Pedro Ballesteros MW
Région
Retsina !
Athènes (ou Mykonos, Kos, Rhodes…). Nuit magnifique, après un après-midi bien ensoleillé, on a encore les yeux inondés du bleu de la mer et de soleil ; les ruelles touristiques sont pleines de gens et de gaieté ; on a faim, on veut bien quelque chose de grec ; on adore les mezze et les plats grecs de poisson et de viande. Mais pour boire, on veut aussi un vin grec aussi. Quel est le plus typique et le moins cher ? Le retsina, bien sûr.

On commande. On déguste. Il y a quelque chose qui ne va pas. Le bruit, l’animation, la beauté dans l’ambiance sont encore là. Les mets sont simples et savoureux, ça va. Mais le vin est un breuvage médiocre, désagréable, qui colle à la gorge et laisse un mauvais souvenir. On a honte de le dire, mais on pense, comment est-il possible que les Grecs, si habitués à bien manger, si sophistiqués pour apprécier des saveurs subtiles et de combinaisons délicates, si enclins à la nourriture propre et naturelle, peuvent avoir comme boisson nationale un vin si artificiel, si fabriqué, si pauvre ?

La réponse est, tout évidemment, que les vins retsina qui sont offerts aux touristes n’ont rien à voir avec les vins grecs les plus authentiques et complexes, des vins d’une personnalité hors du commun, divers et attrayants comme les paysages grecs. La plupart de vin de Retsina sont ces produits affreux du tourisme de masse, comme les paellas infectes que l’on déguste souvent dans le littoral espagnol, les plats de pasta plastiques italiens ou les moules sablonneuses de quelques endroits de l’Ilot Sacré. Produits à très bas coût, offrant de beaux marges, qui sacrifient le prestige d’une région au bénéfice au court terme de quelques opérateurs.

Car, tout comme il y a des paellas et des pasta magnifiques, et que les moules de qualité sont un plaisir inégalable, le retsina peut être un grand vin fin. Le Retsina est tout simplement un vin dans lequel on a macéré de la résine du pin d’Aleppe. La tradition indique que la résine était utilisée il y a plus de 2000 ans comme protection contre l’oxydation : le vin se gardait alors en amphores, la résine flottait sur le vin faisant barrière entre l’air et le liquide, mais le vin acquérait le goût de la résine. Les gens se sont habitués à ce goût, et le retsina est devenu un type de vin même bien après que l’addition de résine ne soit plus nécessaire. Il n’y a rien d’étrange dans tout ça, ici en Belgique, de nombreux amateurs adorent des vins très boisés de la Rive droite bordelaise et le chêne, les Grecs, eux, aiment le pin…

Tant pour le retsina que pour les vins boisés, le bois n’est qu’un complément. La qualité vient du vin. Mais, si de, nombreux vins du Libournais offrent une belle qualité sous leur boisé, pour le retsina, il n’y a pour l’instant qu’un nombre très réduit de vins fins.

Pas de problème, la Belgique, pays fortuné pour l’amateur de vin, où l’on peut trouver les meilleurs vins du monde, nous offre aussi les meilleurs retsina. Goûtez Les Larmes du Pin de Kechris, pour en terminer avec -vos préjugés sur le retsina. Vin intense, sérieux, qui réunit les deux arbres nobles, pin et chêne, pour les soumettre à la sève élégante et la fraîcheur conviviale de l’Assyrtiko, le cépage de Santorin qui s’est si bien adapté à la région de Théssalonique.

Dans un registre tout à fait différent, mais aussi intéressant et distingué, le Retsina Amphora Nature de Tetramythos est un vin plus parcimonieux, d’une complexité discrète, suave et, surtout, d’une personnalité unique. Le ‘Ritinitis Nobilis’ de Gaia Wines est un retsina plus traditionnel, dont les arômes de la résine sont plus puissants ; le vin est construit sur l’équilibre, la fraîcheur et la définition aromatique. Pour ceux qui aimaient déjà le retsina et veulent goûter quelque chose de plus naturel et pur. Enfin, le retsina de Papagiannakos, fait à partir de la variété Savatiano au lieu de Roditis comme le précédent, charme par sa légèreté et la bonne combinaison de arômes citriques et résineux.

Voilà quatre exemples, très différents les uns des autres, de bon retsina, des vins qui, bien que caractérisés par les arômes de résine de pin d’Aleppe, offrent une palette gustative bien au delà de la simple macération. Bien sûr, on peut aimer ou pas la résine (de la même façon que l’on aime ou non le chêne), mais avec ces vins, on trouve quelque chose de différent, de qualitatif et…. si grec !