordeaux. Les conditions sont moyennes à mauvaises les mois suivants, avec peu d’amplitudes thermiques. Vu la sécheresse, nombreux sont les vignerons qui songent à des vendanges précoces à la mi-septembre pour récolter des raisins riches en sucres, mais les pluies du début du mois remettent tout en question et bousculent le calendrier. Certains ramassent, d’autres attendent le retour du beau temps.

Le tout donne donc un millésime plus que contrasté, où certains ont tout perdu ou n’ont pas assez de quantités pour présenter des vins dans les deux couleurs. Selon les appellations, les vignerons doivent donc travailler avec des raisins parfois à la limite de la maturité, voire verts, ou des raisins très mûrs. Un tri rigoureux s’impose et il ne faut surtout pas pousser l’extraction (c’est-à-dire ne pas laisser les jus trop longtemps en contact avec les peaux) et surtout veiller à choisir les barriques les mieux adaptées pour ne pas écraser le fruit par le bois.

Que retenir?

De l’avis général, 2017 se situe au niveau de 2014, et clairement en dessous de 2015 et 2016. Pourtant une chose est certaine, malgré les circonstances, les quantités récoltées sont de belle qualité et les vignerons se sont attachés à préserver au mieux le fruit de leurs vins Ce seront donc des vins à boire plus rapidement que dans d’autres millésimes, même si parfois hétérogènes. Si l’on considère que l’amateur qui n’a pas toujours envie d’attendre dix ans pour ouvrir une bouteille de son château favori, c’est plutôt une bonne nouvelle. Et 2017 pourrait donc bien être un millésime de réconciliation.

> Toutes nos notes de dégustation seront publiées en mai.