Marc Vanel
CHAMPAGNE
Le champagne rosé a 200 ans
Le champagne est le seul vin où l'assemblage de vins blanc et rouge est autorisé pour élaborer un rosé. La pratique a été inaugurée voici deux siècles.

Avant cette date, il existait déjà du champagne rosé, mais deux autres méthodes étaient utilisées. La première consistait à ajouter une préparation à base de baies de sureau au vin de base afin qu’il se colore. La seconde, encore parfois utilisée, consiste à laisser macérer très brièvement des raisins de Pinot noir afin que ses peaux colorent légèrement le vin. Cette couleur est qualifiée d’œil-de-perdrix, couleur que prendrait l’œil d’une perdrix à l’agonie. On trouve quelques vins tranquilles (sans bulles donc) réalisés de la sorte en Suisse et en France.

En 1818, changement radical, la Maison Veuve Clicquot lance le premier champagne rosé en ajoutant une faible proportion de vin rouge au vin blanc, ce qui lui donne une robe rose orangée. Créée en 1776, cette Maison a toujours produit des champagnes très vineux, son rosé ne fera pas exception et la technique est inchangée. La cuvée rosée s’appuie sur l’assemblage traditionnel du Brut Carte Jaune: 50 à 55% de Pinot noir, 15 à 20% de Pinot Meunier et 28 à 33% de Chardonnay.

L’assemblage issu de 50 à 60 crus comprend une grande part de vins de réserve provenant de plusieurs récoltes (généralement 5 ou 6), qui assurent la constance du style maison. A cela s’ajoutent 12 à 15% de vin rouge de Bouzy, en provenance de parcelles de Pinot noir appartenant à la vénérable veuve depuis les origines, mais qui servaient à faire du vin rouge. Aucune limite n’est fixée à ce mélange, à part celle de la couleur. Cette pratique est interdite en France dans toutes les autres appellations, le champagne rosé est vraiment une exception. Notons toutefois que l’on peut ajouter un peu de vin blanc au vin rouge pour l’arrondir, mais pas au-delà de 10 ou 15%, la pratique est courante dans le Rhône notamment.

© Veuve Clicquot

Colin

Pour convaincre de la qualité de ses rosés, Veuve Clicquot a récemment invité la presse à déguster… des vins rouges. “En effet, expliquèrent Dominique Demarville et Philippe Thieffry, tous deux responsables du chai, pour faire un grand rosé, il nous faut produire un grand blanc et un grand rouge,. Chaque parcelle est vinifiée séparément, et leur jus est intégré, selon leur qualité, au rosé sans année, aux millésimés ou à la Grande Dame, cuvée emblématique de la maison. » Les vins issus du Clos Colin, élevés sous bois pendant un an, sont les plus qualitatifs et pourraient être facilement commercialisés en tant que Pinot noir des Coteaux champenois, mais le prix d’une bouteille dépasserait largement les 50 euros. Ils sont donc uniquement servis, avec parcimonie, aux invités de la maison.

Verticale

Une sélection de huit champagnes rosés millésimés et de cuvées La Grande Dame rosée sur les 70 ans dernières années, a permis de vérifier la longévité de ces vins de grande classe où l’on va trouver, selon les millésimes, des arômes de fruits secs, d’abricot, d’agrumes confits, de fleur d’oranger ou même de speculoos! Le champagne de 1947 que nous avons eu la chance de déguster n’est certes plus très pétillant, mais sa saveur est unique et en déstabiliserait plus d’un à un concours de dégustation.

Si les plus anciennes cuvées ne sont évidemment plus disponibles, la « Collection privée Rosé » propose des rosés de 1978, 1989 ou 1990. Chez les cavistes, vous trouverez facilement le Rosé sans année (± 40€), le Rosé millésimé (75€) et la Grande Dame, cuvée emblématique de la maison (150€). Pour cette dernière, optez pour le 2004, vous ne serez pas déçus.

Infos: www.veuveclicquot.com