Baudouin Havaux
ESPAGNE
Le vin dans les îles Canaries
Les Canaries, comme les Baléares, comptent parmi les lieux touristiques les plus prisés d’Espagne. Si les touristes y viennent plutôt pour ses plages et son climat que pour ses vins, les vignobles historiques ne sont pas dénués d’intérêt.

Les Canaries ne semblent pas à première vue être une région propice à la culture de la vigne. Les sols sont arides, les vents sahariens abrasifs, la sécheresse permanente, et pourtant grâce au travail tenace de nombreuses générations de vignerons, certains cépages ont réussi à s’acclimater à ces conditions adverses. La culture de la vigne y remonte même au XVe.

Les îles Canaries étaient le poste le plus avancé où les navires espagnols qui partaient ou revenaient du Nouveau Monde, se réapprovisionnaient de plantes et de fruits exotiques mais aussi de vin produit sur l’île, le « canary sack ». Comme plusieurs autres îles à vocation vinicole et grâce à ses sols volcaniques, les Canaries ont jusqu’à ce jour été épargnées par le phylloxéra, et les vignes sont toujours franches de pied.

A l’origine, la réputation des vins s’est forgée sur les cépages blancs, grâce aux vins doux produits à partir de Malvasia. Si la notoriété actuelle des vins des Canaries s’appuie toujours sur les vins blancs doux et de liqueurs, issus majoritairement de Moscatel et de Malvasia, force est de constater que 80% de la production de l’île sont actuellement issus du Listan noir. Un cépage à l’origine de vins à boire jeunes et qui passent ou non par la barrique. On trouve aux Canaries 33 cépages différents comme le Listan blanc ou plus exotique le Negramoll, le Gual ou le Sabroes.
Vu les conditions pédologiques et climatiques extrêmes, les rendements sont extrêmement modérés.

El Grifo, le vignoble de l’impossible

Située sur le 28e parallèle, El Grifo est la bodega la plus ancienne des îles Canaries et même d’Espagne. Les 61 hectares de la finca, toujours familiale, s’étendent en appellation Lanzarotte sur les flancs volcaniques de l’île située le plus au nord de l’archipel des Canaries.
Dans cette zone viticole volcanique, les systèmes de plantation sont absolument atypiques. Sur ces sols noirs qui absorbent la chaleur des rayons du soleil, chaque mètre carré a été gagné à la force du poignet par les vignerons qui ont monté des murs de pierres sèches pour former de petites cuvettes ou des murets afin de protéger chaque pied de vigne contre le vent.

Près de 100 kilomètres de murets sont entretenus régulièrement sur la propriété. La vigne n’est pas palissée, et les sarments rampent au niveau du sol pour se protéger du vent à l’abri des murets. La mécanisation des travaux agricoles est impossible dans ces conditions et la vendange est réalisée en cagettes de 20 kg. Avec une pluviométrie atteignant à peine 150 mm/an et une densité de plantation se situant entre 300 et 900 pieds par hectare, on comprend bien que le rendement par hectare ne tourne qu’autour de 2.000kg.

Les maladies de la vigne sont peu nombreuses et seuls des traitements à base de soufre sont nécessaires pour lutter contre l’oïdium qui à tendance à se développer sous l’influence de l’humidité matinale apportée par les embruns marins. Etant donné le climat constant et chaud, les différents cycles végétatifs de la vigne ne sont pas induits par le changement des saisons. La vigne reste active tout au long de l’année et la fin d’un cycle végétatif est imposée par l’homme qui procède à la taille dans le courant du mois de février.

Aussi disponible sur Gourmandiz.be