Marc Vanel
BELGIQUE
Le vignoble de la Massvallei
Nouvelle appellation pour la Maasvallei
Du changement dans les vins belges: l'appellation transfrontalière Maasvallei vient d'être lancée. Elle rassemble quatre domaines belges et un néerlandais!

L’agriculture étant une matière régionalisée, la question des appellations des vins relève des Régions. Nos amis flamands ont été précurseurs en la matière, puisque leurs premières appellations datent de 1997, les wallonnes seulement de 2004. Dans le sud du pays, on a préféré une AOC couvrant quasiment toute la Wallonie, tandis qu’au nord, l’attention se porte sur des micro-régions. Et c’est à nouveau le cas avec la BOB Maasvallei Limbourg, BOB pour Beschermde OosprongsBenaming signifiant bien sûr appellation d’origine protégée (on ne dit plus contrôlée depuis plusieurs années).

Elle couvre un territoire de 50 kilomètres de long sur 3 de large entre Maastricht et Roermond, la Meuse faisait ici office de frontière naturelle entre nos deux pays. C’est une région homogène qui développe son identité depuis longtemps, des plaques de 3 mètres de haut marquent en effet l’entrée et la sortie de chaque village de la Maasvallei.

 

 

L’acteur principal est ici Karel Henckens, qui, en 2002 a abandonné l’activité familiale de production de pommes et de poires, pour planter du Pinot blanc et du Pinot gris, puis, trois ans plus tard, du Pinot noir (le même clone que la Romanée-Conti!), du Chardonnay et du Riesling. Situé à Maaseik, le domaine Aldeneyck dispose aujourd’hui de dix hectares de vignes et produit quelque 70.000 bouteilles par an d’une gamme de dix vins, cinq blancs, un rouge, un liquoreux et deux bulles.

Conscient du potentiel de son terroir, il imagine dès 2009 de créer une appellation pour la Vallée de la Meuse limbourgeoise. « Nos vins sont très représentatifs de notre sol et de notre climat, explique-t-il. Dix kilomètres plus loin, on ne fait pas les mêmes. Cette zone est l’une des zones les plus sèches du Benelux, il y pleut moins que dans le Piémont italien. Grâce à la Meuse, notre sous-sol est riche de galets calcaires sous une couche d’argile chaude. Cela donne des vins très minéraux, avec une fine acidité croquante et beaucoup de finesse. »

L’appellation Maasvallei couvre environ 35 hectares et est transfrontalière, c’est une première en Europe, dans le domaine du vin en tout cas. Un domaine hollandais, Wijngoed Thorn, et également sur la Meuse, en fait partie. Côté belge, trois autres vignobles: Thilesna, Palmenhof (qui a l’ambition de devenir le plus grand vignoble du pays) et Vilain XIIII, près de Maasmechelen. « Notre but, explique Karel Henckens, est d’accompagner les nouveaux vignerons de notre région et de les mener vers la qualité. Il faut aussi limiter le nombre de cépages pour développer cette identité. Ici, aussi, nous faisons plutôt des vins tranquilles, très peu de bulles, c’est l’inverse du reste du pays. Si notre démarche est aussi commerciale, elle est essentielle aussi pour exister sur la carte internationale du vin. On est davantage pris au sérieux à l’étranger. Il est important de revendiquer notre identité. Je ne suis pas nationaliste, mais pour le vin, bien! »

A l’entendre, on ne peut que lui donner raison. Une appellation ne peut être que locale pour exprimer une vraie identité de terroir. C’est sans doute la question qui coince de Wallonie où l’on essaie depuis deux ou trois ans de réformer le cahier de charges de l’AOC Côtes-de-Sambre et Meuse. En effet, avec 35 à 40 cépages autorisés et des sols totalement différents sur un territoire s’étendant de Mouscron à Liège et Arlon, il est difficile de dresser la carte d’identité d’un vin wallon. Et si les régions échangeaient leurs expériences ?